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l'Ecran Miroir

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X-Men Origins : Wolverine

X-Men Origins : Wolverine

X-Men Origins : Wolverine

X-Men Origins : Wolverine

Bon. Ca n’est pas le chef-d’œuvre attendu. Espéré même. Remarquez, on ne s’illusionnait pas trop non plus, faut pas exagérer. La Fox demeurait aux commandes, avec sur les bras un personnage terriblement charismatique et bankable, de ceux qui attireront irrésistiblement les fans de comics et les amateurs du Wolverine interprété par Hugh Jackman – voire les admiratrices du bel Australien de 48 ans (le 12 octobre) : il suffisait de pondre un scénario avec beaucoup d’action, une bonne dose d’effets spéciaux censés en mettre plein la vue, quelques punchlines dont une bonne moitié héritées du comic-book originel ainsi que des références parsemées çà et là destinées à calmer l’appétit des geeks. L’aura du héros fera le reste. Du coup, les cinéphiles avertis redoutaient déjà un manque de prise de risques, une modélisation artificielle, presque un lissage, du personnage et l’éradication de toute forme de violence bestiale, sauvage au profit de celle, plus cool et visuellement payante, des combats stylisés post-Matrix. Autant le dire tout de suite à ceux qui n’auraient pas encore vu les deux adaptations cinéma du personnage : les craintes étaient fondées. A force, on ne s’étonne guère. 

Mais il n’était pas interdit d’espérer.

Que nous sert-on au final ? Un film d’action. Rien d’autre, ou presque. Du très beau et parfois subtil Wolverine : Origins de Jenkins & Kubert (ressorti en « Marvel Best Of » chez Panini - pour pas très cher, donc - et dont vous pouvez lire une intéressante chronique sur UMAC), les scénaristes n’ont retenu qu’une séquence au tout début du métrage où on apprend le vrai nom de Logan et l’identité de son frère et où l'on devine sa mutanité. Séquence qui réveille de nombreux échos enfouis chez les lecteurs assidus de la Maison des Idées mais les laisse aussi sur leur faim : c’est trop bref, cadré sans style, monté très maladroitement et même un peu racoleur. Ca a le mérite d'y être - mais c'est déjà gâché.

L’Arme X, alors ? La bande-annonce, déjà ouvertement pop-corn, nous laissait à voir quelques images ressuscitant les flashes mémoriels du Logan des deux premiers films X-Men, ou comment Wolverine avait acquis ce métal indestructible recouvrant son squelette et le rendant quasiment invulnérable. Comment David Benioff et Skip Woods, les scénaristes, comment surtout Gavin Hood allaient-ils mettre à profit le travail réalisé par le grand Barry Windsor-Smith sur la mini-série Weapon X (publiée en France en 1992 par Semic dans la collection « Top BD », rééditée récemment par Panini en « Marvel Best Of ») ? Encore une fois, plutôt platement et sans la moindre once d'ambition artistique. Si l’adjonction d’adamantium en fusion permet quelques belles images et introduit une réelle tension, la sauvagerie et la rancœur accumulées par Logan n’éclatent pas aussi brutalement qu’on aurait pu croire. En outre, les motivations poussant le mutant griffu à agir nous apparaissent assez grossières et spécieuses, le faisant passer pour un pauvre pantin assez naïf (ce qui, pour quelqu’un approchant le siècle d’existence, est assez fort de café). L’histoire se meut tant bien que mal à travers les passages obligés (les origines, donc, l’Arme X, mais aussi le groupe qu’il forme avec Sabretooth et Wraith, son idylle avec Silver Fox, le sabotage de sa mémoire où il ne parvient plus à distinguer les implants mémoriels des vrais souvenirs et de ceux qui ont disparus), les modifiant parfois artificiellement et les édulcorant pour les intégrer tant bien que mal dans un script creux et inconsistant, scandé par des rencontres avec des mutants bien connus des lecteurs (Deadpool et Gambit, très réussis, mais aussi le Blob ou encore le jeune Scott Summers et sans doute également - c'est d'ailleurs confirmé au générique de fin - la future Emma Frost) qui arrivent à tirer leur épingle du jeu. Les cinéphiles auront la surprise de retrouver les deux acteurs principaux de l'excellent John Carter (Taylor Kitsch et l'adorable Lynn Collins). Quant aux séquences finales post-générique, désormais habituelles (quoique… de mémoire au cinéma, tous les spectateurs étaient déjà partis depuis belle lurette ! - mais quand comprendront-ils ?), elles parviennent sans aucune élégance à opérer l’opération « raccordement » avec la trilogie X-Men de Singer & Rattner.

Pas de bain de sang, pas de déchaînement de violence, très peu de ce questionnement permanent sur la dichotomie entre l’homme et l’animal qui est si indistincte chez Logan : les dialogues sont risibles dès lors qu’il s’agit de pontifier, moraliser ou même de prêter serment (la VO est à peine plus crédible que la VF, atroce), la musique est inconsistante ou inutilement pétaradante, les transitions manquent de fluidité.

Pourtant, cela parvient à être plaisant par moments, surtout si le fan des premières heures de Special Strange que je suis parvient à faire abstraction des aventures trépidantes du héros sur le papier. Wolverine distille deux ou trois réparties bien senties et est surtout servi par un Hugh Jackman plutôt investi dans un rôle physiquement contraignant : ce gars, il faut le dire, rayonne littéralement, je ne connais pas un seul critique, pro ou pas, qui ne voie en lui l'interprète idéal pour le rôle. Même si ses duels commencent immanquablement par une charge digne d’un rhinocéros aveugle (où est donc passé "le meilleur dans sa partie", le spécialiste du combat rapproché, redouté de tous ?), il impressionne par son charisme, sa sûreté de geste et un vrai magnétisme dans sa démarche - bien qu'il soit trop grand pour coller parfaitement à la peau du Canadien trapu. Qu’il soit nu (pour le plaisir de ces demoiselles), en treillis ou en blouson de cuir, il est effectivement fascinant. Tant pis pour une hypothétique plongée dans sa psyché et une réécriture du Wolverine de Chris Claremont & Frank Miller (1987) - ce sera pour le second épisode, le Combat de l'immortel - on se contentera de cascades improbables et de ralentis bien maîtrisés et on ne se focalisera pas trop sur ces effets spéciaux pas toujours convaincants (les griffes d’adamantium reflétées dans le miroir de la salle de bain des paysans font très gadget).

J’aurais pu donc pleurer sur ce qui aurait pu être, en prenant l'exemple d'un positionnement plus couillu calqué sur le jouissif Iron Man ou une entreprise d’adaptation plus ambitieuse faisant la part belle à ce que ce personnage a de plus noble et de plus controversé, un peu comme ce qu'on retrouve par moments dans la série Daredevil produite par Netflix. Wolverine plaît, c’est incontestable, pourtant c’est un tueur, le meilleur dans sa partie, encore à la recherche de ses limites comme de son honneur, refoulant autant qu’il peut ses instincts ataviques pour pouvoir s’affirmer comme homme.

Ici, ces considérations ne sont que très brièvement abordées, et souvent mal à propos. Place à l’action, au bruit et à la fureur - mais surtout pas au sang : les griffes rétractiles semblent ne jamais se souiller d'hémoglobine, les tueries se font hors-champ et Logan reste toujours impeccablement coiffé... 

 

Titre original

X-Men Origins : Wolverine

Mise en scène 

Gavin Hood

Date de sortie

29 avril 2009 avec 20th Century Fox

Scénario 

Davis Benioff & Skip Woods

Distribution 

Hugh Jackman, Liev Schreiber, Danny Huston, Lynn Collins, Dominic Monaghan, Taylor Kitsch, Ryan Reynolds & Will I Am

Photographie

Donald McAlpine

Musique

Harry Gregson-Williams

Support & durée

Blu-ray Fox (2013) region B en 2.35 :1 / 105 minutes

 

 

Synopsis : James Howlett est un mutant canadien, doté de sens développés et d’un facteur guérisseur impressionnant. Obligé de quitter sa maison dès l’enfance pour avoir tué son géniteur, il a grandi aux côtés de son frère doté des mêmes capacités, traversé trois conflits majeurs avant d’être recruté par un certain Stryker dans un commando formé d’individus comme lui et ne lésinant pas à exécuter les gêneurs. Cependant, James, qui se fait désormais appeler Logan, répugne de plus en plus à tuer et décide soudain de quitter ce groupe, ce qui va entraîner de profondes rancœurs. Il n’aspire plus qu’à vivre une vie tranquille de bûcheron avec sa compagne…