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l'Ecran Miroir

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[critique] Kiki, la petite sorcière : un enchantement

[critique] Kiki, la petite sorcière : un enchantement

[critique] Kiki, la petite sorcière : un enchantement

Kiki, la petite sorcière

Chaque film des studios Ghibli naît d’une promesse et d’un devoir : celle de voyager tant dans les contrées les plus pittoresques de notre imaginaire que vers l’époque de notre enfance insouciante. Celui de renouer un pacte avec la Nature et les créatures invisibles qui la peuplent.

Bien que moins connu du grand public que d’autres chefs-d’œuvre de l’animation japonaise, Kiki la petite sorcière est un véritable petit régal. Il peut désorienter dans un premier temps le spectateur profane en ce sens que, à l'instar de Totoro, il narre une tranche de vie loin d'être dramatique. Bien entendu, les thèmes chers à Miyazaki sont présents : l'enfance, le parcours initiatique, les questionnements lors du passage à l'âge adulte, mais aussi une certaine image d'un passé idyllique, un goût prononcé pour la Nature (toujours de splendides plans sur des prés fleuris, des forêts touffues) et la mécanique (les voitures datant des années 50). S'y ajoute cependant un réel effort porté sur l'émancipation des femmes au travers d'une volonté d'indépendance.  

Kiki a treize ans et, selon la tradition ancestrale des sorcières, doit quitter sa maison pour subsister pendant un an. Elle devra trouver une ville, s'y installer et surtout s'y intégrer en trouvant un moyen d'utiliser au mieux ses dons. Mais cela passe aussi par l'acceptation des relations sociales : or, si elle se montre plutôt avenante et polie, toujours souriante, elle est hostile aux relations plus amicales que lui propose un garçon fasciné par elle.

Dans l’absolu, on pourra constater qu’il n'arrive pas à captiver autant que Mononoké ou Chihiro, à émouvoir autant que Totoro ou le Château dans le ciel, mais le métrage est manifestement sensible et touchant. Le cadre est typique chez le réalisateur : une Europe traditionnelle, presque intemporelle, hésitant entre les années 20 et 60 ; on sait qu'il y a la TV mais les téléphones et les véhicules proviennent clairement d'avant-guerre, de même que le gigantesque dirigeable. D'ailleurs, ce dernier, les costumes des policiers et les caractères gothiques des enseignes de magasins laissent à penser que ça pourrait se passer dans le nord de l'Allemagne, quelque part sur le littoral de la mer du Nord entre Brême et Hambourg, pas loin du Danemark….  

L'une des particularités du film est cet aspect fantastique latent : l'apparition de la jeune sorcière en ville fait tourner les têtes, mais les personnes âgées ne sont pas étonnées outre mesure. C'est un peu comme si, face à la technologie, la magie avait cédé du terrain, mais sans disparaître totalement. Du coup, le propos se rapproche beaucoup plus de celui de Totoro, voire Mononoké . Il s’accompagne d’une forme de nostalgie pour des temps en voie de disparition où les phénomènes surnaturels étaient intégrés dans les mœurs et la pratique de la sorcellerie acceptée par tous.

Sauf qu'ici, c'est dans le cadre de l'apprentissage de la vie : à 13 ans, à part le fait de voler sur un balai, Kiki ne sait rien faire. Mais elle est généreuse, volontaire et souriante. Les cyniques du XXIe siècle que nous sommes pourront trouver cela niais et futile ; c'est pourtant rafraichissant. Comme d'habitude chez le réalisateur, le nœud de l'histoire se situe dans la relation qu'aura Kiki avec un garçon fasciné par elle, relation qu'elle refuse d'abord et qui va influencer sa jeune carrière de livreuse. Kiki se veut forte et indépendante, elle apprendra pourtant qu'elle peut également s'appuyer sur les autres sans pour autant perdre son intégrité morale.

Car, étrangement, Kiki va perdre progressivement ses pouvoirs et ne parviendra plus à voler ou à comprendre le langage des animaux. Elle devra faire un effort sur elle-même et s'ouvrir aux autres pour surmonter cette épreuve. D'autant qu'elle est régulièrement secondée, épaulée, réconfortée : par son chat d'abord, le truculent Jiji, puis par des femmes. Evidemment, cette dégénérescence magique n’est rien moins que la traduction d’un état émotionnel : comme Parker dans Spider-Man 2, l’héroïne devra s’accomplir afin de retrouver son intégrité. Sous peine de disparaître dans le néant.

 

Le tout aurait pu être cucul et pourtant c'est remarquablement émouvant, élégant et stylé - Kurosawa affirme d'ailleurs avoir pleuré devant le film. La fin procure même une certaine tension, davantage d’ailleurs que dans Totoro. Comme souvent, le générique de fin montre, par quelques séquences supplémentaires et images fixes, ce qui se passera après la conclusion.

Outre une magnifique partition musicale, quoique moins enlevée que dans les précédentes compositions pour les studios Ghibli, Kiki est apparu comme un fort agréable moment de cinéma.

 

 

Titre original

Majo no takkyubin

Mise en scène 

Hayao Miyazaki

Date de sortie France 

31 mars 2004 avec Buena Vista

Scénario 

Hayao Miyazaki d’après l’œuvre d’Eiko Kadono

Distribution 

Voix VO : Mninmi Takayama & Kappei Yamaguchi ; Voix VF : Adeline Chetail & Christophe Lemoine

Musique

Joe Hisaishi

Photographie

 

Support & durée

Blu-ray Buena Vista (2013) region B en 1.77:1 / 102 min

 

Résumé : A l'âge de treize ans, une future sorcière doit partir faire son apprentissage dans une ville inconnue durant un an. Une expérience que va vivre la jeune et espiègle Kiki aux côtés de Osono, une gentille boulangère qui lui propose un emploi de livreuse.