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l'Ecran Miroir

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Come get some !

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The Boys # 2 : Prends ça

 

Un album de Garth Ennis & Darick Robertson, édité par Panini comics 2008.

Il reprend les 4 épisodes de la mini-série Get some publiée par Dynamite comics en 2007.

 

Couverture cartonnée souple et mate, papier glacé de bonne qualité. On a droit à la reproduction des covers originales et à une présentation des auteurs.

 

4e de couverture : Dans un monde où des super-héros sillonnent le ciel ou rôdent dans la nuit, quelqu’un doit faire en sorte qu’ils ne dépassent pas les bornes. Et ça, c’est le boulot de Billy Butcher, du P’tit Hughie, de la Crème, du Français et de la Fille, des petits gars de la CIA, une équipe de gens dangereux. Ca tombe bien puisqu’ils luttent contre la force la plus dangereuse de la Terre : les gugusses à super-pouvoirs. Certains super-héros doivent être surveillés. D’autres doivent être contrôlés. Et certains, parfois, doivent dégager.

C’est là qu’interviennent nos p’tits gars.

Le sombre justicier Tek-Paladin et son ancien équipier Swingwing ont un problème. Un gros. L’un des deux a totalement perdu le contrôle de sa libido, et l’autre est peut-être bien un meurtrier. Le boulot de Butcher et Hughie, c’est de les démasquer.

 

Au moment de récupérer les comics du mois qu’un gentil libraire met patiemment de côté pour votre serviteur, j’ai vu que le second volume de the Boys était sorti. Ni une ni deux, je l’ai rajouté à ma pile pourtant conséquente.

C’est que le premier m’avait emballé. Et, à force de dialoguer avec les Illuminatis, ou de lire leurs blogs respectifs, je savais que le numéro allait paraître.

Quelques semaines après avoir lu et plutôt apprécié Wanted, de Mark Millar (à peu près à l’époque de la sortie du film de Bekmambetov), j’avais eu entre les mains le premier the Boys. Une grosse claque. Si Wanted jouait sur le registre iconoclaste et décalé, the Boys allait plus loin, beaucoup plus loin : des situations aux personnages, tout transpire le second degré jubilatoire et une forme d’hommage cathartique aux comics, comme si Ennis cherchait à se purger de scories emmagasinées à la lecture de ces bandes dessinées pour ados prépubères dégénérés, aux discours vides, aux dialogues creux et aux enjeux foireux – tout en assumant son côté geek total par une profusion de clins d’œil teintés de respect. Il est tout de même l’un des créateurs du Preacher et a insufflé une seconde jeunesse au Punisher de Marvel.

Si, dans Wanted, on apprenait que le monde était en fait régi en sous-mains par les anciens super-vilains (qui avaient fini par se débarrasser de leurs ennemis, les paladins en collants des temps modernes dans lesquels on reconnaissait quelques figures tutélaires ancrées définitivement dans la mythologie actuelle) et que cette réalité, impossible à assimiler par le tout-venant, était déguisée sous une autre, plus acceptable, dans the Boys, ce sont les super-héros eux-mêmes qui posent problème. En fait, Ennis institue deux niveaux d’existence qui coexistent, la plupart du temps sans interférence : la réalité concrète et quotidienne de l’individu moyen, avec sa petite vie, ses petits objectifs et la certitude que, quoi qu’il fasse, il n’influera pas sur la destinée du monde dans lequel il tente de survivre ; et puis celle des héros, qui combattent le crime, sauvent l’univers et empêchent les catastrophes. Ces derniers, gavés de super-pouvoirs (dont l’origine est partiellement dévoilée dans les pages), n’ont plus grand chose en commun avec la foule qu’ils sont censés protéger. On les comprendrait, presque : pensez-donc ! Ils doivent être constamment sur le qui-vive, scruter l’espace afin d’intercepter les méchants aliens, observer les mouvements de la croûte terrestre et s’entraîner pour être invincibles. Oui, enfin… c’est ce qu’on pourrait penser, surtout si on est abruti des lectures de comics, ces vitrines officielles du continuum super-héroïque, dont Ennis, au travers du regard abasourdi du p’tit Hughie, fait un portrait ahurissant au début de l’épisode 2 de cette mini-série. En voici un extrait, alors que Hughie et Butcher entrent dans une boutique de comics pour avancer dans leur enquête :

 

HUGHIE : Des comics.

BUTCHER : Tu en lis ?

HUGHIE : J’en lisais quand j’étais minot.

BUTCHER : Hautement édifiant. C’est là qu’ils mettent la version officielle, Hughie. On donne de l’héroïsme au public. Des croisés voués à la Justice. Et pendant ce temps-là, les « supers » font leurs horribles conneries dans la réalité.

[…]

HUGHIE : […] Il y a des mecs qui prennent leur pied à faire ça, et on a ce torchon qui dit : « Vous en faites pas, les super-héros s’en occupent. »

BUTCHER : C’est l’idée, justement. Les super-slips sont là pour rendre simples les problèmes compliqués. Si on peut pas taper dessus, on l’ignore. En restant le plus loin possible du monde réel.

 

C’est justement grâce à ce Butcher, personnage assez pittoresque, que le p’tit Hughie découvre l’envers du décor, lui qui avait vu la femme de sa vie décalquée contre un mur à cause d’un super-héros qui combattait le crime. Et c’est effectivement édifiant : les super-héros, après tout, ont aussi leurs vices – et boostés de pouvoirs, ces vices-là font du dégât. Un peu à la façon dont Philip José Farmer avait dépeint la vie de ses idoles de jeunesse, comme Tarzan, en les dotant d’une libido proportionnelle à leurs facultés physiques, Ennis nous montrait les turpitudes inouïes dans lesquelles se vautrent allègrement ces justiciers d’opérette lorsqu’ils ne sont pas en mission. Et Hughie allait de surprise en surprise, jusqu’à comprendre la mission pour laquelle ce diable de Britannique fort en gueule l’avait recruté : empêcher ces salauds imbus de (ou aveuglés par) leurs pouvoirs de nuire au reste de la population et leur adresser un avertissement sans frais.

 

Franchement, malgré les outrances parfois faciles qu’on pouvait relever, le premier the Boys était hautement jouissif.

 

Celui-ci, du coup, peine à convaincre. En resserrant les enjeux (l’espèce de hiérarchie super-héroïque contre laquelle Butcher se lance sans vergogne, avec ce système de contrôle gouvernemental rappelant quelques principes de Watchmen, n’est ici placée qu’en toile de fond), Ennis perd de son impact, forcément : il ne s’agit ici que d’une enquête censée laver l’honneur d’un jeune homo. Alors certes, les inévitables parallèles avec les préjugés sur la sexualité apparaissent, avec un regard d’une acuité certaine. Mais on a du mal à enchaîner, et surtout à adhérer à ce désordre psycho-sexuel qui pourrit la vie du Tek-Paladin : on rit de ses malheurs mais on ne parvient pas à vraiment s’en moquer. Après tout, il semble vraiment pénétré (sans jeu de mots !) par son idéal de Justice : on le plaindrait presque. Du coup, ses collègues encapés apparaissent encore plus pourris.

 

Ennis ne mâche pas ses mots. Le langage fleuri dont Butcher fait preuve traduit au mieux l’excès de véhémence dont il fait preuve. Robertson n’est pas en reste et il se déchaîne à coups de gros plans sur des mâchoires qui sautent ou des nez qui explosent. Cependant, il semble également davantage sur la retenue, moins frénétique et également moins précis dans ses visages (Butcher n’est pas toujours reconnaissable).

On me dira qu’il y a moins de scènes explicitement sexuelles. Et moins de bagarres homériques. Oui, c’est sans doute ça, cette frustration.