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l'Ecran Miroir

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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.


[critique] Un long dimanche de fiançailles

Publié par Vance sur 20 Novembre 2015, 19:27pm

Catégories : #Sur écran : sorties cinéma, #DVD, #Cinéma français, #Cinéma historique, #Adapté au cinéma

[critique] Un long dimanche de fiançailles

Séduisant sur grand écran, Un long dimanche de fiançailles m'a toujours laissé de bons souvenirs : l'histoire, bien que toujours un peu confuse au début en raison de noms de familles qu'on n'a pas encore mémorisés, ne perd aucune force et le rythme très agréable permet de se concentrer sur les personnages, brossés avec savoir-faire par un Jeunet attentif et précis.


A l'époque de sa sortie en salles, certains spectateurs avouaient avoir été gênés de retrouver les mêmes gueules que dans Amélie Poulain... Franchement, ça ne m'a pas dérangé, sauf pour Audrey Tautou : non pas que je trouve à redire dans son interprétation d'une femme plus complexe et dure qu'elle en a l'air, mais bien en raison du fait qu'elle a du mal à se défaire de cette image un peu lisse du précédent film – d’ailleurs, à ce sujet, je précise que je fais partie de ceux qui ont apprécié et continuent d’apprécier cette œuvre naïve et féérique.

Pour en revenir à Un long dimanche de fiançailles,  on s'aperçoit avec le recul que les personnages sont finalement tous des seconds rôles, placés à l'écran avec quelques lignes de texte, des expressions marquantes, des gestes reconnaissables, dans ce qui n'est peut-être qu'une succession de saynètes habilement mises bout à bout. L'extraordinaire casting est à la fois le meilleur atout et l'une des faiblesses du film, qui se disperse sans jamais ou presque s'attarder. C'est sans doute voulu, d'ailleurs, mais ça n'ôte rien de l'intérêt qu'on porte à la progression des enquêtes et ne parvient pas à voiler le sourire qu'on affiche devant quelques paroles hautes en couleurs proférées par de sacrés gaillards. Cela dit, on a plus de mal à s'attacher au sort de chacun, à vibrer devant le destin aussi déroutant que tragique qui est réservé à la plupart des protagonistes, comme si la guerre et ses conséquences empêchaient qu'on y prête vraiment plus d'attention qu'il n'y faudrait. Pourtant, les caractères sont vifs, bien trempés et séduisants, à l’image d’Elodie, jouée par une Jodie Foster étonnante et finalement très sobre, mais surtout de Tina Lombardi portée par Marion Cotillard habitée, emplie d’une énergie exceptionnellement rayonnante. Si les hommes qui étaient au front engendrent l’histoire, le scénario s’articule bien autour des personnages féminins.


A partir d’un scénario complexe et dense, on obtient une espèce de chronique douce-amère, sensible et belle, pas si éloignée que cela des images d'Epinal... L'émotion transparaît, sagement, sans envolée lyrique, à l'image d'une musique sage mais limpide de Badalamenti qui s’affranchit ici du carcan (tout relatif) de l’illustration sonore des films de Lynch et des ambiances étouffées à la limite du sordide de certains longs métrages horrifiques (Cabin Fever, Dominion). On s'ébaubit aussi devant l’image restaurée des Halles de Paris, le talent de Jeunet y éclate comme une vérité longtemps retenue : la France de l’après-Grande Guerre s’ouvre aux Années Folles et au foisonnement de l’Art Déco, mais le réalisateur se fait stryliste et mâtine cette vision d’un brin de nostalgie et d’un remaniement osé, embellissant volontairement l’ensemble pour lui conférer cette touche « hors du temps » aussi typique que séduisante, très caractéristique de son oeuvre - bien qu’elle ait écœuré certains puristes de la reconstitution. Au-delà, on est aussi soufflé par certaines séquences assez brèves sur les tranchées (je n'hésite pas à utiliser un montage de certaines séquences de combat pour illustrer des leçons sur la Première Guerre mondiale ou le 11 novembre) et on est (un peu) ému par l'acharnement de Mathilde à retrouver son amour perdu.

 

 

Œuvre sur la perte et sur l’espoir, œuvre de foi qui offre un beau spectacle, un peu trop léché, un peu trop solennel, peut-être un peu trop dirigé pour susciter l'émotion débordante qui ne demandait qu'à s'exprimer.

 

 

 

Titre original

Un long dimanche de fiançailles

Mise en scène 

Jean-Michel Jeunet

Date de sortie France 

27 octobre 2004 avec Warner Bros.

Scénario 

Guillaume Laurant & Jean-Pierre Jeunet d'après le roman de Sébastien Japrisot

Distribution 

Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Dominique Pinon, Jodie Foster, Clovis Cornillac, Denis Lavant, Marion Cotillard, André Dussolier, Jean-Pierre Darroussin, Jean-Claude Dreyfus, Jean-Paul Rouve, Tchéky Karyo & Albert Dupontel

Musique

Angelo Badalamenti

Photographie

Bruno Delbonel

Support & durée

DVD Warner (2005)  zone 2 collector en 2.35:1 / 134 min

 

Synopsis : 1919. Mathilde, 19 ans, refuse d’admettre la disparition de son fiancé, Manech, envoyé au front deux ans plus tôt. Elle décide de se lancer dans une contre-enquête. Car si Manech était mort, Mathilde le saurait.

[critique] Un long dimanche de fiançailles

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Mr Vladdy 22/11/2015 14:54

Pas revu depuis un moment, je garde pourtant un bon souvenir de ce film :-) De mémoire, je crois même lui avoir donné la même note que toi ;-)

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