Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Menu
Anecdotes stéréoscopiques

Anecdotes stéréoscopiques

En passant par…

Journey to the centre of the earth—3D **

 

Une chronique de TWIN

 

Voyage au centre de la terre—3D. Un long métrage américain (92 min) d’Eric Brevig, sorti en salles en 2008, avec Brendan Fraser, Josh Hutcherson et Anita Briem. D’après Jules Vernes. Musique d’Andrew Lockington.

 

Trevor, géologue incompris, part en expédition accompagné de son neveu ainsi que d’une guide casse-cou pour trouver le chemin qui mène au noyau de la terre, un périple dont son frère n’est jamais revenu. Le groupe est loin de deviner les merveilles mais aussi les dangers qu’ils vont découvrir…

 

C’est au détour d’une séance un peu anodine autour d’un film gentiment divertissant que l’on vient à s’interroger sur l’avenir du médium cinématographique dans ces développements technologiques.

Le DVD n’a aujourd’hui plus à prouver sa capacité à allier, dans le meilleur des cas, délinéarisation numérique, respect des chartes visuelles relatives au contexte de production plastique d’une œuvre sur pellicule (ou transfert direct de numérique à numérique dans le cas d’un support filmique non analogique) et construction documentaire éditoriale ; le tout pour, bien souvent, une meilleure appréciation picturale que ne peuvent l’offrir les salles modestes (quand elles existent encore) de certaines petites villes ou milieux ruraux.

La HD avec les écrans plats et le Blu-Ray commence également à pénétrer de façon non négligeable les foyers, semble-t-il plus rapidement que la généralisation chez les multiplexes d’un minimum de salles équipées de projecteurs numériques permettant de diffuser en haute définition.

Loin de moi toute idée (et ce sans aucune ironie) de vouloir renfermer toute une conception argentique faite de grain, de taches, de drops et autres contrastes brûlés, qui sont autant de véritables éléments sémiologiques de l’œuvre filmique en tant que forme, renvoyant à un patrimoine entier de l’Art et à une image animée riche en décennies, mais il faut bien s’avouer cette problématique : à en moyenne nationale 9 € la place et devant la concurrence toujours plus probante du cinéma-chez-soi (hors concept relatif à l’émulation d’un expérience collective), que reste-t-il à nos salles ?

 

L’hypothèse la plus crédible est sans doute celle de la projection stéréoscopique, dont les lunettes 3D avec œil rouge et œil vert sont l’intermédiaire le plus connu. Le procédé semble justement revenir à la mode depuis quelques années, avec des titres comme Spy Kids 3D, Les Aventures de Sharkboy & Lavagirl 3D (tous deux signés Robert Rodriguez, un technicien ambitieux dans les expérimentations techniques, mais sans grande marque cinématographique), Beowulf ou le tout récent Voyage au centre de la terre 3D.

Cette déviance fondée sur l’illusion et la duperie oculaire n’est pas toute récente mais se solde dernièrement par des essais plus concluants que, par exemple, le pauvre Les Dents de la mer 3D il y a 25 ans. Plutôt que de cantonner la projection 3D à des films courts animaliers ou à des fictions un peu fauchées au Futuroscope ou en circuit IMAX, la mode est à la réintégration de cette forme de cinéma au sein des cinémas traditionnels, voire à la reprise d’œuvres établies sous cet emballage (comme L’Etrange Noël de Monsieur Jack 3D ou la saga Star Wars, en train d’être transformée).

Les ambitions sont louables et il convient de développer la projection 3D de façon à apporter une qualité de simili virtualité assez convaincante pour conserver une différenciation concrète face au cinéma à domicile (d’autant plus que les téléviseurs 3D sont eux aussi à l’étude).

A ce niveau, il y a du travail ! Voyage au centre de la terre 3D est en ce sens un exercice purement familial, avec son lot de frayeurs enfantines et d’émerveillement innocent. Une œuvre peu originale ou sans grande subtilité, malgré tout assez touchante dans ses quelques instants d’humanité et, surtout, intrigante dans sa lecture visant à annoncer l’expansion du cinéma 3D. C’est ainsi vite déstabilisant de se fatiguer le regard devant un cadre manquant cruellement de netteté et de luminosité… et diablement si petit : le 1.85:1 en vigueur dans ce film fait pâle figure quand l’enjeu de plonger le spectateur au sein de trois écrans géants, courbés pour former sur une dimension sphérique, combinant chacun la perception de deux caméras, créerait des panoramas inédits (1).

Repenser, ouvrir le cadre, voire repousser l’illusion qu’il n’existe pas, ne peut non plus véritablement s’accomplir sans la recherche d’un langage narratif supplémentaire de l’image projetée en 3D, autre et plus complexe que celui des effets limités à, par exemple, la main d’un personnage semblant toucher l’œil spectatoriel. Il me semble décisif, comme ce peut être le cas pour les films d’animation, de ne pas limiter cette forme déviante du cinéma à des recettes pour enfants reproduisant sans cesse les mêmes schémas. J’espère ne pas me tromper mais le futur Avatar de James Cameron pourra sans doute partiellement combler mes attentes à ce niveau.

 

La projection 3D, dans ses états actuels et dans ses éventuels et futurs développements a au final ceci de touchant qu’elle renvoie à la définition première de l’attraction visuelle : celle d’un ensemble de mécanismes, de constructions optiques et de jeux de lumières, produisant un spectacle stroboscopique un peu funambule, revendiquant la tradition du cirque, du parc ou de la fête foraine.

Il y a une salvation profondément innocente dans ce procédé qui accompagnerait alors le cinéma, à nouveau, vers les racines cycliques qui l’alimentent et le font évoluer selon des périodes définies. Peut-être ce patrimoine de foire suranné saura-il animer au sein de l’image numérique et virtuelle la vocation artistique qu’elle semble parfois se chercher, au-delà de ses capacités de représentation de mondes aujourd’hui assouvies au sein d’une acrobatie de profondeurs.

 

 

(1) C’est le dispositif employé par la fameuse attraction Terminator 2 3D. Il est décrit en entier par Pascal Pinteau dans Effets spéciaux, un siècle d’histoires, chapitre « Les parcs et attractions », éditions Minerva, 2003.