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l'Ecran Miroir

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Hancock

Hancock

Un film de Peter Berg (Etats-Unis - 2008) avec Will Smith & Charlize Theron

 

] Voir présentation et critique sur l’Encyclopédie du Film Fantastique

 

Ce film m’a surpris, indubitablement. En plein cœur d’un été manifestement consacré aux super-héros, celui-ci s’orientait davantage sur les précédents Incassable ou les Indestructibles, voire Mystery Men que sur les productions liées aux personnages de Marvel (l’Incroyable Hulk ou Iron Man pour les plus récents) ou DC (Superman returns ou le prochain Dark Night sur Batman), en ce sens qu’il se construisait sur un personnage non lié à une franchise de comics et donc pouvait se permettre un regard ironique ou respectueux, un plaidoyer ou un manifeste sur le phénomène super-héroïque. Je ne suis pas là pour gloser sur ce genre à part entière chéri des lectorats anglo-saxons et qui, par vagues successives, a fini par conquérir le reste du monde (les pays latins s’étant montrés plus réceptifs que la France ou l’Allemagne par exemple) : fidèle lecteur des productions Marvel depuis fort longtemps (je vois Broots et TWIN esquisser un sourire sur mon âge canonique), je ne suis évidemment pas de ceux qui crachent sur cette littérature forcément abrutissante, avilissante, irresponsable et infantile mais demeure, malgré les années, fasciné par le mythe et ce qu’il engendre au travers de ces personnages hauts en couleurs, héritiers des demi-dieux antiques et des héros des épopées, gestes et sagas médiévales. De riches et intéressants commentaires sur d’autres films ont déjà ouvert les débats et je prépare un petit dossier dessus.

 

Reste alors le film. Hancock, ce Superman-like bougon, constamment beurré et susceptible, ne peut que nous intriguer, puis nous éblouir : grâce au jeu très maîtrisé d’un Will Smith au moins aussi convaincant que dans Je suis une légende (à peine quelques soulèvements discrets de sourcils mais quasiment aucune autre mimique habituelle) et aussi à quelques références liées à la culture comics (ne serait-ce que cet Iron Man saoul qui ne maîtrise plus ses réflexes ni sa force et qui fait plus de mal que de bien – dans la série écrite par David Michelinie et illustrée par John Romita Jr et Bob Layton), on suit avec bonheur les (trop peu) nombreuses vicissitudes de la vie d’un être extraordinaire qui, heureusement, pour l’Humanité, a préféré mettre ses dons à son service plutôt que de jouir des facilités qu’ils lui procurent. De là découle un problème d’image : à l’instar de ce que les X-Men, voire Spiderman avaient apporté à la littérature de super-héros, les gens au mieux se méfient, quand ils ne critiquent pas ouvertement ou même pourchassent ces hommes différents, dangereux et forcément peu fréquentables. Bien entendu, les enfants sont fans, mais leurs parents s’empresseront de leur expliquer pourquoi ils ne doivent pas prendre exemple sur ce bonhomme mal fagoté, incapable du moindre sourire, de la moindre excuse ou d’une simple parole de réconfort. Certes, il sauve des victimes en danger et arrête les méchants, mais sa façon de faire entraîne une pagaille monumentale et engendre des dégâts qui se chiffrent en millions de dollars. Inadmissible, non ?

L’irresponsabilité montrée du doigt : n’oublions pas ce que ce brave oncle Ben disait à Peter Parker,

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.

 

Il est alors temps pour lui de s’amender, histoire de souligner ses bonnes intentions (il a toujours été du côté de la Justice mais reconnaît qu’il n’a pas usé des bons procédés). Son conseiller en communication va plus loin : il s’agit d’inférer un besoin chez le public, de faire en sorte qu’il soit non plus vilipendé, mais réclamé – bref, de lui donner l’illusion qu’il agit avec la caution du peuple et non en tant qu’individu dont les pouvoirs et les motivations sont mal connus. Il ira même jusqu’à se mettre au service des forces de l’ordre en adoptant une tenue qui l’intronisera de facto super-héros officiel : bien plus qu’un uniforme, il s’agit avant tout d’un symbole – mais ces deux aspects du costume (naguère criard et ridicule) ne sont que la résurgence des attributs divins des ancêtres homériques tout en conformant, contre son gré, ce surhomme aux exigences de la société. A mi-chemin entre le questionnement de l’image rencontré simultanément dans les films X-Men de Bryan Singer et la série de comics de Grant Morrison & Frank Quitely (des costumes noirs et fonctionnels plutôt que les tenues voyantes gravées dans l’inconscient collectif) et le retour à ces anciennes valeurs prôné par Joss Whedon & John Cassaday dans la série Astonishing X-Men (en gros : « vous êtes des héros, il faut que cela se voie ! »), le film de Peter Berg lance des piques stimulantes qui promettent d’agréables surprises.

Mieux : malgré l’apparition d’un bad guy bien peu charismatique tenant davantage du prétexte que de la némésis, on se retrouve surpris par un retournement à mi-séance. Surpris, vraiment, parce qu’on ne s’attendait certainement pas à cela malgré les appels du pied de la réalisation qui s’appesantit sur quelques détails et regards. D’autant que le Hancock détesté devient d’un coup un super-héros officiellement intronisé et l’on se surprend à y voir une référence bien sentie à l’InitiativeTony Stark exploite la récente Guerre civile des héros en créant des ligues de surhommes dûment enregistrés comme l’exigeait la loi de recensement – comme en écho au formidable Watchmen dont l’adaptation ne devrait plus tarder.

Mais cette surprise, malheureusement, enterre un peu son sujet et neutralise l’intérêt qu’auraient pu avoir l’exploration des origines de Hancock, de son statut et de ses pouvoirs. Alors que tout nous poussait à aborder un réel problème psychologique (Hancock est manifestement mal dans sa peau et boit pour oublier, ou s’isoler peut-être des douleurs du monde qu’il perçoit mieux que les autres), on se retrouve devant un pari osé qui ne va pas jusqu’au bout, entrouvrant les portes sans véritablement arpenter le chemin qui en part. Le métrage, du coup, balbutie son sujet et propose des scènes accessoires, sans doute riches en effets mais dépossédées d’enjeux véritables, les discussions sont frustrantes et le parti pris de filmer constamment à hauteur d’homme, en très gros plan, devient agaçant. En chemin, on s’attardera alors sur les incongruités du script et les raccords d’un montage parfois hasardeux.

Néanmoins, Hancock propose une alternative intéressante aux productions Marvel récentes qui lorgnent davantage sur une franchise pérenne que sur des œuvres artistiquement accomplies. En soi, elle prépare l’audience à la bombe que pourrait (doit ?) être Watchmen si les critères d’Alan Moore sont respectés. Dans quelle mesure la portée de ce dernier sera édulcorée, sacrifiée sur l’autel de la rentabilité ? Là est la question.

Pour finir, une petite note sur le nom du héros éponyme, complètement indétectable en VF :

 

Dans le film américain Hancock (2008), le héros du film, interprété par Will Smith, porte le nom de Hancock. On apprend au cours du film que, frappé d'amnésie, il a choisi ce nom quand, alors qu'il allait sortir de l'hôpital, l'infirmière lui demanda de signer son bon de sortie, lui disant de "poser son Hancock" ; l'expression est commune aux USA pour désigner une signature, une référence à la signature par John Hancock de la Déclaration d'Indépendance.

In Wikipédia, article « John Hancock »