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l'Ecran Miroir

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Toxic

Toxic Affair

 

Un film de Philomène Esposito (1993) avec Isabelle Adjani, Clémentine Célarié

 

Résumé Cinémovies : Après s'être fait larguer par Georges, Pénélope décide de se désintoxiquer de cet amour gâché et part au hasard des rencontres. C'est ainsi qu'entre deux séances chez son psy, elle fait la connaissance de plusieurs personnes bonnes ou mauvaises, folles ou non, réalisant peu à peu qu'après tout son cas n'est pas si grave que ça.

 

NB. Il s’agit de ma toute première critique écrite, datant d’un stage sur le cinéma. Je viens de la retrouver et vous la livre telle quelle. Merci de votre indulgence.

 

Il n’est pas toujours évident de dresser, à chaud, un listing exhaustif des reproches ou critiques qu’on aimerait donner à un film alors que, quand on est certain d’avoir aimé (quand la magie du cinéma vous accompagne jusque sous la douche réparatrice, comme un halo de flou), on sent facilement les bonnes choses à dire… sans pour autant les expliquer. Les bons moments reviennent à toute vitesse à notre mémoire, se pressent, se bousculent : on aimerait les saisir pour mieux les revivre, les faire partager aux autres.

 

Ces moments-là, pour être remémorés, doivent véhiculer un quelque chose de féerique, ou de plastiquement sublime, d’émouvant, de troublant. Or, le bilan de Toxic Affair m’apparaît assez plat, du moins dans ce domaine. En fait, seul le dernier quart d’heure a éveillé en moi, spectateur attentif, un quelconque intérêt. C’est peu pour faire un bon film. Reste à trouver pourquoi il en est ainsi.

 

Mais attention ! En tant que spectateur, je suis loin d’être innocent dans cette critique négative : je dirais que je suis coupable indirect. Car ce film, le second de Philomène Esposito, est tout de même sorti au Festival de Cannes, estampillé « Hors compétition » : les critiques ont plu [du verbe « pleuvoir »]. J’étais donc dans la salle avec en tête les commentaires de journalistes allant de « décevant » à « médiocre », voire « ridicule ». Pas de quoi allécher, sauf pour les accros de la contradiction.

 

C’est qu’ensuite, l’histoire ne rassure pas. On attendait Adjani parce qu’elle avait été absente depuis longtemps et puis, parce qu’elle est Adjani tout de même : son image véhicule tant de personnages qui, finalement, se ressemblent assez. Elle est qualifiée de grande actrice, d’excellente comédienne. Sans doute… sans doute sait-elle à la perfection s’exprimer à l’écran. Après tout, de Possession à Camille Claudel, ses rôles semblent avoir été écrits pour elle. Ce que d’autres actrices refusent de faire, ou interprètent avec un rien de gaucherie ou un zeste de préciosité, elle le joue avec naturel et ostentation. L’hystérie ne lui fait pas peur : c’est devenu sa marque de fabrique. Elle est l’archétype de l’émotion-plus-que-vraie.

En plus, elle est belle.

 

Si bien qu’on assiste à ce qui semble être un contrat signé depuis longtemps entre deux complices femmes : la réalisatrice-scénariste et son interprète. Ca aurait pu s’appeler I.A. par P.E. tant l’actrice apparaît à l’écran : si on dressait les statistiques comme au tennis, le pourcentage de plans « adjaniesques » serait dément. Trop, c’est trop tout de même.

 

C’est donc un film retraçant la tranche de vie (ou de non-vie ?) d’une femme délaissée par un jeune homme exaspéré – il y a de quoi. Elle est l’exemple parfait de l’hypocondriaque moderne : on dit « spasmophile » aujourd’hui, mais cela signifie toujours quelque part « symptôme du mal de vivre, du mal à être ». Elle s’appelle Pénélope mais ne semble rien attendre : celui qui partageait sa vie la quitte (« Je ne peux plus te rendre heureux ! ») et elle s’effondre. Normal, pour une ado. Oui, mais elle n’en est plus une ! Vaguement mannequin (de quoi ?), elle voudrait écrire, mais n’y arrive pas. Elle lui parle de « créer », mais elle n’est capable de rien sauf d’engendrer l’ennui, l’exaspération, l’impatience chez ses proches : un psy indifférent (Fabrice Luchini), une amie patiente et courageuse (Clémentine Célarié) et son amant  bout de tout (Hyppolyte Girardot). Que des seconds rôles : fugaces et étouffés par Isabelle Adjani. Leur sens du jeu de comédien les sauve du statut de figurant, surtout elle, Clémentine Célarié, qui joue une Sophie déterministe, généreuse, qu’on sent déborder de vie… si l’autre suicidaire ne venait lui rappeler ce que la vie peut avoir de triste, parfois.

 

Résumons-nous : Pénélope se sent délaissée, elle avoue souffrir, se plaint, geint, trépigne, pleure, sanglote pendant les ¾ du film. Nous, spectateurs, nous jouons la carte de la patience : il y a forcément quelque chose, après ! Et on attend.

 

Pénélope passe son mal sur les autres : on les plaint. Qui sera capable de l’arrêter ? On aimerait la secouer, lui dire de faire quelque chose de sa vie. Elle dit qu’elle veut écrire : l’exemple même d’une fausse activité, qui ne cache que l’incompétence. D’ailleurs, on ne la voit jamais taper à la machine. Une seule séquence nous la montre en train de commencer (ou de poursuivre) une ébauche manuscrite ; manque de pot, elle n’exprime qu’un désir sexuel qui n’a rien de profond. Les papiers froissés qui encombrent son bureau n’apparaissent même pas convaincants, ils ne font que traduire une incapacité à produire, à construire.

 

Un personnage en déliquescence, en lambeaux d’elle-même ; l’idée du suicide ne lui semble être, au départ, qu’une opportunité… mais l’aventure est trop risquée. Quoique… « Vivre pour qui ? », nous demande-t-elle. Ou : « pour quoi ? »

 

Sophie, par opposition, a un but dans sa vie : elle nous le montre dans tous les détails d’une prédiction de voyante. A tel endroit, tel jour, telle heure, elle rencontrera l’homme de sa vie. Pénélope, à côté, ne pense qu’à sauter… dans l’eau. Elle se rate, en plus. Dommage, ça aurait fait une belle fin, dans le style « inéluctabilité d’un destin pourri » - un peu ce qui sauvait 37°2 le matin du désastre.

 

La magie, celle paradoxale d’une histoire d’amour programmée, n’apparaît qu’à la fin : enfin, elle se résout à faire quelque chose. Oui, mais c’est pour Sophie qu’elle s’exécute, en voulant qu’elle rencontre celui qui la sauva du marasme. Il l’a rencontrée, s’est montré chevaleresque et prévenant, n’a pas couché dans son lit quand il aurait pu : tout le contraire du portrait inique qu’elle tirait des hommes au début.

 

On en sort perplexe. Que vient faire cette histoire chez le pharmacien ? Quel intérêt sinon celui de la faire errer jusqu’au bar où elle rencontre l’homme de la vie future de Sophie ? Absence probante de scénario cohérent.

 

C’est peut-être, alors, un film d’atmosphère : c’est vrai que le mal de vivre (à Paris) nous est projeté en pleine figure, mais quel spectateur peut-il être dupe du personnage de Pénélope ? On se prend de sympathie, au contraire, pour Sophie qui a pourtant un bien mince personnage. Adjani a tout de l’artifice. Le film semble hésiter entre un huis clos intimiste et un portrait de la bourgeoisie post-moderne. On connaît des réalisateurs qui nous auraient servi une œuvre noire et glauque fondée sur le désespoir et le manque, avec un parti pris esthétique prononcé. On n’a pas, ici, un fond concret : sans Adjani, le film n’existait pas. Avec elle, il a au moins le mérite d’exister – même s’il est impropre à la consommation.

 

Un film de cinéma doit apporter au spectateur une part de rêve, d’émotion, de frisson. Il doit accrocher celui-ci sur un train l’amenant à vivre quelques moments intenses. J’ai failli quitter au bout d’une demi-heure de pleurs et de gémissements à l’écran, sans qu’aucun dialogue de ne soit venu m’accrocher. Je m’admire un peu. Et la fin ne parvient pas à sauver le reste.