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l'Ecran Miroir

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[ciné] Arrietty, le Petit monde des chapardeurs

[ciné] Arrietty, le Petit monde des chapardeurs

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Karigurashi no Arrietty 

Un film de Hiromasa Yonebayashi (2010) produit par les studios Ghibli sur un scénario d’Hayao Miyazaki d’après the Borrowers, série de contes de Mary Norton .

Genre : Anime, Fantasy


Date de sortie en salles : 29/12/2010
 

Séance de 20h15. VF.

 

 

Résumé : Quelques jours avant son opération du cœur, le jeune Sho est envoyé dans la vieille maison de sa grand-mère, dans la banlieue de Tokyo, confié aux bons soins d’Haru, la servante diligente de sa tante. La demeure est entourée d’un immense jardin dans lequel, à peine arrivé, Sho croit apercevoir une minuscule créature humanoïde : il ne sait pas encore qu’il s’agit d’un Chapardeur, et que toute une famille de ces êtres vit en secret dans le sous-sol de la maison, mais il veut déjà la revoir…

 

 

 

Une chronique de Vance

 

Effectivement, un Ghibli, ça ne se rate pas. Je suis de ceux qui ont systématiquement été séduits, enchantés, éblouis et/ou émus par les précédentes productions de ces studios désormais mythiques, notamment celles réalisées par Miyazaki, auteur d’un sans-faute magistral que seul Pixar a été capable d’égaler. Evidemment, le semi-échec du décevant Contes de Terremer confié au fiston n’entame en rien la confiance des amateurs de Totoro.

 

Le Coin du C.L.A.P. : ma fille avait rapporté le recueil la Triste Fin du petit enfant huître de Tim Burton et nous nous sommes délectés à en lire à trois de longs passages, aussi jubilatoires que déprimants. Les bandes-annonces n’étaient pas intéressantes, en outre.

 

Alors, qu’en est-il de ce film pour lequel Miyazaki a passé la main – tout en étant à l’origine du projet et l’auteur de l’adaptation ?

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Eh bien, j’en suis ressorti en restant un admirateur inconditionnel du travail fourni par les studios Ghibli : fan. Les images sont somptueuses, l’animation très fluide s’appuie sur les techniques traditionnelles tout en laissant quelques discrètes ouvertures pour l’animation par ordinateur (à peu près dans la même proportion que pour le Château ambulant) ; dès le départ, après un plan aérien sur Tokyo et ses tours de béton chamarrées, on se retrouve en terrain connu : une route sinueuse à travers bois, sous les frondaisons denses et par un doux soleil. A peu de choses près, la même séquence que le début du Voyage de Chihiro. On ne peut ensuite que s’émerveiller du soin apporté à la description de la nature dans ce jardin magnifique qui jouxte une forêt touffue parcourue par un ruisseau clairet.


Passé ce préambule, le film alternera pendant un long moment les scènes chez Arrietty (une coquette maison aménagée avec le fruit des chapardages) et ses parents : la mère, tatillonne, nerveuse et angoissée, qui contraste avec le père placide et efficace, quoique un brin taciturne. Arrietty, en revanche, respire la joie de vivre, la liberté et l’insouciance de ses 14 printemps : ce soir est le grand soir, celui de son premier chapardage. Elle ne sait cependant pas que Sho l’a vue, et qu’il l’attend…


La relation qui va se tisser entre l’enfant humain souffreteux et mélancolique et la jolie Chapardeuse virevoltante est un modèle du genre, faite de sensibilité à fleur de peau, de tendresse réelle, d’admiration et de curiosité : l’un des points forts de ces films comme le Château dans le ciel ou Princesse Mononoké qui parviennent à raconter une aventure palpitante éclairée de l’intérieur par une romance innocente et pure, ni mielleuse ni perverse. Or, c’est là que le bât blesse aussi dans Arrietty : peut-être en raison d’une production ouvertement destinée à l’international (par le biais des fonds investis par Wild Bunch et Walt Disney), les créateurs se sont sentis obligés de rajouter des dialogues beaucoup trop explicites et certaines scènes délicates sont presque flinguées par un didactisme trop prégnant, alors que les échanges de regard, les gestes esquissés et la musique enchanteresse nous avaient déjà tout révélé des sentiments partagés. Parlons-en de ce score raffiné au ton résolument celtique, une partition signée Cécile Corbel qui se substitue aux envols lyriques du grand Joe Hisaishi avec une grande maîtrise.

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Au-delà de cette rencontre improbable, il y a évidemment un regard critique porté sur notre société égoïste : les Chapardeurs sont en voie de disparition, on n’en connaît ni les origines ni l’avenir, d’autant que, s’ils ne peuvent vivre à l’écart des humains, ils ne peuvent non plus se révéler à eux sous peine d’extermination. Ces gentils parasites ne font de mal à personne, et leur vie est bien précaire. Là encore, au lieu de se contenter de nous y sensibiliser par petites touches, il se croit obligé de nous asséner quelques phrases plombantes sur la responsabilité écologique des hommes. Un travers malheureux qui semble croire que le public dans son ensemble est incapable de comprendre les propos évoqués.

 

Cela mis à part, le film est un régal de tous les instants. On s’étonnera de ne pas voir surgir l’un de ces petits êtres « mignons » qui sont les mascottes de quasiment tous les films de Miyazaki (on n’a droit qu’à un gros chat pantouflard) mais le destin de tous ces êtres nous tient en haleine efficacement, sans le moindre ennui.

 

Un très beau film, un poil plus sombre et nettement moins subtil que les précédents, mais qui parvient à tenir haut le flambeau rutilant des productions Ghibli.

 

Ma note : 3,8/5

 

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