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l'Ecran Miroir

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Sale Affaire

Sale Affaire

Quand la mer monte

 

Un film de Yolande Moreau & Gilles Porte (2004) avec Yolande Moreau, Wim Willaert, Olivier Gourmet.

 

 

Résumé Allôciné : Irène est en tournée avec Sale Affaire, un one woman show, dans le nord de la France. Elle rencontre Dries, un porteur de géants... C'est le début d'une histoire d'amour ! Histoire d'amour, qui a d'étranges résonances avec le spectacle qu'Irène joue sur scène...

 


 

Oui, je sais.

 

Vous êtes déçus, n’est-ce pas ?

Vous vous attendiez à lire un texte alambiqué sur the Dark Knight qui rebondirait sur les derniers commentaires de mes visiteurs les plus impliqués. Ou alors, et avec une impatience non dissimulée, à la chronique d’un visionnage en avant-première de Watchmen, le film tiré de ce monument de la bande dessinée – et alors vous vous seriez même contentés d’un papier sur Gran Torino, voire Underworld 3.

Bref, si tel était le cas, vous êtes à présent déçus.

Du coup, je n’ai plus qu’à plaider coupable et à vous épargner mes litanies d’adjectifs pour vous asséner quelque chose comme :

« Film à petit budget, déroutant, tourné en caméra numérique dans le Nord avec des comédiens sympathiques. Les deux rôles principaux nous jouent un homme et une femme empêtrés dans une histoire d’amour trop grande pour leur petite vie minable. L’un comme l’autre espèrent l’évasion. On passe sans savoir comment de l’ennui à la perplexité, puis au sourire et à la complaisance. Loin des grosses productions, c’est lent et parfois lourd, avant de libérer quelques touches de pure poésie naturaliste. Intéressant. »

Ca suffirait, je pense.

C’est que je me suis aperçu, avec un peu de recul (ce film le permet très facilement), qu’en multipliant les séances de cinéma, j’y allais en privilégiant naturellement les grands spectacles – tout en laissant la place pour des petites perles d’auteur propulsées par un bouche à oreilles salutaire. Normal, le cinéma n’est pas donné, et la TV permet de voir un peu plus tard les films d’envergure plus modeste pour lesquels je ne suis pas prêt, à brûle-pourpoint, à débourser la somme indiquée.

C’est sûr, on rate des œuvres qui valent le coup. Et, malgré mon côté bon public – totalement assumé – et bon prince, il m’arrive de tomber sur des films qui m’ennuient, me sidèrent par leur vacuité, quand ils ne m’horripilent pas.

Ca ne veut pas dire que j’irai voir le prochain film de Yolande Moreau au cinéma. Sauf si un collègue enchanté me le vend avec à-propos ou si des critiques dithyrambiques exercent leur savante hypnose zélatrice. Mais je ferai gaffe. Promis.

Que rajouter à cette chronique du néant ? Que je m’interroge parfois sur mes critères d’appréciation. Quand la mer monte, objectivement, et pendant une bonne demi-heure, n’était pas loin de me faire chier (attendez, je vérifie qu’aucun de mes enfants ne lit ces lignes honteuses… OK, c’est bon, ils ont laissé tomber et attendent le Wolverine Origins). Je tenais simplement parce que je me disais qu’il devait forcément y avoir quelque chose après cette accumulation de vide narratif, sans rythme et à l’image particulièrement laide. Et puis, de vagues souvenirs remontaient à la surface, surgis de l’époque où quelques entrefilets dans la presse spécialisée s’étaient ébaubis devant cette première réalisation de l’ancienne pensionnaire des Deschiens (un de ses potes fait d’ailleurs une gentille apparition en patron de bistrot râleur – et ce n’est pas François Morel). Enfin, cette interrogation : puis-je apprécier ce genre de film reposant sur quelque chose d’indéfinissable, non quantifiable ni qualifiable parmi les critères habituels liés au cinéma ? Car même l’histoire n’a rien d’extraordinaire, même si elle parvient à ménager un certain suspense sur l’avenir de cette romance qui point telle une fleur sur le béton. Irène, après tout, à un homme qui l’attend, chez elle, après sa tournée (ils ont au téléphone quelques conversations sur la couleur des carreaux à poser). Mais ce que Dries lui propose, c’est une porte ouverte sur l’Imaginaire, la Fantaisie, c’est une possibilité de s’affranchir de la lourdeur d’un quotidien aussi gris que le ciel de ces contrées qui pousse ses habitants à se retrouver, à fraterniser et à entretenir cette chaleureuse camaraderie qui fait leur réputation (oui, vous savez, la chanson de Macias sur « les Gens du Nord »). Dries est un enfant dans un corps d’homme : peu enclin au travail, il vit de petits riens et ne se projette pas – mais il voit en Irène une princesse de conte de fées, et à travers lui, elle se voit sans doute plus belle qu’elle n’est.

 

Touchant. Sincère. Maladroit par moments, et même franchement mou, gentiment cinglant dans d’autres.

Le film est court (environ 1h33) et traversé, sur la fin, de fulgurances éthérées : des regards, des paysages, des paroles font mouche. Parfois, on n’est pas loin du surréalisme alors que l’ambiance générale se rapproche (sans doute volontairement) de l’émission Strip tease.

 

Je vous avais dit que c’était déroutant. J’espère toutefois que vous n’avez pas été si déçus que cela. Eclectisme, quand tu nous tiens…

 

Merci au papa de Jennifer.