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l'Ecran Miroir

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It's alive !

It's alive !

Van Helsing

 

Un film de Stephen Sommers (2004) avec Hugh Jackman & Kate Beckinsale

Un DVD Universal

 

Résumé jaquette : Le mal a-t-il enfin trouvé un adversaire à sa hauteur ? Le légendaire chasseur de monstres, Van Helsing, est missionné par le Vatican pour se rendre en Transylvanie, une contrée lointaine et hostile où le puissant comte Dracula règne en maître absolu. Van Helsing va poursuivre sa lutte contre le mal, alliant ses forces à celles de la vaillante princesse Anna, déterminée à vaincre l’infâme vampire et à mettre un terme à la malédiction qui frappe sa famille depuis des générations.

 

Au cinéma, le film m’avait plu, mais sans m’emballer. Il m’avait aussi profondément déçu dans son approche du mythe, par sa légèreté de ton et la naïveté de ses intrigues.

Les mois ont passé.

De l’eau a coulé sous les ponts de Paris, ceux-là même où le mythique chasseur de monstres traquait Hyde dans un prélude rappelant furieusement une scène identique de la Ligue des Gentlemen extraordinaires – mais oui, vous savez, l’un des plus beaux exemples de ratage total dans l’adaptation d’un classique de la bande dessinée !

Van Helsing aurait pu être oublié. Certes, le film s’est fait connaître par une campagne publicitaire efficace, l’appui technique des infographistes de la trilogie de l’Anneau de Peter Jackson, et un gros buzz autour de sa vente en DVD qui a permis au studio de se renflouer après un semi-échec en salles.

Mais il avait aussi suscité, en son temps, quelques débats assez passionnés parmi ses premiers spectateurs. Ceux qui, comme moi, l’avaient trouvé amusant mais vain, frustrant et puéril bien que parcouru de séquences habiles et jouissives s’étaient heurtés avec des amateurs fascinés par la vision des mythes de la littérature fantastique procurée par l’œuvre elle-même, cette relecture en forme d’hommage faussement parodique aux grandes heures des Universal Classic Monsters que notre ami TWIN, millénariste de la première heure, a su nous présenter dans un dossier extrêmement bien documenté. De Dracula aux loups-garous, en passant par le monstre de Frankenstein, les clins d’œil sont nombreux, souvent forcés mais habilement intégrés. Il fallait oser ouvrir le film (qui commence sans générique initial) sur la phrase culte : It’s alive ! prononcée d’une voix tremblante sur font de tonnerre, dans une ambiance gothique renforcée par la silhouette sombre d’un château médiéval que, bientôt, une foule de villageois en colère s’apprête à saccager. Il fallait, du coup, oser déplacer le château de Frankenstein en Transylvanie (histoire de joindre géographiquement les deux folklores et de marier Bram Stoker à Mary Shelley) et ajouter Hyde en guest – qui n’a rien d’un monstre « Universal » mais a été exploité par la MGM, même si les archivistes retrouveront trace d’un Abbott & Costello meet Dr Jekyll & Mr. Hyde. L’idée de le dissimuler dans Notre-Dame et de lui faire jouer avec les cloches comme Quasimodo est lumineuse.

Sommers avait bien réalisé la Momie, film agréable, au rythme soutenu, qui allie avec une recherche constante de l’équilibre le sens de l’épique et un humour bon enfant, avec un transfuge décoincé de Allan Quatermain en personnage central, nanti de seconds rôles hauts en couleurs. Effets spéciaux à profusion, recherche du spectaculaire et une certaine ironie non caustique avaient réussi à cette production qui, sans renier ses glorieux (et sérieux) aînés, avait su dépoussiérer le mythe. Van Helsing était construit sur les mêmes bases, répondait aux même critères et osait se frotter à trois monstres gravés dans l’inconscient populaire, avec un casting tiré de X-Men, Underworld et le Seigneur des Anneaux : curieux que ça n’ait pas produit le même effet.

En fait, il fallait peut-être lui laisser le temps – en tout cas, pour moi. Car, à bien y regarder, et si on ne cherche pas à constamment remettre en cause la finalité de cet ambitieux et foutraque melting-pot fantastique, on passe un bon moment. Jackman semble parfaitement à son aise dans un rôle très physique où il joue avec justesse de son charisme. Kate Beckinsale, à la silhouette aussi bien mise en valeur qu’avec l’inoubliable combinaison moulante d’Underworld, campe une princesse trop jolie et courageuse pour être vraie, mais dont le caractère bien trempé ménage quelques répliques bien senties. Certes, ce Dracula peine à installer un vrai sentiment d’effroi : Richard Roxburg n’était déjà pas convaincant en M dans LXG (tiens, encore ce film ?) et ne parvient pas ici à composer un méchant bigger than life comme le mérite son personnage de Dracula. La très belle photo avantage plutôt les décors, somptueux, et les accessoires un poil steampunk que les effets spéciaux, d’autant qu’on a droit à une partition enlevée, mais légèrement datée, d’Alan Silvestri et à une bande son très généreuse en basses tonitruantes.

 

Franchement, c’est du divertissement de très bonne facture. J’aurais apprécié un peu plus d’attention portée sur le décryptage du parchemin (sa résolution arrive comme un cheveu sur la soupe) : on sent bien que l’intervention du loup-garou a tendance à faire dévier l’histoire et les transitions ne sont pas toujours heureuses, d’autant que les résolutions sont trop faciles (c’est en tombant dans un trou qu’ils trouvent le Monstre de Frankenstein, personnage-clef de l’intrigue). En revanche, le mystère entourant les origines de Gabriel (et non Abraham) Van Helsing, ces allusions persistantes de Dracula, fascinent au plus haut point et renforcent l’intérêt de leur confrontation finale, avant de laisser un peu d’amertume par son caractère inachevé. Van Helsing  appelle une suite. Une vraie, au cinéma, pas ce jeu vidéo sorti la même année.