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l'Ecran Miroir

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Voix off

Voix off

Voix off :

 

Lorsque le son n’est pas émis directement par quelque chose ou quelqu’un qui se situe dans le cadre, on dit qu’il est off : il peut s’agir de la voix d’une personne qui s’adresse à ceux qui sont cadrés (comme dans un champ-contrechamp), du bruit produit par quelque chose qui n’est pas dans notre champ de vision (jouant sur la surprise) ou encore de commentaires apportés a posteriori par un personnage qui était présent, ou non, au moment de la scène qui se déroule – ce qui permet par exemple de mieux adapter à l’écran certaines phrases-clefs prononcées par le narrateur d’un roman. Quoi qu’il en soit, l’effet recherché est avant tout de jouer sur la complémentarité essentielle entre l’image et le son, en provoquant un décalage qui va exciter nos sens (on ne voit pas ce qu’on entend) ou ajouter des explications que l’image et la bande son in ne parviennent pas à fournir, un peu à l’instar des intertitres à l’époque du cinéma muet ; ce dernier exemple peut être vu comme un aveu d’impuissance de la part du metteur en scène, qui a besoin de rajouter au dialogue des éléments essentiels à la narration. Du coup, cela alourdit parfois la réalisation ou introduit un second degré salutaire qui dédramatise la situation filmée. Il arrive en effet qu’un personnage parle en off en donnant un commentaire volontairement ironique – parfois renforcé par un regard caméra.

 

Exemples (merci à Jennifer) :

 

> Dans 1492 de Ridley Scott, à partir de 2 min 40, une voix off nous narre le destin de Christophe Colomb. On comprend très vite qu’il s’agit du fils du personnage principal, ce qui accentue le côté historique, l’authenticité du récit.

 

> Dans Spartacus de Stanley Kubrick, on a un commentaire similaire qui nous présente la situation, presque comme un documentaire.

 

> Dans Fanfan la Tulipe de Christian Jaque, le film commence avec une voix off sur un ton manifestement ironique qui introduit un décalage patent entre les images de guerre et les réflexions cyniques, entre les personnages historiques et leur portrait peu flatteur. Cela donne le ton du film, enlevé, en costumes, mais gardant cet esprit un peu rebelle, irrespectueux qui colle au héros.

 

> Dans le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, on commence juste après le générique par un plan large aérien pour montrer le paysage, austère et peu engageant. La lumière n’est pas vive et ne met que peu de couleurs en valeur. C’est pourtant le jour, mais l’endroit demeure morne et menaçant. La voix off, celle d’un vieillard au crépuscule de sa vie, fournit des informations de type autobiographique ainsi qu’une distanciation qui permet de dédramatiser parfois la situation. Il s’agit d’Adso, le novice qui va vivre, de son propre aveu, l’aventure de sa vie en compagnie de son maître, Guillaume de Baskerville. Cette voix conclura le film comme elle l’avait commencé avec une grande admiration non feinte pour le Franciscain et suffisamment de clairvoyance que l’âge aura apportée.

> Dans Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, c’est également une voix off qui nous raconte les péripéties de Mathilde à la recherche d’un amour que tout le monde croit disparu. Bien qu’un peu artificiellement incluse, elle permet de combler les lacunes de la réalisation pour parvenir à transposer à l’écran le très riche roman éponyme. Elle colle toutefois très bien à la façon de réaliser de Jeunet, à ce caractère un peu nostalgique qui empreint son cinéma.

 

> Dans le Corps de mon ennemi de Verneuil, on se trouve plutôt dans la position du narrateur. Comme on reconnaît la voix de Belmondo qui apparaît être le personnage principal, cela nous certifie qu’il survivra à l’aventure – bien qu’au cinéma, il arrive que le narrateur parle d’outre-tombe... Mais cela va un peu plus loin car, si la voix off, au début, permet de placer la situation (il s’agit d’un récit construit de façon non-linéaire puisque se juxtaposent des séquences se situant à des décennies d’intervalle), elle se permet également quelques commentaires « à chaud », aussi cyniques que dérangeants, un peu comme lorsque l’on regarde un DVD avec les commentaires d’un réalisateur enthousiaste sur une scène qu’il a pris plaisir à tourner. Cela introduit un décalage temporel entre ce que l’on voit et ce que l’on entend et contribue à dédoubler le héros, tout en empêchant une réelle identification : Belmondo parle en son in puis on l’entend en voix off, et ce qu’il dit alors apporte soit un nouvel éclairage, soit un trait d’ironie distanciatrice.

 

> Dans Dune de David Lynch, c’est même plus complexe. Non seulement on a, au début surtout, la voix off de la princesse Irulan qui se pose en narratrice (bien qu’elle ait assisté à certaines scènes, notamment dans le palais impérial, elle n’a pas pris part aux aventures de Paul Atréides sur Arrakis) de ce qui s’annonce comme une véritable saga héroïque – elle commence son commentaire en posant les bases de l’univers connu – mais on a de temps en temps ce que Michel Chion nomme la voix intérieure généralisée, un procédé qui fait transparaître en off  les pensées intimes des personnages. On peut donc avoir Kyle McLachlan prononcer une phrase dans le film et dans le cadre et entendre juste après sa pensée sur l’acte à venir ou le dialogue auquel il a participé. Ici, on est loin du léger cynisme de Belmondo : ces pensées entendues sont toutes marquées du sceau d’un destin implacable, d’une inquiétude de tous les instants, du doute (« Est-il l’Elu ? » ; « Il s’essaie à la Voix. »). Cela donne un effet assez étrange, théâtral, qui élargit la perception sonore mais pose une barrière entre les personnages évoluant dans ce décor d’opéra et les spectateurs.

 

> Dans Un éléphant, ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis de Yves Robert, la voix off répond aux mêmes principes que celle de Belmondo dans le film de Verneuil, avec encore plus d’ironie mordante. Il n’est pas question de narration, mais d’une ponctuation comique à des scènes où le héros s’est trouvé lésé, trompé, déstabilisé. La meilleure illustration en est cette séquence fameuse où, croyant être trompé par sa femme, Jean Rochefort s’installe dans un hôtel tout proche sous un faux prétexte pour la surveiller. Mais celle-ci, pas dupe du tout, survient dans la chambre et s’ensuit une scène de ménage dont on perçoit les premières paroles jusqu’au moment où Jean Rochefort, fixant la caméra comme pour nous prendre à témoin, s’adresse à nous en off.

 

 

A compléter…