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l'Ecran Miroir

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[ciné] Detective Dee, le Mystère de la flamme fantôme

[ciné] Detective Dee, le Mystère de la flamme fantôme

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Ah, les vacances ! Magnifiquement servies par un beau temps persistant qui plus est !

J’aurais pu faire la sieste. Ou une balade à vélo.

Ce furent resto et ciné.

 

Di renjie zhi tongtian diguo

Detective-Dee-01.JPGUn film de Tsui Hark (2010), avec Andy Lau, Li Bingbing & Tony Leung Ka Fai.

Genre : enquête historique


Date de sortie en salles : 20/04/2011

Séance de 13h45. VF.

 

Résumé : en 690, Wu Ze Tian, la régente de l’Empire du Milieu, se prépare pour une cérémonie du couronnement qui risque d’être houleuse, tant son avènement est critiqué par les partisans de l’empereur défunt. Une statue monumentale de plus de 200 m. de haut doit être inaugurée le jour de son intronisation. Mais sur le chantier, l’architecte du projet prend feu devant des dizaines de témoins médusés. Au moment de faire son rapport sur les circonstances de ce drame, le responsable de l’enquête succombe également au même mal étrange.

C’est alors que le Grand Prêtre, qui s’était pourtant retiré du monde, intervient sous une forme animale et suggère à la future impératrice de libérer le Détective Dee qu’elle avait fait enfermer pour actes de sédition : lui seul serait en mesure de résoudre l’énigme de la flamme fantôme avant la date fatidique du couronnement…

 

Une chronique de Vance

 

Parmi les sorties du mercredi, deux films se détachaient dans mes souhaits. Sachant que je devais bientôt prendre la route, j’ai opté pour le Tsui Hark, qui jouissait d’un excellent bouche à oreilles – mais cela aurait pu être Source Code que je réserve pour mon arrivée sur la côte, et qui bénéficie tout autant d’excellentes notes au Palmarès.

 

Le Coin du C.L.A.P. : après une excellente pizza au resto tout proche, nous nous sommes tranquillement installés, très en avance, dans une salle qui a peiné à se remplir. Du coup, j’ai pu entamer avec plaisir USA 1972, une chronique haute en couleur de la tournée d’un groupe de rock britannique aux Etats-Unis.

 

Detective Dee est typiquement le genre de film à voir sur grand écran, et en projection numérique. Toute considération sur la mise en scène, le jeu des acteurs ou le scénario mis à part, le résultat est simplement somptueux. Tsui Hark, fort de ses succès sur Il était une fois en Chine, a su tirer parti des décors et accessoires développés par ses directeurs artistiques, qui se sont librement inspirés des tendances de l’époque (celle-là même qui sert de cadre temporel au Secret des poignards volants) : le rouge vif et les ors rayonnent sur les costumes des notables et les ornementations des temples.

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Dès lors, la puissante machine de guerre qu’est l’industrie chinoise (à partir d’un noyau dur hong-kongais) a permis la création de séquences magistrales, tant par l’ampleur des lieux filmés (la cité impériale, le Marché fantôme) que par le nombre de figurants (repensez au finale de Hero ou de la Cité interdite).

Detective Deedemeure pourtant un wu xia pian, mais avec cette rationnalisation hollywoodienne qui, tout en tempérant l’ambiance de folie régnant sur les premiers films du genre, permettent un plus large accès du public international. Le succès de Tigre & Dragon a ainsi fait autant de mal que de bien pour le genre, et ses avatars ont souvent fait grincer des dents les puristes qui n’y voyaient qu’un produit dévoyé formaté pour les salles occidentales. Le dernier film de Tsui Hark n’échappe pas à la règle. Pourtant, il se distingue de ses prédécesseurs par son sujet, car il s’agit au départ d’une enquête. Ainsi, bien que ne refusant pas le sens épique des films de Zhang Yimou ou Chen Kaige, il accepte cette progression de l’intrigue propre au genre policier. Du coup, les séquences de combat, incontournables, deviennent des passages obligés parfois artificiellement insérés. Or, là-dessus, le metteur en scène parvient non seulement à les rendre stupéfiantes (grâce à la chorégraphie orchestrée par Sammo Hung, qui se renouvelle avec bonheur) mais remarquablement efficaces, permettant ainsi une caractérisation pertinente des personnages : si la première officière utilise (sans en abuser) le fouet, son acolyte albinos préfère la hache double tandis que Dee, placide et réfléchi, use aussi bien de ses poings que de ce sceptre contondant capable de détecter la faille dans toutes les armes.

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On regrettera cependant que l’enquête elle-même souffre paradoxalement de ce qui enrichit le film : les dialogues, parfois subtils, sur la justification de la violence, la légitimité du pouvoir ou les critiques sur le régime politique en place. Chaque entretien entre Dee, l’impératrice, la Première Officière ou même le Général rebelle Li Xiao multiplie les phrases à double sens, les non-dits appuyés par des regards équivoques, les commentaires acerbes, le tout bien aidé par un score qui, s’il lui arrive de verser dans la grandiloquence, sait également se montrer discret. On retrouve ici ce qui fascinait dans Hero, ce face-à-face entre le souverain et l’homme prétenant l’avoir débarrassé de ses ennemis, une joute verbale empreinte de respect mutuel et de méfiance entre deux individus cachant leur jeu le plus longtemps possible. Le finale, ici, se retrouve d’ailleurs ponctué d’une séquence similaire où le plus dupé des deux n’est pas celui qu’on croit. Néanmoins, on y perd l’intensité ludique de la recherche d’indices : Dee, s’il se montre brillant observateur aux capacités déductives impressionnantes, ne semble pas vraiment responsable de la progression de l’enquête : au contraire, il est même régulièrement floué par de fausses pistes qu’il met toutefois à profit pour explorer les arcanes de la vie politique actuelle (n’oublions pas que tout l’intérêt réside dans le fait que, allié objectif de l’impératrice, investi par elle de tous les pouvoirs le temps de l’enquête, il n’en est pas moins un farouche adversaire dont les opinions lui ont valu l’incarcération).

L’aspect légèrement fantastique de l’œuvre, caractéristique également des autres films du genre, ne se traduit pas seulement par les capacités surhumaines des combattants (certes, ils virevoltent dans les airs mais évitent la redondance par l’utilisation d’effets visuels adéquats) mais aussi par l’immixion d’une technologie quasi mystique qui cohabite avec des procédés nettement plus mystiques (la transfiguration), le tout par petites touches bienvenues qui jurent avec le caractère imposant des décors.

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En conclusion, l’enquête n’apparaît que comme la seule véritable faiblesse du métrage qui est agréablement rythmé et jouit d’une interprétation convaincante (et, pour une fois, la VF s’est avérée correcte) : Andy Lau est tout simplement parfait, trouvant un équilibre probant avec un rôle constamment sur la corde raide et Li Bingbing allie la grâce et la beauté avec une aisance stupéfiante.

La grandiose magnificence de l’ensemble ne nuit pas aux personnages développés avec soin et acuité et le spectacle est total.

 

Ma note : 3,9/5

 

Note moyenne au Palmarès : 3,67/5 pour 6 votes.