Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Menu
the Brave & the Bold

the Brave & the Bold

Le Livre du destin

 

Un récit complet en 6 épisodes de la série the Brave & the Bold (volume 2), comics par Mark Waid, George Pérez & Jerry Ordway, publiés en France dans la collection « DC Heroes » chez Panini Comics (2009).

 

Les Challengers de l’Inconnu se sont vus confier le Livre du Destin, un ouvrage fondamental puisqu’il retrace le cours de toutes les existences passées et à venir. Pour quelle raison en ont-ils hérité ? Sans doute parce que contrairement à tous les autres êtres vivants, leur destin n’est pas inscrit dans les lignes de ce Livre – et donc chaque événement qui leur arrive est susceptible de modifier le futur. Or ils apprennent le projet d’un certain Megistus, un mystérieux mage du passé qui cherche à récupérer de puissants artefacts. Mais ils pourront compter sur la bravoure de véritables héros, de Superman à Power Girl, en passant par les Teen Titans, la Doom Patrol et d’autres personnages issus de séries aujourd’hui disparues. A moins qu’ils ne soient eux-mêmes manipulés pour que tout se déroule suivant un plan ourdi depuis longtemps…

 

J’adore Pérez. Si j’ai acheté ce second volume de the Brave & the Bold, c’est avant tout pour lui. Sa ligne fine et précise, sa propension sans égale à multiplier des détails tout à fait intelligibles dans des cases où pullulent les personnages en pleine action est un régal pour les yeux. Pour peu qu’un encreur comme Terry Austin (ici, c’est Bob Wiacek, tout aussi compétent) parvienne à faire ressortir la qualité du tracé, c’est le bonheur. Certes, on a droit à quelques poses très académiques, un découpage qui manque parfois de dynamisme, des expressions légèrement trop outrancières, mais il s’agit de la forme la plus parfaite d’une certaine conception du comics de super-héros : beaucoup d’individus, très disparates, facilement reconnaissables par des couleurs et des tenues appropriées, des pouvoirs qui s’expriment pleinement dans des climax ne négligeant ni explosions cosmiques ni déferlement d’énergie ni surtout destructions massives. Les femmes sont sublimes, aux proportions parfaites dans un bienheureux équilibre entre la statuaire grecque et les canons du mannequinat – plus humaines que les fantastiques mais irréelles silhouettes à la Jim Lee, aux interminables jambes, moins bombes fantasmatiques que les craquantes héroïnes de Brandon Choi ou Scott Campbell. Quant aux hommes, ils ont cette stature imposante, cette musculature évidente mais sans exagération qui les rapprochent d’une vision à la Alex Ross (les plis des costumes en moins, évidemment). A vrai dire, seul Alan Davis se rapproche de ces qualités, avec en outre un humour bien à lui.

Dans l’hénaurme Crisis on Infinite Earths, Pérez m’avait époustouflé. A l’époque, je l’avais redécouvert et il m’avait réintroduit à l’univers DC (abandonné depuis belle lurette pour les séries Marvel tellement plus fascinantes et prenantes) avec une étonnante facilité. Mieux : à l’issue de cet arc qui révolutionna le genre (par ses objectifs ambitieux et sa mise en scène complexe), j’avais tenu à suivre quelque temps la série des Teen Titans de l’époque, que Pérez, bien entendu, illustrait à merveille, transcendant des personnages comme Raven ou Kid Flash.

C’est sans honte que je peux affirmer que ce bonhomme produit sans doute les dessins que je préfère dans le comics, même si j’apprécie au moins autant certaines œuvres d’artistes aussi différents que Madureira, Miller, Byrne, Romita Jr, Chris Bachalo, John Buscema ou Jim Starlin.

Ici, qu’en est-il ?

A vrai dire, on est tout de même loin d’une entreprise aussi incroyable que Crisis. Il y en a pourtant des traces, comme des relents, dans ces enquêtes qui nous mènent en des contrées aussi diverses que les pyramides d’Egypte pendant la Seconde Guerre mondiale, un château médiéval à Prague, une forêt du temps des Chevaliers de la Table Ronde, la fameuse Forteresse de Solitude voire l’intérieur du Soleil. Une sorte de périple à travers les éons et l’espace où les membres des Challengers cherchent un fil conducteur qui les conduiraient sur la piste de ce Mégistus dont se réclament ceux qui cherchent à s’emparer des objets de pouvoir. L’enchaînement des faits, la façon dont les duos improbables (chaque épisode est conçu sur le modèle des « teams up », vous savez comme quand on affublait la Chose ou Spiderman d’un acolyte afin de remplir les pages d’un mensuel) semblent résoudre un problème immédiat tout en dédaignant un détail crucial, les interactions entre les différentes réalités sont autant de signes connus désormais des amateurs de ces grands règlements de comptes interdimensionnels. Waid opère avec savoir-faire, sans génie et l’équipe artistique a tendance même à frustrer tant certaines confrontations sont survolées (si le deuxième avec Flash et la Doom Patrol prêtait davantage à sourire, on n’a guère le temps d’apprécier les prouesses des Metal Men associés à Dial H for Hero, qui n’ont droit qu’à 6 pages et cèdent trop vite la place aux Blackhawks épaulés des Boy Commandos ; Atom et Hawkman sont également expédiés trop vite) La résolution de l’énigme déçoit aussi, d’une part parce qu’il faut une sorte de deus ex machina un peu trop gros – sous la forme d’un « chevalier de la 5e dimension » (sic) - pour que Superman entre en piste (alors que son duel contre Ultraman promettait tant !), d’autre part parce que Pérez cède sa place à un Jerry Ordway très capable mais nettement moins flamboyant. Quand Ron Lim avait succédé à Starlin sur Infinity Gauntlet, c’était passé sans trop de problèmes, mais là, on perd beaucoup. Enfin, c’est mon avis.

Sinon, on s’amusera de ces répliques qui fusent entre une Wonder Woman et une Power Girl détonantes et on s’apercevra que l’ensemble baigne dans une sorte de candeur qui contraste avec les implications, les actes de bravoure et les sacrifices (car il y en a). Ca dédramatise, c’est vrai, mais ça donne à l’œuvre un cachet un peu nostalgique qui nous replonge dans le Silver Age. Il y a cette aura chez Pérez, cette aura intemporelle…