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l'Ecran Miroir

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[ciné] Malveillance : subtilement pervers

[ciné] Malveillance : subtilement pervers

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4/5 


Balaguerò est bon, c’est une évidence. Il excelle dans l’installation durable d’une ambiance anxiogène, et c’est une compétence rare dans le cinéma horrifique qui choisit souvent l’impact et le gore à l’angoisse et la terreur pures. Du coup, on sort d’un film de ce réalisateur avec les tripes nouées et des idées morbides plein la tête. Pire : ses histoires particulièrement bien ficelées, aussi morbides que poisseuses, laissent des traces durables. Gage de qualité pour un film de genre.

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Ici, il choisit un cadre ordinaire, et un mal ordinaire. Il ne s’agit ni de démon, ni de fantôme, ni même de tueur en série : juste l’histoire d’un homme qui décide de nuire. Ca lui prend comme cela. On suppose qu’il a commencé avant, mais ses motivations ne seront évoquées qu’à la fin. Et quand bien même des pistes existent pour évoquer la lutte des classes ou l’absence de communication verbale dans la civilisation quotidienne, elles ne sont pas développées, le réalisateur préférant tenir le spectateur seul responsable de ses prises de position. Ce qui compte, ce ne sont pas les motivations de cet homme mystérieux mais bien ses actes, encore que là aussi, on doive s’en remettre à des doutes : à force de hors champ, d’ellipses et de non-dits, on passe le temps du film à échafauder mille perversions et à les éliminer une à une… avant de se rendre à l’évidence. C’est que Carlos, personnage incontestablement affable, se voit doté d’un tel pouvoir sur les personnes qu’il épie qu’on l’imagine forcément capable du pire, du plus pervers – et cela dit, impossible de ne pas le prendre en sympathie face à un patron chouineur et cette petite peste qui passe son temps à le surveiller. C’est l’un des points forts de ce film qui recherche invariablement le point de vue de l’agresseur et renverse les rôles : on ne peut certes pas lui pardonner, l’excuser pour son emprise sur la vie des gens, mais on ne peut s’empêcher de le soutenir. D’autant que les séquences les plus intenses le présentent systématiquement comme la victime : va-t-il se faire voir du couple qui fornique sur le lit ? Va-t-il réussir à détourner les soupçons de harcèlement ? Va-t-il pouvoir garder son emploi ?

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Décors minimalistes mais espace parfaitement maîtrisé (un immeuble entier reconstitué en studio), prises de vue jouant régulièrement sur la perspective, effets spéciaux réduits à la portion congrue mais quand le sang coule, il coule à flots, partition musicale oscillant entre le contrepoint en chansons et le soulignement lyrique et surtout une interprétation limpide qui accentue encore le contraste entre Carlos (Luis Tosar impressionnant en tortionnaire potentiel apprenant le machiavélisme) et Carla (délicieuse et angélique Marta Etura). Reste une réalisation peut-être plus discrète que ce à quoi on aurait pu s’attendre, mais qui a l’intelligence d’éviter les passages obligés : on est tellement loin du ridicule Sliver !


Subtil et savamment pervers.

 


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Mientras duermes


Un thriller espagnol de Jaume Balaguerò (2011) avec Luis Tosar, Marta Etura & Alberto San Juan.


Distribué en France par Wild Side/Le Pacte. Date de sortie : 28/12/2011.


2.35 : 1 ; VF ; 102 minutes.


Résumé :  Carlos est concierge d’un immeuble barcelonais dont les habitants font peu de cas de lui, sauf Mme Victoria, qui lui confie régulièrement ses chiens et la jeune et jolie Carla, dont le visage constamment radieux le préoccupe : c’est que Carlos s’est donné pour mission de nuire aux personnes heureuses. C’est la seule chose qui donne un sens à sa vie…