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l'Ecran Miroir

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[critique] 300 : Leonidas & ses tablettes

[critique] 300 : Leonidas & ses tablettes

[critique] 300 : Leonidas & ses tablettes

Et si on reparlait de l'adaptation du graphic-novel de Frank Miller et Lynn Varley qui raconte du point de vue des Spartiates la bataille des Thermopyles, lorsque 300 guerriers résistèrent à la plus grande armée jamais rassemblée, afin de préserver leurs principes de liberté et de démocratie.

 

Depuis le premier visionnage, en salles, le film m'a toujours fait l'effet d'une furie visuelle, complètement jouissive. Ca ne partait pourtant pas sous les meilleurs auspices : une voix off sans relief lance l’histoire et nous place d’emblée à Sparte, où les enfants mâles apprennent à grandir dans le respect des traditions qui font de ses guerriers les plus respectés du monde civilisé. Et on suit en particulier l’un d’entre eux, vaillant, teigneux, robuste : Leonidas, futur roi légendaire de la cité. A part ces couleurs désaturées et ce grain très présent, des cadres travaillés donnent cette désagréable impression d’ouvrir un album-photo stérile dans lequel les acteurs prennent la pose sur de jolis contre-jours retouchés - on retrouvait d'ailleurs la même ambiance dans le désastreux Alexandre, qui souffrait cruellement d’un manque d’ambition malgré un matériau des plus prometteurs.  

Ensuite arrive l’initiation (l’agogée) de Leonidas, en pleine adolescence : le but est simplement de survivre dans des conditions difficiles armé uniquement d’une lance. Survient alors un loup, énorme, monstrueux, qu'on dirait issu de l'obscurité : dès lors, la mythologie prend le pas sur l'Histoire et les symboles balisent le récit. Signe qu’il ne faut pas se lancer dans des diatribes verbeuses et vaines sur la justification politique d’une telle œuvre ou sur sa véracité historique. Snyder transcrit une BD de Frank Miller en en conservant l’esprit tout en cherchant à l’adapter au support, histoire de trouver un juste équilibre, une synergie permettant à l’original et au remake animé de se nourrir l’un l’autre dans une osmose enrichissante – tout le contraire du décevant Sin City qui, sur le même principe, avait tué l’aspect cinéma pour avoir trop voulu respecter l’œuvre papier. Les couleurs, les cadres, les costumes et accessoires, la photo, les épisodes-clefs et les dialogues seront donc maintenus, mais au lieu de coller aux planches, on tente d’en faire ressortir une essence afin de la transfigurer. 300, le comic-book originel, couchait sur le papier les obsessions d’un auteur (parfois) formidable qui s’appuyait sur un des épisodes les plus hautement chargés en héroïsme de toute l’Histoire occidentale, tout en dénonçant les manipulations politiques des opportunistes prêts à donner la Grèce entière en pâture à Xerxès afin d’y gagner pouvoir et richesse, ainsi que l’inertie des traditions face à l’urgence. Sur le plan des combats, le résultat est inespéré et la réussite est totale – mais j’y reviendrai. En revanche, les moments où la reine Gorgo se présente face à l’assemblée de Sparte afin de convaincre les sénateurs d’envoyer toute l’armée en renfort, ainsi que toutes les tractations en sous-main qui précèdent son discours, sont fades et manquent de conviction - d’autant que l’actrice, malgré une plastique superbe, n’est pas à la hauteur de la tâche, constamment en porte-à-faux dans des séquences poussives au jeu artificiel.

Les tenants du réalisme, qui ont su descendre Apocalypto sans même l’avoir vu, trouveront sans doute dans cette œuvre nerveuse, à l’ambiance clippesque sur un fond sonore mêlant hard rock et chœurs antiques, matière à polémiquer. Reste que ces séquences jubilatoires où les Spartiates montrent toute la maîtrise de leur art de la guerre quels que soient les adversaires que l’arrogant (et très caricatural) Xerxès leur envoie sont parmi les plus belles et intelligibles scènes de combat que j’aie vus depuis Spartacus. Oubliées ces masses brouillonnes qu’on a pu voir dans Troie ou le réalisateur ne parvenait à traduire les affrontements qu’au travers de duels trop chorégraphiés et d'un montage chaotique : ici, Leonidas et les siens s’abreuvent du sang de l’ennemi, rient sous les volées de flèches qui obscurcissent le ciel, et déploient leur fantastique énergie avec cette opiniâtreté farouche que leur envierait un Wolverine 

 

Il faut voir ces travellings suivant leur progression, l’exceptionnelle coordination de leurs actions (bouclier, lance, bouclier, lance, et un coup d’épée pour trancher un jarret, un bras, un cou), filmées en pied, scandées par des ralentis puis accélérées et ponctuées d’abondantes giclées de sang numérique. La violence est essentiellement graphique et le parti pris esthétique, complètement assumé, transcende l’ensemble pour en faire la représentation théâtrale d’une danse de mort spectaculaire. Butler, au sommet de ses troupes, rayonne littéralement dans le rôle d’un chef charismatique et assure un max, par le biais des très nombreux gros plans, souvent en contre-plongée, qui imposent son icône de héros immortel. Sa carrure, sa prestance sont même éclipsées par son phrasé particulier d'Ecossais farouche. Il éclipse naturellement le sourire carnassier d'un Michael Fassbender encore en devenir et d'un David "Faramir" Wenham un peu hésitant dont on apprécie l'accent singulier. En face, se détache seul un étonnant Rodrigo Santoro : le beau Karl de Love actually (mais oui !) y est métamorphosé en tyran auto-divinisé et fétichiste dans un mélange subtilement grotesque.

Alors certes, c’est le choc au premier degré entre la tyrannie esclavagiste d’un empire inhumain (celui des Perses) et l’idéal démocratique et libertaire d’une nation encore jeune et fondée sur des cités-Etats culturellement développées - c'est du moins le point de vue des Grecs. Les parallèles sont légion : à l’heure où les fanatismes s’expriment facilement, on pourra gloser à l’envi sur l’opportunité d’une telle entreprise. Orient arriéré mais nombreux contre un Occident brillant mais fragile ? Oui, c’est une interprétation possible. Et effectivement discutable. Il fallait bien donner un sens à ce point d’orgue qu’a été la bataille des Thermopyles : une poignée d’hommes libres contre des hordes innombrables, refusant tout compromis, même avec les traditions de leur propre peuple. Nés pour mourir là et y rencontrer la gloire. Dix ans après Marathon (490 avant J.-C.), dont le sacrifice d’un homme seul avait fait basculer le destin d’Athènes et avait clos la première vague des Guerres Médiques, cet épisode permettra l’union d’une Grèce enfin retrouvée contre l’envahisseur pour trouver une conclusion historique lors des triomphes de Salamine et Platées dans l’année qui suivra. Les faits sont là. Magnifiés, encensés sans doute par les chroniqueurs de l’époque, mais gravés à jamais dans la pierre et la mémoire de ceux qui y ont survécu. Les Athéniens ont su se servir intelligemment de l’acte des Spartiates pour occuper le devant de la scène lors des conflits qui suivront, alors même que la rivalité entre les deux cités était grande.

 

Pour finir, il est certain que le trait est forcé, les dialogues grossiers mais les paroles intenses, le tout demeurant auréolé d’un esprit machiste de bon aloi quoique parfois risible. Ca paraît primaire, artificiel, superfétatoire. Mais sur l’écran, et en blu-ray, c’est terriblement cool.

 

Et, pour cette fois, je m’en contente largement. 

 

 

 

 

Titre original

300

Réalisation 

Zack Snyder

Date de sortie

21 mars 2007 avec Warner Bros.

Scénario 

Snyder, Johnstad, Gordon, Frank Miller & Lynn Varley d'après leur oeuvre

Distribution 

Gerard Butler, Lena Headey, Rodrigo Santoro & David Wenham

Photographie

Larry Fong

Musique

Tyler Bates

Support & durée

Blu-ray Warner "Ultimate" (2014) en 2.40:1 / 115 min

 

 

Synopsis : Adapté du roman graphique de Frank Miller, 300 est un récit épique de la Bataille des Thermopyles, qui opposa en l'an - 480 le roi Léonidas et 300 soldats spartiates à Xerxès et l'immense armée perse. Face à un invincible ennemi, les 300 déployèrent jusqu'à leur dernier souffle un courage surhumain ; leur vaillance et leur héroïque sacrifice inspirèrent toute la Grèce à se dresser contre la Perse, posant ainsi les premières pierres de la démocratie.

We Spartans have descended from Hercules himself. Taught never to retreat, never to surrender.