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l'Ecran Miroir

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[critique] A la merveille : Malick in Wonderland

[critique] A la merveille : Malick in Wonderland

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Voir le dernier Terrence Malick juste après le délire fluo et orgiaque de Harmony Korine [NDLR : il s'agit de Spring Breakers] est sans doute une expérience qui en renforce le choc esthétique. Oui, j'ai aimé ces deux films, à peu près autant l'un que l'autre - et on ne pourrait rêver deux conceptions de la mise en scène et du cinéma plus éloignées. Pourtant les deux films croisent quelques thèmes (de loin).

A la merveille - dont je n'aimais pas le titre français mais il est prononcé tel quel dans le film par la voix de Marina, donc autant l'accepter ainsi - n'est pas un film narratif classique, on pouvait s'y attendre après Tree of Life. Pour faire simple, il en reprend le principe de mise en scène majeur : plans flottants, courts, montage privilégiant l'atmosphère, l'éphémère d'un geste, à la continuité réaliste, nature et éléments omniprésents. Il en développe aussi certains thèmes, la fameuse voie de la nature et celle de Dieu. Si la voie de Dieu dans le film - l'arc narratif de Javier Bardem - est ce que j'aime le moins, il délivre une séquence absolument prodigieuse vers la fin du film. Il est surtout question de foi et de doute au sens large : dans l'autre, en soi, dans le destin, en Dieu.

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Plus de poésie new age (ou du moins, de manière très diffuse) ici, mais un panthéisme plus éclatant que jamais. A ce titre, la trajectoire cinématographique de Malick est passionnante : ses premiers films traitaient plutôt de la violence (des sentiments, des hommes, de la société et bien sûr de la nature) mais la violence, toujours présente, concerne depuis Tree of Life (un peu avant à vrai dire) plutôt celle, métaphorique et intime, que s'infligent les membres d'une famille, d'une petite société, d'un couple, et, plus que jamais, le comportement des hommes face à ce que daigne nous donner ou nous reprendre Dame Nature. Elle est encore une fois au cœur du film : on connaît l'inspiration philosophique de Malick : panthéisme, rousseauisme, transcendantalisme, etc. La nature est belle, elle est aussi sublime, grandiose, formidable. Un plan magnifique du film, vers la fin, montre Marina, sur le toit d'un immeuble, suivre des oiseaux dans le ciel avant de sembler implorer la puissance des nuages. On notera que depuis ses deux derniers films, le mysticisme transcendantaliste de Malick s'est fortement empreint de christianisme. Je ne suis pas croyant mais la conception de la foi et de la spiritualité qui se dégage de ses films forcent le respect et obtiennent mon admiration. 

Les autres qualités de ce long métrage, outre les images d'une exceptionnelle, indécente, et presque inédite beauté, sont les acteurs, qui se donnent en toute humilité pour le film. Ben Affleck est plus beau que jamais, les deux femmes qui l'accompagnent rivalisent de sensualité, de douceur et de mélancolie. L'amour se fane, les corps dansent, la caméra avec. Il y a dans ce film une sorte de subtile chorégraphie perpétuelle faite de petites ébauches de mouvements circulaires, portés par la musique proprement sublime de Hanan Townshend - et les judicieux choix de la BO - pour en faire une sorte de poème, d'art total plutôt que simple film. Sons, textures, lumières, voix, s'entremêlent et font du film un chant, une déploration lyrique, élégiaque même de l'amour perdu, et de l'amour retrouvé. La nudité est abordée avec une infinie douceur à des kilomètres de la vulgarité assumée du film de Korine. Tout devient rituel, se prépare minutieusement. 

Je serais injuste si je ne pointais pas les faiblesses qui m'ont sautées aux yeux durant ces presque deux heures. Le film est trop long, et la technique d'insertion d'images déconnectées à l'histoire pour ajouter au puzzle émotionnel ne fait pas mouche à tous les coups. Il manque le souffle épique, ahurissant et plus recentré de la séquence de la Genèse dans Tree of Life. Du coup, on s'intéresse à certains segments, on baille devant d'autres. Parfois tout semble un peu vain, un peu creux, et la naïveté de certaines lignes de texte en voix off sonne faux. Le film déconcerte, car on a du mal à suivre l'histoire tant ce qui est raconté est de peu de choses. Mais au final, difficile de ne pas être emporté, exalté par la musique, par le mouvement général du film, irrésistible et inexplicablement émouvant.A-la-merveille-02.jpg

Le parti-pris d'un film mutique est risqué mais se démocratise. Tabou utilisait avec plus d'austérité un procédé similaire et l'émotion était d'autant plus forte. Ici, les personnages parlent peu entre eux, mais dialoguent comme dans les limbes, faisant de leurs voix un flux presque ininterrompus de pensées, de méditations. Et comme les personnages de Malick sont "humains, trop humains", leurs pensées erratiques ne sont pas nécessairement toutes pertinentes. Je pense que c'est avec cette indulgence qu'il faut comprendre et apprécier certaines lapalissades qui peuvent nous heurter. Mais tout ce travail sur le jeu (discret et naturel) de ses interprètes, sur le son en général dans le film, pousse à une impression durable et incroyablement réconfortante de sérénité et d'apaisement.

Je comprends que l'on passe totalement à côté du film, je pense que c'est à ce jour le moins bon de son cinéaste et certainement un film mineur en comparaison de Tree of Life, mais il y a toujours des fulgurances époustouflantes, et une manière d'envisager le médium cinématographique à nulle autre pareille.

 

Ma note (sur 5) :

4

 


 

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Titre original

To the wonder

Mise en scène 

Terrence Malick

Genre 

Drame romantique

Production 

FilmNation, Kinema Films & Redbud Pictures, distribué en France par Metropolitan

Date de sortie France 

6 mars 2013

Scénario 

Terrence Malick

Distribution 

Ben Affleck, Olga Kurylenko, Javier Bardem & Rachel McAdams

Durée 

112 min

Musique

Hanan Townshend

Photo

Emmanuel Lubezki

Support 

35 mm

Image 

2.35:1 ; 16/9

Son 

VOst DTS 5.1

 

 

 

Synopsis Même s’ils se sont connus sur le tard, la passion qu’ont vécue Neil et Marina à la Merveille - Le Mont-Saint-Michel - efface les années perdues. Neil est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Belle, pleine d’humour, originaire d’Ukraine, Marina est divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Tatiana. Désormais, le couple est installé dans l’Oklahoma. Leur relation s’est fragilisée : Marina se sent piégée. Dans cette petite communauté américaine, elle cherche conseil auprès d’un autre expatrié, un prêtre catholique nommé Quintana. L’homme a ses propres problèmes : il doute de sa vocation… Marina décide de retourner en France avec sa fille. Neil se console avec Jane, une ancienne amie à laquelle il s’attache de plus en plus. Lorsqu’il apprend que rien ne va plus pour Marina, il se retrouve écartelé entre les deux femmes de sa vie. Le père Quintana continue à lutter pour retrouver la foi. Face à deux formes d’amour bien différentes, les deux hommes sont confrontés aux mêmes questions.