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l'Ecran Miroir

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le Retour de la Balafre verte

Planète Hulk

 

Marvel Monster Edition « Hulk » © Panini comics 2007

 

Persuadés d’être dans leur bon droit – et qu’il n’y avait que cette unique solution, les Illuminati, cette assemblée secrète regroupant les super-héros les plus puissants et influents de la Terre, ont décidé qu’il était nécessaire d’exiler Hulk. Ils l’ont donc attiré sur un faux prétexte (un sauvetage en orbite) dans un vaisseau censé l’expédier sur une planète isolée et déserte où il pourrait finir ses jours sans détruire une civilisation entière. Ils n’ont pas compté sur une grosse erreur de jugement et les aléas du voyage spatial : toujours est-il que notre géant vert se retrouve sur Sakaar, un monde déchiré gouverné par un tyran insensible aux jérémiades des peuples qu’il tient sous un joug sanglant. D’abord réduit à l’état d’esclave, Hulk compte bien reconquérir sa liberté en se nourrissant de la colère engendrée par la haine envers ceux qui se prétendaient ses amis. Et quand Hulk est en colère, rien ne saurait lui résister…

 

Marvel Panini France a décidé de publier la mini-série Planet Hulk, qui précède l’imminent World War Hulk, dans leur collection « Monster Edition » que j’ai déjà évoquée pour le très bon Captain Marvel (Monstres & Dieux). Elle s’articule sur 4 arcs principaux : Exile, Anarchy, Allegiance et  Armageddon qui se retrouvent complétés, assez adroitement, par quelques épisodes tirés de la série régulière (Planet Cho) ou d’un Giant Size (Banner War), auxquels viennent s’adjoindre de jolis one-shots ainsi que l’arc Hulk : Destruction dans lequel l’Abomination se voit proposer de joindre les forces gouvernementales…

 

Mais ce qui nous intéresse, c’est la façon dont Hulk va s’en sortir sur ce monde si loin de nous. Car il était évident – et ce, sans lire les magazines spécialisés ou trainer sur le net à la recherche d’infos venues des USA – que ce personnage phare du monde marvellien ne pouvait pas demeurer ainsi en dehors du contexte terrien. Se profilait déjà dans nos esprits le slogan : « Il revient, et il n’est pas content ! » au-dessus d’une affiche trailer annonçant une vendetta apocalyptique.

 

C’était couru.

 

Mais Greg Pak a eu l’intelligence de profiter de l’occasion qui lui était offerte de combler les amateurs de planet opera (ou plus précisément, planetary romances, ce sous-genre de la SF dans lequel des auteurs exploitent à l’envi l’univers qu’ils ont créé de toutes pièces au travers de sagas prenant leur temps et laissant une large place aux descriptions et portraits d’une faune, d’une flore, donc d’une biosphère influant largement sur les intrigues – voir les romans de Dune et ceux de la Romance de Ténébreuse) tout en faisant évoluer notre héros gavé de rayons gamma dans un environnement dans lequel il pourrait laisser libre cours à son ire légendaire. Car notre Hulk, avant de penser à se venger de ceux qui se sont joués de lui (en profitant de la relative confiance qu’il avait encore envers certains d’entre eux, comme le Docteur Strange), devra d’abord penser à sa propre sauvegarde. Il se retrouve, en effet, à l’état d’esclave, gladiateur d’un autre monde, mêlé à des exilés comme lui et forcé de combattre pour le plaisir d’un roi sanguinaire doté d’une technologie redoutable. Or, le peuple sur lequel règne le despote est tiraillé entre une terreur logique face aux forces du monarque et un espoir concentré dans une prophétie (oui, la ficelle est grosse mais toujours aussi efficace, bien que largement utilisée – comme dans les X-Men avec Colossus) ; et Hulk, par ses exploits forçant l’admiration et le respect, deviendra bien malgré lui le fer de lance de la révolte larvée. Les circonstances et le contexte le pousseront à s’associer à de singuliers personnages, tous déracinés mais unis par une volonté commune, « liés en guerre ». Et avant d’affronter à nouveau le Roi Rouge, il devra en passer par son Ombre protectrice, Caiera de l’Ancienne Force, guerrière née et dotée de pouvoirs dépassant l’entendement. Seulement, il ne sera plus simplement Hulk, individu farouchement indépendant et solitaire, mais le porte-étendard des peuples opprimés et désireux, par son entremise, de reconquérir leurs terres.

 

On le voit, le sujet est vaste, ambitieux et prétexte à des confrontations musclées : la terre s’éventre, les bâtiments explosent, les assaillants font usage d’armes redoutables et terrifiantes… et Hulk s’en sort toujours, encore plus puissant, encore plus fou de rage. Hulk comme on l’aime, borné, têtu mais capable de clairvoyance et d’éclairs de lucidité qui lui permettent d’opter pour des décisions étonnantes. A ses côtés, on sera surpris, tout au long de ses pages foisonnantes (et malgré des dessins pas toujours très agréables mais joliment encrés), de se passionner pour le destin des Liés en guerre, personnages hauts en couleurs aux origines aussi éclectiques que mystérieuses, comme le petit Miek, sorte de scarabée parlant presque insignifiant mais acharné à survivre pour sa ruche et sa reine ; Korg, l’étonnant et placide homme de pierre à la force colossale ; le Brood, combattant vicieux et vif, que tous les lecteurs des X-Men ont appris à redouter et qui s’est pris d’affection pour les pareils de Miek ; Hiroim le Honteux, une ancienne Ombre de Guerre, stratège placide et véritable tête pensante du groupe ; et enfin Elloe, fille d’aristocrate cherchant à reprendre sa place dans la société.

 

Et on ne s’ennuie pas une seconde : c’est riche, plein de péripéties, chargé de références historiques et ça déménage. Hulk est redevenu cette créature à la puissance phénoménale, qui se déchaîne sous nos yeux ébaubis : implacable, invincible, parfois irraisonnée. Je retrouve celui qui me fit frissonner sous la plume de Sal Buscema (bien que limité, il savait rendre l’aspect monumental de la force du colosse de jade et illustra à merveille ses combats contre le Leader et des extraterrestres croyant déjà la Terre à leur merci), un être particulier, moins simiesque et primitif qu’à ses débuts, mais plus bestial que lors de sa série illustrée par Dale Keown, l’époque du PanthéonBanner avait fusionné avec son autre personnalité. Certes, il n’y a pas non plus ce caractère gargantuesque des débordements de Medina, mais Lopresti par exemple a su représenter avec un certain courage et beaucoup de dextérité les actes de destruction massive de notre Hulk déchaîné.

 

Et Banner dans tout cela ? Il est là, bien là, tapi sous l’enveloppe épaisse de la brute, mis sous l’éteignoir ; il attend son heure et profite de ce répit : Bruce Banner, s’il est le parent pauvre de cette série, n’en demeure pas moins un rouage essentiel dans le destin du titan. Et dans le second volume de cette Monster Edition, on le verra à nouveau apparaître, fugitivement, mais dans un séquence très lourde de sens.

 

C’est franchement jubilatoire, malgré quelques facilités dans le déroulement (on sent que, parfois, l’histoire de ce monde ruiné par des guerres civiles est trop grande pour le scénariste) et la façon dont Hulk avance, à grands pas ravageurs, vers l’accomplissement de son dessein ne peut que procurer d’intenses sensations de plaisir dans l’attente du choc espéré entre celui qui porte l’espoir de nations entières et le monarque tout-puissant et invaincu d’une civilisation abâtardie. Et, je me répète, Hulk n’est pas seul : tant son leadership non désiré que ses décisions seront abondamment discutés par ses équipiers, complices dans la gloire comme dans la douleur. Le combat de Hulk, affublé de surnoms héroïques (la Balafre Verte, le Fils de Sakaar), transformera chacun d’entre eux, pour le meilleur et pour le pire. Certains y perdront leur innocence, d’autres leur intégrité ou leurs illusions, mais tous y trouveront un sens à leur existence.

 

Et Hulk trouvera plus, bien plus qu’un autre combat à mener (et à gagner !) : le respect d’une nation, la reconnaissance de sa valeur notamment dans les yeux de sa rivale la plus irascible, la fascinante Caiera.

 

Deux volumes bien denses, presque indispensables pour comprendre les rouages du cross-over orageux qui s’annonce dans nos kiosques (voir chez Grey et chez Neault).