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l'Ecran Miroir

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[critique] Gladiator : peplum moderne

[critique] Gladiator : peplum moderne

Gladiator est un peplum du XXIe siècle dans lequel le réalisateur britannique s’est attaché à soigner la mise en scène, le cadrage et le montage tout en conservant la plupart des principes du genre qui ont fait florès dans les années 1950 : décors grandioses, musique à l’avenant, myriades de figurants, costumes et accessoires clinquants, passions et romantisme exacerbés ponctués de nombreux combats, à mains nues ou à l’arme blanche, entre des personnages qui s’aiment et se trahissent et où le courage et l’audace le disputent à la cupidité et à la soif de pouvoir.

Les grands studios de cette époque avaient fait main basse sur un genre dérivé du film d’aventures et qui pourtant était né quasiment avec les frères Lumière : en 1897, Georges Hatot n’avait-il pas réalisé Néron essayant des poisons sur des esclaves, d’une durée d’une minute à peine ? Et dès 1908, les productions axées sur l’Antiquité s’étaient mises à pulluler en Italie par le biais de réalisateurs comme Luigi Maggi et Giovanni Pastrone, ce dernier passant pour l’un des inventeurs du travelling en tant que procédé cinématographique (il est connu, grâce à son chef-d’œuvre Cabiria de 1914, pour avoir fortement inspiré Griffith).

On le voit, le goût de drames antiques, interprétés dans des costumes mettant en évidence la musculature des mâles et la plastique de ces dames, n’a pas engendré que ces sous-produits transalpins qui ont précipité la chute du genre dans les années 1960, avec des films s’autoparodiant à outrance à défaut de réinventer des principes éculés et ce, malgré ces œuvres remarquables et pourtant très différentes que sont le Spartacus de Kubrick et Jason & les Argonautes. Toutefois, à l’instar du western – mais dix ans avant lui, le péplum était voué à disparaître avec l’avènement du nouveau millénaire.

C’était sans compter sur Ridley Scott. Ce compatriote de Stanley Kubrick, s’il ne partage pas son côté ascétique et sa rigueur, semble vouloir édifier une œuvre comparable, quoique plus nombreuse : Kubrick ne s’était-il pas vanté de vouloir créer des films qui soient les modèles absolus des genres abordés ?

Arrivé au cinéma grâce à un sens de l’image développé par sa passion du dessin et par son travail sur la photo publicitaire, Scott a toujours su magnifier ses plans par un choix d’éclairages et de couleurs attrayant et par une réelle synergie entre le décor et les interprètes. Sa filmographie très particulière donne l’impression qu’il traverse des périodes ponctuées par des échecs cuisants (Legend, 1492) et des succès retentissants (Alien, Gladiator, Thelma & Louise, American Gangster) d’où émergent des réussites critiques (les Duellistes, Blade Runner, Kingdom of Heaven). On ne peut pas lui reprocher de ne pas oser se frotter à des genres différents, ni de chercher à se renouveler. On retrouvera toujours cependant chez lui cette recherche d’une esthétique de l’image, au détriment parfois de la narration : si elle touche au sublime dans Blade Runner, dans lequel les ellipses volontaires servent l’habillage descriptif comme autant d’écrins narratifs à un propos désabusé sur la vie et la mort, elle nuit profondément à 1492 où l’abus de filtres et de mouvements de caméras inopportuns détruit l’importance historique qui cède parfois devant une grandiloquence boursouflée.

Dans Gladiator, l’élégance de la mise en scène se marie fort bien avec une reconstitution plus esthétique que rigoureuse, sous-tendue par une agréable bande originale, une palette subtile de tonalités chaudes et une interprétation hors pair : Crowe explose littéralement à l’écran, meurt et ressuscite en pleine gloire éphémère sous les traits de l’Espagnol, puis de Maximus, le gladiateur invincible qui soulève les foules. Face à lui, il faut un grand et très convaincant Joaquin Phoenix - qui gagna ici ses galons de future star. On n’oubliera pas quelques seconds rôles moins transparents que prévu (dont une Connie Nielsen hypnotique) et un scénario qui dépasse la réalité historique, se joue parfois d’elle mais parvient à redorer le blason des films en tunique et jupette pour hommes.

  

 

 

Titre original

Gladiator

Mise en scène 

Ridley Scott

Date de sortie

20 juin 2000  avec UIP

Scénario 

Logan, Nicholson & Franzoni

Distribution 

Russel Crowe, Joaquin Phoenix & Connie Nielsen

Photographie

John Mathieson

Musique

Hans Zimmer & Lisa Gerrard

Support & durée

2.35 : 1 / 155 minutes

  

Synopsis : Le général romain Maximus est le plus fidèle soutien de l'empereur Marc Aurèle, qu'il a conduit de victoire en victoire avec une bravoure et un dévouement exemplaires. Jaloux du prestige de Maximus, et plus encore de l'amour que lui voue l'empereur, le fils de MarcAurèle, Commode, s'arroge brutalement le pouvoir, puis ordonne l'arrestation du général et son exécution. Maximus échappe à ses assassins mais ne peut empêcher le massacre de sa famille. Capturé par un marchand d'esclaves, il devient gladiateur et prépare sa vengeance.

 

[critique] Gladiator : peplum moderne