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l'Ecran Miroir

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[critique] Constantine : entre Enfer & Paradis

[critique] Constantine : entre Enfer & Paradis

[critique] Constantine : entre Enfer & Paradis

Parmi les adaptations de comic-books au cinéma, Constantine n'est généralement pas cité au rang des meilleures : les amateurs des histoires cruelles et cyniques de ce détective de l'Etrange n'ont pas retrouvé leur compte dans ce film plus visuel que cérébral, manquant de rythme et de souffle et expurgé de bon nombre des déviances qui faisaient le charme de la série dessinée.

Pourtant Constantine est un métrage plaisant lorsqu'on l'aborde sous un angle moins analytique, moins référentiel. En fait, il apparaît même vraiment enthousiasmant car on y retrouve un esprit BD très marqué avec des enchaînements de séquences plutôt ludiques et un travail sur la lumière intéressant (la photo est de Philippe Rousselot). Le cadrage est à l'avenant mais le montage est loin d'être aussi chaotique que je le croyais de prime abord. On est loin du film d'action auquel la bande annonce, échevelée comme la plupart des productions américaines, laissait croire - mais on est tout aussi loin des pérégrinations métaphysiques mâtinées de questionnement éthique des histoires écrites par Garth Ennis.


Bien sûr, il y a des tas de défauts, à commencer par le casting (Rachel Weisz n'a pas encore l'aura et la prestance qu'elle finira par atteindre dans des productions ultérieures, et sa plastique particulière nuit à l’empathie qu’on pourrait avoir pour cette femme torturée) même si Djimon Hounsou est méconnaissable mais brillant et Keanu Reeves finalement assez convaincant, son côté inexpressif convenant pour une fois au caractère du héros ; la grande réussite vient de Tilda Swinton, fascinante en être équivoque, ange démoniaque et pervers. Malgré la longueur du métrage (j'en aurais facilement accepté 30 minutes de plus pourtant !), certains seconds rôles sont sous-exploités, comme celui du père Hennessy qui nous laisse orphelins d’un personnage fascinant quoique très classique dans la catégorie "sidekick". Mais c'est pour mieux coller à l'intrigue qui se défend bien, surtout dans ses deux premiers tiers. Le finale est plus conventionnel et, somme toute, assez attendu. Des dialogues parfois désabusés viennent encore enrichir le film, laissant augurer (et c'est parfois frustrant) de ce qu'il aurait pu être avec une ambition moins commerciale. Constantine n'est pas à proprement parler "édulcoré", mais on y sent un matériau très riche, qu’on aurait souhaité voir exploiter avec davantage de cynisme et de maestria, sans trop de subtilité excessive. Constantine, c'est un peu la version ado de Hellblazer.

 
Si les effets spéciaux sont superbes (personnellement, j'adore les ailes de Gabby et Chas, mises en scène avec brio), ils ne phagocytent pas l'ensemble. Pour un énième film sur le thème de l'Antéchrist, malgré ces agaçantes sensations de déjà vu, on est emballé grâce à certains choix artistiques, comme celui de se concentrer sur les personnages et de ne pas jouer la carte du "plein les yeux" : on est bien loin du pseudo-gothique et ultra-référentiel mais un peu vide Van Helsing.


J’en reprendrai bien une louche. Cela dit, et c’est la même rengaine depuis des lustres, le matériau était suffisamment riche pour nous offrir une œuvre plus fouillée, plus adulte, plus dense aussi : les caractères de ces personnages particulièrement éprouvés par un passé inavouable ou un fardeau de responsabilités trop lourd ne sont finalement qu’effleurés, parfois avec justesse. Finalement, cette frustration qui nous habite au moment du générique de fin est le signe manifeste que le propos et l’ambition étaient justifiés, il suffisait juste d’aller un peu plus loin, que ce soit dans l’horreur métaphysique, dans la représentation de l’enfer, dans les choix draconiens que doivent prendre ces êtres damnés. On pense parfois à la Cité interdite/Wicked City (Yoshiaki Kawajiri) ou d’autres avatars parus en anime, bien plus explicites et percutants sur le plan des confrontations démons/humains, du gore ou du sexe. Puis on se dit que, finalement, ça n’était pas si mal que ça, surtout quand on met en relation avec des ratages comme Stigmata ou des films trop légers et essentiellement orientés « action » comme la Fin des Temps.

  

 

Titre original

Constantine

Mise en scène 

Francis Lawrence

Date de sortie France 

16 février 2005 avec Warner Bros.

Scénario 

Mark Bromback, Franck A. Cappello & Kevin Brodbin d'après l'oeuvre de Garth Ennis & Jamie Delano

Distribution 

Rachel Weisz, Keanu Reeves, Shia LaBeouf, Djimon Hounsou, Peter Stormare & Tilda Swinton

Musique

Brian Tyler

Photographie

Philippe Rousselot

Support & durée

Blu-ray Warner (2008) region All en 2.35:1 / 121 min

 

Synopsis : Une jeune femme fait appel à John Constantine, spécialiste de l’occulte, pour élucider la mort de sa sœur jumelle à laquelle sont liés anges, démons et autres forces du Mal.

Hell wants him. Heaven won't take him. Earth needs him.