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l'Ecran Miroir

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[ciné] l’Agence : l’Amour plus fort que le destin

[ciné] l’Agence : l’Amour plus fort que le destin

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the Adjustment Bureau 

Un film de George Nolfi (2011), d’après une nouvelle de Philip K. Dick, avec Matt Damon, Emily Blunt & Michael Kelly.

Genre : SF, romance


Date de sortie en salles : 23/03/2011

Séance de 14h15. VF.

 

Résumé : David Norris est un jeune député qui a eu une ascension fulgurante malgré une adolescence troublée. Le voilà briguant le poste de séanteur de l’Etat de New-York, et tous les sondages le donnent gagnants. Seulement, un article relatant un travers de jeunesse lui fait perdre l’élection in extremis. En préparant le discours qui lui permettra de se remettre en selle pour la prochaine échéance, il rencontre une jeune femme dans les toilettes pour hommes. Enjouée, dynamique, elle le séduit immédiatement puis disparaît. Il ne pourra plus l’oublier, même quand d’étranges individus chapeautés l’empêcheront de la retrouver, prétextant que c’est pour préserver leur avenir…

 

Une chronique de Vance

 

Philip K. Dick.

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Les habitués le sauront, ce simple nom a le don de faire frémir d’aise les amateurs de SF, tout en les plongeant dans les affres de l’angoisse en pensant aux adaptations ratées de ses œuvres singulières. C’est que l’auteur du Maître du Haut-Château et d’Ubik a souvent inspiré le cinéma, qui ne le lui a malheureusement pas toujours bien rendu (repensons à l’immonde Paycheck qui à lui seul éclipserait Blade Runner, Minority Report ou Total Recall). Se frotter au chantre des réalités disloquées ou enchevêtrées demande un travail considérable et une ligne directrice claire : il est hors de question (pour que le film soit viable) de se laisser noyer dans les visions dickiennes et ses récits emberlificotés, à moins d’avoir le culot de transposer le plus fidèlement possible par le biais de techniques novatrices (je pense au méconnu mais remarquable A scanner darkly). Savoir que Gondry est sur le point de mettre en scène l’adaptation d’Ubik a ainsi de quoi troubler les connaisseurs : la déception peut être largement à la hauteur des attentes et du potentiel.

 

Le Coin du C.L.A.P. : la séance de 14h15 n’est pas forcément la meilleure pour arriver en avance. Néanmoins, on a eu le temps de bouquiner un peu dans une salle qui s’est remplie sur le tard. Le Follett semble du coup un peu moins interminable, d’autant que la situation se débloque : on navigue entre le front français (avec les batailles de la Marne et les fameux taxis) et le front oriental où les troupes russes se font hacher menu. Puis vient le temps des tranchées et la certitude que la guerre va durer. De temps en temps, un petit intermède à Londres où on suit surtout les atermoiements d’Ethel et de Maud. Les dernières pages lues nous transcrivaient les pérégrinations de Lev aux Etats-Unis.

 

Ici, le résultat est des plus mitigés.

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Du point de vue de la SF, on ne peut pas dire que cela soit enchanteur : si l’on peut reconnaître un choix opportun dans le decorum de ce fameux Bureau d’Ajustement des réalités (refus du sensationnel, des costumes et des décors encore plus tristes et sobres que dans Dark City qui est sans doute le récit s’approchant le plus des thèmes abordés), son exploitation est particulièrement maladroite, voire inutilement empreinte d’un symbolisme lourd ; les sous-entendus religieux (les parallèles avec les anges par exemple) m’ont souvent agacé. Quant à la cohérence de l’ensemble, elle manque de sérieux et affaiblit considérablement l’attention du spectateur (pourtant bon public, si, si !) que je suis habituellement : passons sur l’utilisation des chapeaux, regardons simplement comment David parvient d’un coup de poing à assommer un de ces agents surhumains (de leur propre aveu : ils vivent plus longtemps et se relèvent d’un accident de voiture sans égratignure).


Ouais, ça fait tache.

Pourtant, à bien y regarder, je m’aperçois que le film s’est avéré plaisant. Qu’il a su générer un certain pouvoir de séduction, de ceux qui laissent flotter comme un petit nuage d’allégresse après le générique.

C’est que, outre une course-poursuite pour préserver un libre-arbitre illusoire dans un monde constamment « ajusté » par des puissances supérieures dont les agents vivent en parfaite harmonie avec les humains qu’ils surveillent, le film est aussi – et avant tout, je pense – une très jolie romance. De ces histoires d’amour fou qui ne reposent sur rien d’autre que cette attirance irrépressible qui rapproche deux êtres que tout oppose (même le Destin, comprenez : celui qui a été écrit pour vous par le Grand Patron).

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Et là, ça fonctionne.


Matt Damon, en gamin frondeur devenu homme politique fonceur mais respecté, est parfait dans ce rôle : son allure d’éternel premier avec ce petit rictus et ses cheveux courts correspondent parfaitement au rôle de Norris, un homme qui s’est forgé presque tout seul (il n’oublie pas ses amis qui donnent tout pour sa campagne électorale) après le décès de ses proches. Sa rencontre incongrue avec Elise, cette danseuse mutine et rentre-dedans, repose sur ces petits riens qui illuminent une conversation qui aurait pu être banale, niaise ou plombante : elle tient du miracle. Emily Blunt est l’autre bonne nouvelle du casting, avec ces yeux pétillants et cette sensualité légère, à fleur de peau.


David et Elise, lorsqu’ils sont ensemble, suspendent le temps entre leurs regards brûlants, leurs taquineries pleines de sous-entendus, leurs silences étonnés. Pour nous, le courant passe. Pour les agents qui les épient, c’est un peu comme s’ils luttaient contre une force invisible, un magnétisme irrésistible qui rapprochera immanquablement ces deux êtres qui ne peuvent pas se retrouver (du moins pas selon le Plan établi).

Dès lors, David remettra son brillant avenir en jeu ne serait-ce que pour la revoir, mais pourra-t-il légitimement briser celui de la danseuse étoile qu’elle est censée devenir ?


Plus léger que prévu, décevant sur le terrain purement SF, mais agréable si on ne considère que le côté sentimental. Finalement, un bon petit film injustement présenté comme un Dark City à la sauce Inception – et pourtant, on n’en était pas loin !

 

Ma note : 3,3/5

 

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