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l'Ecran Miroir

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[critique] Marius et Fanny : bravo !

[critique] Marius et Fanny : bravo !

Que les Marseillais et les amateurs de Marcel Pagnol soient rassurés ! L'adaptation du célèbre diptyque des années 30 (devenu une trilogie après son succès) Marius et Fanny par Daniel Auteuil est une franche réussite.

En décidant de porter au cinéma, plus de 80 ans après les films d'Alexander Korda et de Marc Allégret, les deux monuments culturels que sont Marius et Fanny, Daniel Auteuil risquait de s'attirer les foudres aussi bien des critiques que du public. Il fallait avoir une sacrée envie et une immense confiance pour s'atteler à un tel « remake ». Dans le cas présent il s'agira plutôt d'une relecture, puisque le réalisateur a choisi de partir sur les bases des écrits de Marcel Pagnol et non des œuvres tournées en noir et blanc en 1931 et 1932, tellement ancrées dans l'inconscient collectif qu'il aurait fallu être un peu fou pour essayer de les retranscrire à l'identique. La « trilogie Marseillaise » (le troisième épisode, César, est d'abord sorti au cinéma en 36 avant d'être adapté au théâtre ; Daniel Auteuil commence le tournage en avril prochain) est plus que du cinéma : c'est une œuvre faisant partie de la culture populaire française, iconique, nourrissant le tourisme et symbolisant un style de vie. Qui n'a jamais vu ne serait-ce qu'une représentation dessinée de la célèbre partie de cartes sur un camion de pizza ? L'œuvre de Pagnol fait partie du paysage. A Marseille, les gens se passent ces films comme ils ouvriraient un album photo.

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On passera sur les versions étrangères et autres spectacles et comédies musicales sortis après le succès de la trilogie, mais personne n'a jamais voulu se frotter à une nouvelle adaptation au cinéma. On préfèrera oublier également les téléfilms distribués il y a quelques années. A l'heure où le moindre film est remaké même pas 20 ans après l'original (Spider-man détient un record !), on sent encore une légère retenue à envisager de « refaire » de tels classiques. Daniel Auteuil a parfaitement compris les enjeux, et sa démarche ne consiste pas à vouloir surpasser les films originaux, mais à proposer une alternative. Il le dit lui-même : certains revisitent inlassablement Shakespeare, Tchekov ou Molière, lui, c'est Pagnol. Il faut dire que l'acteur est lié à l'univers de l'écrivain depuis qu'il a été césarisé pour Jean de Florette. Et le voici aujourd'hui en César !

En regardant les versions de Daniel Auteuil, on ne peut pas réellement parler de dépoussiérage tant les textes paraissent modernes encore de nos jours. Si l'histoire même n'est plus vraiment d'actualité, d'autres thèmes sont intemporels : secrets, honneur, choix.

De quoi, plus de 80 ans après, susciter encore de l'intérêt et se faire connaître auprès de spectateurs plus jeunes.

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Mais ce qui prime avant tout chez Pagnol, ce sont les interactions entre les personnages. L'histoire n'est réellement prenante que parce que les personnages sont criants de vérité, proche du public, avec leurs imperfections et leur recherche constante d'un équilibre.

Daniel Auteuil est un excellent directeur d'acteurs et il nous le prouve une fois de plus avec ces films portés par un casting complètement habité. Tous les comédiens ont l'air de se régaler à jouer et « chanter » les paroles et les dialogues mythiques de Marcel Pagnol. Si leur accent peut surprendre au début, on finit par s'y habituer et trouver le ton, à défaut d'être réaliste, formidablement naturel et crédible. Le jeune duo formé par Raphaël Personnaz et Victoire Belezi est parfait, attachant, sachant être drôle et touchant aux bons moments. Les acteurs plus confirmés sont aussi épatants. Marie-Anne Chazel est bluffante de sincérité (notamment dans les scènes qu'elle partage avec Ariane Ascaride, toujours juste). Jean-Pierre Darroussin trouve avec son personnage l'un de ses meilleurs rôles, difficile à cerner, montrant tout son talent dans la deuxième partie qui lui offre de très beaux moments. Quant à Daniel Auteuil, en tant qu'attraction principale et source d'interrogation – égale-t-il ne serait-ce qu'au (bon) tiers la prestation du génie Raimu ? -, est impressionnant de charisme et de profondeur. Il ne cherche jamais à imiter l'interprétation de son glorieux aîné, mais au contraire s'appuie sur le texte original pour nous livrer sa propre vision d'un personnage complexe, à la fois père et « chef de son petit théâtre vivant », bourru, éloquent, extrême, qui parle beaucoup mais n'arrive jamais à traduire ses émotions, et qui ne parvient à communiquer avec son fils que par des regards sans pouvoir lui dire un mot.

Si l'on pourra faire le léger et facile reproche que le film ne puise pas sa force dans sa réalisation et ses cadrages, il ne faut pas oublier le manque de moyens pour filmer à Marseille directement. Le film étant principalement tourné en studio, on se sent étriqué. Mais cela a pour effet de renforcer l'aspect « théâtral » (on pourrait faire le même reproche à Baz Luhrmann sinon !), et accentuer les bouffées d'air frais lorsque l'on voit les scènes tournées dans les calanques, et la mer d'un bleu surréaliste. Dommage également que le film ne soit pas en scope (choix artistique ou manque de moyen ?). Mais la musique d'Alexandre Desplat donne aux métrages une dimension supplémentaire.

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Marius et Fanny sont deux films à voir à la suite (les 3 heures passent à une vitesse hallucinante). Espérons que les cinémas pensent à faire des projections à la suite. Le choix de sortir les deux films le même jour reste tout de même curieux. Déjà parce qu'ils arrivent pile une semaine après la Fête du cinéma et ses séances au prix attractif (ces films en auraient bien besoin, tant ils méritent d'être vus), et ensuite parce que les gens n'ont pas forcément le temps d'aller voir 2 films la même semaine alors qu'avec le nombre de films estivaux qui s'apprêtent à sortir, on voudrait que le diptyque reste le plus longtemps à l'affiche possible. On a déjà envie de voir le prochain, qui sortira bien plus tard…

Bravo.

 

 

Ma note (sur 5) :

5

 

 

 

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Titre original

Marius, Fanny  

Mise en scène 

Daniel Auteuil

Production 

A.S. Films & Zack Films, distribué par Pathé

Date de sortie France 

10 juillet 2013

Scénario 

Daniel Auteuil (d'après Marcel Pagnol)

Distribution 

Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, Marie-Anne Chazel, & Daniel Russo

Durée 

93 minutes (Marius) - 102 minutes (Fanny)

Musique

Alexandre Desplat

Photographie

Jean-François Robin

Support 

35 mm

 

Synopsis : L’histoire de MARIUS se déroule sur le Vieux-Port de Marseille, dans le Bar de la Marine tenu par César et son fils Marius. Marius ne rêve que d’embarquer sur un des bateaux qui passent devant le bar et prendre le large vers les pays lointains. Fanny, jeune et jolie marchande de coquillages sur le devant du bar, aime secrètement Marius depuis l’enfance ; Marius, sans l’avouer, a toujours aimé Fanny. Pour retenir Marius, pressenti pour un engagement sur un navire d’exploration, Fanny lui dévoile son amour pour lui et parvient à attiser sa jalousie en provoquant une vive dispute entre Marius et un vieil ami de César, le maître-voilier Panisse, qui, beaucoup plus âgé, courtise Fanny. Partagé entre l’appel de la mer et son amour pour Fanny, Marius renonce à son projet et finit par s’unir à Fanny qui s’offre à lui. Mais, alors que César et Honorine, la mère de Fanny, sont prêts à les marier, Marius est repris par sa folie de la mer. Poussé par Fanny qui se sacrifie par amour pour Marius, ce dernier monte à bord du navire qui part, abandonnant Fanny bouleversée, qui retient ses larmes et cache à César le départ de son fils.

Fanny, amoureuse et abandonnée, apprend qu’elle attend un enfant de Marius. Elle se retrouve en position dramatique de mère-fille, incapable d’assurer son propre avenir et celui de son enfant. Elle accepte alors, avec l’approbation de sa mère et du grand-père de son enfant, César, de se marier avec un commerçant prospère du Vieux-Port, Honoré Panisse ; celui-ci est âgé de trente ans de plus qu’elle. Il reconnaît son enfant et l’élève comme le sien ; Panisse leur apporte une prospérité certaine, une honorabilité sociale retrouvée et un avenir confortable. Quelques mois après le mariage et la naissance du bébé, Marius, prenant conscience de son amour pour Fanny durant son voyage lointain, mais qui n’a pas de situation sérieuse, revient et cherche à reconquérir Fanny, toujours amoureuse de lui et à reprendre son enfant.