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l'Ecran Miroir

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Once in a lifetime comes the perfect killer

Crying Freeman

 

Un film de Christophe Gans (1995) avec Mark Dacascos

 

Un double DVD édition spéciale avec nombreux suppléments et livret.

Résumé : Sur les hauteurs de San Francisco, Emu O’Hara est le témoin d’une fusillade où elle aperçoit un mystérieux et beau jeune homme qui exécute son adversaire et verse une larme sur sa mort, avant de s’approcher d’elle et de lui souffler son nom : Yo. Séduite, elle apprend plus tard qu’il s’agit du Freeman, un tueur implacable à la solde des Fils du Dragon, un clan chinois en guerre avec les Hakushin – et qu’il ne laisse jamais le moindre témoin vivant. Vivant en recluse à Vancouver depuis la mort de ses parents, elle espère la venue de ce tueur qui la délivrera de ses tourments. Mais les Hakushin crient vengeance et les policiers, dont l’étrange inspecteur Netah d’Interpol, la surveillent de près.

 

L’âge ne fait rien à l’affaire : ce film m’avait séduit dès sa projection en avant-première, au cours d’une nuit manga organisée dans le complexe voisin (une manifestation qui n’a plus, hélas, cours aujourd’hui). La présentation faite par Christophe Gans himself, pas du tout avare de renseignements et répondant avec passion aux nombreuses questions dont il avait été assailli, ajoute encore à l’aura particulière que dégage cette œuvre.

Mais qu’est-ce donc qui m’avait tant plu ?

La mise en scène d’abord, élégante, racée même, mariant une puissante connaissance des techniques de cadrage et de montage avec une culture cinématographique extrêmement riche, nourrie des films de genre tant européens qu’asiatiques ou américains : les nombreux mouvements de grue permettent de dévoiler un décor savamment mis en valeur (en jouant avec les caprices de la météo, extrêmement capricieuse à Vancouver où fut tournée la plupart des scènes), les angles prononcés accentuent l’impression d’irréalité en faisant ressortir les personnages, tous iconisés (alors que leur gestuelle et leur langage apparaissent plus posés que dans les films orientaux) et les ralentis sont utilisés à foison, frisant l’indigestion mais soulignant un style assumé. Ces derniers subliment les performances physiques de Mark Dacascos, véritable prodige athlétique (il fut champion de gymnastique au sol et de kung-fu), qui s’incarne à la perfection dans le personnage du Freeman, symbole mystique d’une puissance archaïque, presque divinisé – et donc craint comme tel – et reconnaissable non seulement à sa capacité à tuer sans égale mais aussi à la malédiction qui le marque – et l’honore, comme les larmes qu’il verse à chaque décès.

Ce dernier appelle le second point : l’histoire. Basique, en somme, elle permet d’orienter le récit par des notions assez rares dans les films de genre : ce sont moins les réactions et les sentiments habituels qui scandent le scénario que l’honneur qui régit chaque fait et geste de ces protagonistes d’un conflit millénaire ; un code de l’honneur qui dicte ses lois aux Hakushin (allant jusqu’à les pousser à sacrifier les leurs) et désigne ses cibles à l’exécuteur des basses œuvres des Fils du Dragon. Je me souviens d’ailleurs que c’était avant tout ce code qui avait attiré Gans à entrer dans la production aux côtés de Samuel Hadida, rédigeant un scénario habile sur la base du manga de Riôichi Ikegami et de Kazuo Koike. Pour avoir visionné l’anime également issu de l’œuvre originale, je dois dire que notre jeune réalisateur, qui fut directeur de publication de Starfix à 22 ans, s’en est tiré avec les honneurs, en expurgeant la violence fulgurante et les scènes de sexe pour aboutir, en 100 minutes, à une œuvre visuellement aboutie, très agréable, ponctuée de fusillades finalement très courtes (contrairement à John Woo, par exemple, il ne multiplie et ne juxtapose que rarement les plans sous des angles différents) et achevée par des passes d’armes au sabre de toute beauté.

L’interprétation en revanche me laisse dubitatif : je connaissais très bien la VF, où Tchéky Karyo se doublait lui-même, mais la version originale, avec des interprètes japonais et hongkongais s’efforçant (parfois avec une évidente difficulté) de parler anglais, peine à convaincre. Karyo surtout, pas à l’aise avec la langue de Shakespeare (comparez avec la VF où sa voix rauque, plus murmurée, fait mouche). Du coup, il est en deçà du charisme de Byron Mann (Koh, l’inquiétant mentor de Yo), Masaya Kato (le redoutable et démoniaque Riuji Hanada, chef putatif des Hakushin) et Yoko Shimada qui joue une Lady Hanada jusqu’au-boutiste. Julie Condra est une Emu au visage sensuel, pleine de grâce mais évanescente : sa personnalité à peine affirmée est pourtant le moteur de l’intrigue, puisque Yo, la voyant, abandonne sa mission et précipite son destin.

Aujourd’hui, Crying Freeman apparaît comme un film intemporel, plastiquement réussi, manquant juste un peu d’étoffe et consacrant le talent du réalisateur et le charisme de son interprète principal.