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l'Ecran Miroir

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Star Trek XI

Star Trek XI

Un film réalisé par J. J. Abrams (2009) avec Chris Pine, Zachary Pinto, Leonard Nimoy, Eric Bana & Winona Ryder.

 

Résumé : Un vaisseau de la Fédération explorant une zone de perturbations spatiales se retrouve soudain face à un vaisseau gigantesque doté d’une technologie redoutable. Cédant les commandes au jeune George Kirk, le capitaine tente d’obtenir une trêve. Devant l’échec, Kirk ordonne l’évacuation du vaisseau, se sacrifiant pour que sa femme puisse s’échapper dans une navette médicale, alors qu’elle accouche de son fils, le futur James Tiberius Kirk.

On retrouve ce dernier quelques années plus tard, en jeune rebelle de l’Iowa, sollicité par le Commandeur Pike pour faire partie de Starfleet au vu de ses résultats exceptionnels. Il retrouvera à l’académie un Vulcain surdoué, Spock, et rencontrera une spécialiste des messages subspatiaux, Uhura ainsi qu’un jeune médecin un peu bougon, McCoy. Ils devront embarquer d’urgence sur le nouvel USS Enterprise pour une mission où Kirk et Spock seront confrontés à leur passé… et leur avenir.

 

A mon avis, les trekkers (et certainement les trekkies) n'aimeront pas. Très vite, on comprend que les scénaristes ont choisi le mode reload afin de pouvoir s'en donner à cœur joie avec les protagonistes, réutiliser les gimmicks et les relations entre personnages développés sur plusieurs années en les réinjectant sur un seul film. Ca va faire grincer des dents chez les fans qui voient toute la chronologie trekkienne balayée (bafouée ?) encore plus que pour la série Enterprise.

Mais je m’avance sans doute. Après tout, devant l’échec critique et commercial du 10e opus (Nemesis), les amateurs de la plus grande série de SF spatiale et de cet univers si cohérent et riche avaient peut-être envie d’un coup de fouet que la série avec Scott Bakula, qui explorait les origines du mythe, avait cherché à donner.  

Le procédé est connu, il a déjà servi (et notamment dans les comics) et annonce des suites commercialement exploitables. Il permet de tirer le meilleur de 40 ans de Star Trek, de se focaliser sur ce qui semble porteur et de chercher à toucher le plus de monde possible. Le but est commercial donc, mais cela permettra aussi d’élargir le potentiel des films : doté d’un budget largement supérieur à tous les autres films de la saga, Abrams avait de quoi construire quelque chose d’ambitieux, novateur tout en demeurant dans l’air du temps. Il fallait aussi éviter d’exclure les profanes, tout en caressant les connaisseurs dans le sens du poil.

Il fallait relancer la machine.

Etait-ce nécessaire ? Difficile à affirmer de mon point de vue. Si je connais Star Trek, étant allé jusqu’à pratiquer longtemps des jeux de rôles par mail se déroulant dans le cadre de cet univers riche de possibilités, je n’ai jamais vu aucune saison en entier et j’avoue connaître bien mieux the Original Series, celle avec Kirk et Spock née en 1966 de l’imagination de Gene Roddenberry, que la pourtant remarquable Next Generation mettant en avant un fascinant Picard aux commandes d’un vaisseau d’une beauté à couper le souffle. Quant aux spin-offs que sont Voyager ou Deep Space Nine, je n’en ai vu que quelques rares épisodes. Pareil pour les films, qui m’ont déçu depuis the Wrath of Khan que je considère comme le plus proche de l’esprit de la série originale, les autres (en tous cas, ceux que j’ai vus) allant de l’ennuyeux au ridicule, rarement passionnants.

Un mot tout de même sur la musique : chacun des thèmes développés pour les séries ou les films fait partie de ma discothèque personnelle, avec une préférence pour la magnifique composition de Jerry Goldsmith et un frémissement permanent pour celle de Alexander Courage (le générique de la série originale).

 

Alors, les producteurs nous ont donc refait le coup de Batman begins ?

Oui. Et non.

En bon connaisseur de comics, Abrams et sa clique de scénaristes ont pondu un truc qui s’apparente davantage à ce qu’on peut trouver chez DC et Marvel, quelque part entre Crisis et Days of Future Past, à base de réalités parallèles et de voyages dans le temps, les uns générant des paradoxes créant les autres. Mieux : il ne trahit même pas l’esprit de la série qui se permettait régulièrement ce genre d’irruptions dans le réel et de retours dans le passé. Un truc de geek, en somme, ce qu’est, par définition, tout bon trekkie ou fan de comics.

Donc, en provoquant une rupture dans le continuum, la réalité se met à diverger : du coup, James Kirk n’a pas eu la même enfance (il n’a jamais vu son père) et tous les principaux membres de l’équipage de l’USS Enterprise se retrouvent à l’Académie en même temps que lui, comme un fantasme de trekkie prenant corps : la passerelle d’un vaisseau flambant neuf où Sulu, Tchekov, Uhura, McCoy côtoient Kirk et Spock avant l’heure. Osé, non ?

Pourtant, merde, ça marche. Si on met de côté une propension à secouer la caméra à tout va, rendant certains combats assez peu lisibles – surtout les tirs de phasers, dommage ! - , le reste est jubilatoire : il y a un équilibre quasi-parfait entre la gentille naïveté de la série classique, tournée vers l'aventure et l'exploration avec des préoccupations philosophiques et les séries ultérieures, plus ouvertement humanistes quoique austères et au côté scientifique plus rigoureux. Abrams & co. ont puisé les références plutôt du côté du fameux technobabble de la série originale : ça impressionne les profanes et ça ne repose sur rien de vraiment concret, bien que très parlant. Les films ne sont pas oubliés, notamment Wrath of Khan – chouette ! Les clins d'oeil sont légion mais ne phagocytent pas le récit : comment ne pas sourire devant la scène du Kobayashi Maru, traitée avec respect et dérision tout à la fois ? Des bruitages du communicateur et de la téléportation aux immatriculations de vaisseau, des costumes oscillant entre le pyjama première époque et la tenue très officielle de Star Trek the motion picture, il y a de la matière pour les fans. On a même droit aux paroles culte du générique de la série de 1966, prononcées par… mais vous verrez bien ce qu’il en est, je ne vais pas vous gâcher le plaisir !

 

Quant au rythme… Ca va vite, ça va très vite. Les séquences spatiales, peut-être pas assez nombreuses à mon goût, sont superbes, avec des modélisations époustouflantes : enfin, Star Trek respire et vibre à la dimension de l’univers dans lequel il évolue ; il était grand temps ! Ca manque de véritables combats spatiaux et on est un peu frustrés de voir si peu de manœuvres orbitales, mais ça a l’ampleur des plus belles scènes de Starship Troopers. Surtout, les deux comédiens principaux sont extraordinairement proches de leur modèles de la série classique, c'est étonnant de mimétisme. Même si le jeune Pine explique qu’il s’est plutôt claqué sur la gestuelle et les mimiques d’Harrison Ford en jeune Han Solo ou en Indy, on ne peut qu’être sidéré par la façon shatnerienne qu’il a de s’installer dans le fauteuil de commandement de l’Enterprise.

 

Je me suis vraiment surpris à « avoir la banane » en sortant. Ce n'était pas gagné d'avance.

 

Ma note : 4,5/5