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l'Ecran Miroir

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Restaurer un film, est-ce le dénaturer ? - 03

Restaurer un film, est-ce le dénaturer ? - 03

Restaurer, est-ce dénaturer ?

 

Une discussion entre Millénaristes

 

3E VOLET


 

Nico


Quand on voit le nivellement par le bas de l'exigence du public : gros son, films vus en screeners, recadrages (les passages télé ne s'arrangent pas, même avec les films en HD qui sont diffusés sur les 4 chaines TNT)... En gros faut payer cher pour avoir le film dans ses conditions "normales". Ca me fait penser aux produits bio (étonnant).


On assiste à une sorte d'uniformisation surtout sur les films HD de la TNT : image Quick Time, exactement.


Alors bon je ne vais pas remettre la Belle au bois dormant dans la conversation, mais il y a un hic sur beaucoup de vieux films effectivement :
soit le film est très vieux, mais on doit le vendre, donc on le dénature pour le rendre attrayant ; soit on respecte la qualité d'origine, et là c'est pas évident de vendre. Alors soit on apprécie le grain, la profondeur de champ, la palette de couleurs plus subtile, soit on ne remarque rien. Bon nombre de très bons blu-ray se sont fait critiquer pour ça.

 
Paradoxalement, j'ai l'impression que la partie son est moins mise en valeur : beaucoup vont préférer un bidouillage plutôt que le son mono normal.
Donc on est d'accord : ne pas prendre toutes les restaurations ou sortie HD comme des références. Je pourrais parler du cas Belle au bois dormant pendant des heures (pour moi c'est la plus belle restauration que j'ai vue, en plus d'être très respectueuse du matériau original). J'ai bien apprécié la restauration de Dirty Harry par exemple, mais je ne connais pas le film. Peut être que rien n'a été trahi, peut être l'inverse. Tout ce que je sais, c'est que le master était propre, la définition bonne, le grain présent. Comment savoir si le blu-ray est bon (à part quelqu'un de passionné, qui va sincèrement vouloir revoir ce film en HD s'il trouve le dvd très bon) ? Il faut que l'éditeur justifie la ressortie. Il faut donner envie au client. Alors soit le titre est suffisamment vendeur et on n’a pas besoin de booster le rendu (au risque de se retrouver sans restauration), soit le blu-ray doit impérativement prouver sa différence avec le DVD. Peu de monde dit qu'il voit une différence entre HD et SD. J'entends très souvent ça en magasin.
 
Ensuite, on peut en revenir aux défauts et incohérences... Une restauration doit-elle gommer les erreurs ? Le cas des Aventuriers de l'arche perdue est assez bon.
Les défauts de Star Wars par contre, je pense qu'il faut qu'ils soient gommés. On parle d'un ensemble de 6 films qui se doivent de plonger le spectateur dans un univers cohérent. On ne doit pas considérer le côté "réel" du tournage.
Un peu comme quand on voit un film avec des acteurs connus et inversement. Je suis certain que ta perception des personnages change. Du coup ça modifie ton avis.
 
Je reviens sur les versions longues du Seigneur des Anneaux en DVD : je suis le seul à remarquer les plans allongés à cause de leur étalonnage qui diffère ?

 

TWIN

Petit rappel :


- Le Parrain : les couleurs des premier et second film sont boostées, avec une teinte dorée, pour correspondre à l'étalonnage du troisième film. La copie d'origine présentait un rendu froid, clinique et désaturé. Presque impersonnel, comme une vieille photographie délavée. Le coffret DVD sorti en 2001 se rapproche le plus de ce rendu, avec malheureusement un certain manque de définition vu son âge. 

- Dracula : étalonnage complètement revu pour épouser la logique des ambiances des films muets et parlants de l'ère expressionniste. Autrement dit, des noirs imposants qui tranchent aves les zones de lumière. Un rendu sombre et désaturé. La photo d'origine présente une orgie de couleurs et de contrastes, pour emphaser le grandguignol décadent du projet. La meilleure illustration est semble-t-il celle du DVD Superbit.

- Patton : master lissé au maximum pour supprimer tout grain et toute impression tactile. Un rendu 100% vidéo. Le pire cas au catalogue BD à ce niveau.

- French Connection : toute la chroma a été revu pour faire apparaitre le film comme frais et récent. C'est très joli mais loin des ambiances sales et délavées de la copie qu'on a tous connu (même situation que pour Mad Max 2).


Dans ces exemples, soit le réalisateur ne s'est pas impliqué, soit il a déconné au point que les produits ont été désavoués par leurs directeurs photo respectifs.

La comparaison avec les produits bio est marrante mais finalement assez judicieuse.
On s'est effectivement beaucoup focalisé ici sur l'image mais le problème du son reste entier. Je suis un partisan de l'exploitation sur disque dans le format sonore d'origine. Les Leone, par exemple, sont proposés de façon hérétique en DTS 5.1 en DVD alors que mixés au départ en mono (Leone détestait la spatialisation, qu'il jugeait apte à déconcentrer). C'est le cas pour de nombreux produits malheureusement. Je comprends que l'on transporte un mixage stéréo six pistes en 5.1, c'est tout à fait plausible, mais transformer une source en ce qu'elle n'avait pas vocation à être me semble trop préjudiciable. A ce que je sache, les BO sur CD ne sont pas encodées en 5.1 !


C'est l'une de ces situations erratiques qui me poussent à réfléchir à éventuellement revenir à un système hifi stéréo à la maison.


Concernant Dirty Harry, j'ai le coffret DVD, pas la version blu-ray, donc je ne saurais dire. J'avais une version VHS à la copie jaunie et abîmée. Je dois dire que ça contribuait grandement au charme du premier film. Les masters récents sont bien plus propres et équilibrés.


Le gommage des erreurs dépend beaucoup à mon sens de l'âge du film. Ca me dérangerait énormément que l'on corrige des erreurs dans Casablanca. Par contre, que l'on efface la perche son dans la bataille d'intro de Gladiator ou que l'on remettre la Bouche de Sauron une fois tuée devant les portes du Mordor dans Le Retour du Roi ne me ferait pas mal au ventre, au contraire !


Reste toujours la question du référent : on a besoin d'un expert, quel qu'il soit (réalisateur, directeur de la photo, etc.), qui soit capable, en accord avec divers représentants (le superviseur technique et artistique de la restauration, par exemple), de faire acte de préservation pour ressusciter une reproduction cohérente de la copie d'époque.
On ne peut raisonnablement pas arriver à un idéal d'intégrité. L'essentiel est de s'en approcher.

Peux-tu développer pour Lord of the Rings ? Je ne vois pas de quoi tu parles.

 

Nico

 

Pour Lord of the Rings :

 
- Je vais commencer par le son (cela ne concerne que la VF) : j'ai remarqué une différence dans la tonalité de la voix de Gandalf selon la scène.
C'est bête mais je capte à chaque fois, et je sors de ce fait du film...
 
- Pour l'étalonnage : regarde bien la scène du conseil, toutes les scènes nouvelles ont un côté doré marron très différent des plans déjà au cinéma. Cela se remarque un peu partout, surtout sur Fellowship of the Ring [i.e la Communauté de l’Anneau].

 
J'ajoute, pour rebondir sur ton exemple de la bouche, que d'autres détails encore plus dérisoires me gênent : le rocher qui "rebondit" lorsqu'Aragorn le touche après la bataille dans les mines, la tenue de Legolas qui est légèrement différente sur un plan de la version longue (en fait c'était une des toutes premières versions du costume lors du premier jour de tournage, je ne l'avais pas remarqué avant d'écouter les commentaires...), la coiffure de Gimli (même scène)...
Par contre, il est intéressant de parler de l'exemple de Minas Tirith dans les Deux Tours : un plan où géographiquement on aurait du la voir dans la version cinéma ne comporte pas la ville, tout simplement pour ne pas embrouiller le spectateur croyant voir le gouffre de Helm alors que Minas n'est clairement abordée que dans le Retour du Roi. La ville a été rajoutée sur la version longue. 

 
Pour Gladiator je ne savais pas, j'avais juste remarqué les espèces de bouteilles de gaz sur le char.

 
Par contre je trouve que la nouvelle version améliorée de ET est fascinante (je suis loin d'être fan de cette version, mais faut avouer qu'elle tend à le devenir) : elle est très ancrée dans son époque.

 
Oui, le son. On peut faire des miracles sur un son en mono. Il suffit de garder le film dans le contexte de son époque. Mais alors que penser bientôt des Toy Story qui vont être diffusés au cinéma en 3D : trahison ou attraction ?