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l'Ecran Miroir

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[critique] Ratatouille : la Bonne Recette de Pixar

[critique] Ratatouille : la Bonne Recette de Pixar

[critique] Ratatouille : la Bonne Recette de Pixar

Le niveau de qualité des produits Pixar est surprenant. Pétris de talent, ses créateurs sont remarquablement organisés mais surtout capables de maintenir un niveau d’excellence ahurissant tant sur le plan du développement des produits créés que sur celui de la valeur ajoutée (émotionnelle ou artistique). Pixar est à la fois, du point de vue du spectateur un tant soit peu scrupuleux, un filon apparemment inépuisable et une machine à produire du rêve. Et parvenir à concilier gageure technologique (la 3D est toujours attendue au tournant du rendu des textures et de la fluidité des animations, quand ce n’est pas le réalisme des situations) et prouesse scénaristique en ne cherchant jamais à sacrifier l’émotion sur l’autel de la performance graphique est une preuve supplémentaire de la compétence quasi surnaturelle de cette équipe.

Il est vain de chercher la médiocrité chez Pixar, le brouillon hâtivement mis en boîte pour satisfaire à des exigences de production, même si depuis Rebelle on a parfois l'impression qu'une moins grande liberté de ton et des exigences de production supérieureslimitent le potentiel de l'équipe créative. Chacun des longs métrages issus de cette société hors du commun est un petit chef-d’œuvre en soi, où on sent bien l’investissement total des participants et cet acharnement à préserver certaines valeurs qui avaient fait la réputation des meilleurs Walt Disney, un humour bon enfant et une virtuosité accomplie en sus. Certes, on peut se permettre de ranger dans un ordre totalement subjectif les différents longs-métrages Pixar (car les courts, multi-récompensés, suivent la même dynamique), préférer l’émotivité à fleur de peau d’un Monsters Inc. au côté « montagnes russes » de Nemo, la densité des trouvailles narratives des Incredibles à la bonhomie assumée de 1001 pattes ou la multiplication des situations de Toy Story aux paysages hallucinants parcourus par Cars. Le fait est qu’on a vraiment du mal à déceler la faille. On se borne surtout à « préférer », établir un jugement de valeur fondé sur le ressenti.

A ce jeu-là, justement, Cars, malgré un pitch improbable digne des petits cartoons d’avant-guerre, n’avait pas vraiment convaincu : le film avait laissé quelques spectateurs dubitatifs, notamment ceux qui avaient eu du mal à se passionner pour des voitures, fussent-elles douées de vie. Les recettes étaient pourtant les mêmes, avec cette recherche constante du dépassement de soi qui permet de s’extirper d’une condition illusoire, cette exploitation de la moindre qualité qui donne le moyen d’accéder à la liberté, la reconnaissance ou simplement de trouver le bonheur parmi les siens. Rien de niais ou de passéiste : juste la volonté d’accomplir ses rêves sans renier ce qu’on est. Américain, peut-être, mais traité de façon universelle. Et en produisant des œuvres marquées du sceau d'une irréprochable qualité de fabrication. Insidieusement, ce fut le début d'une période où les cfritiques se montrèrent plus suspicieuses et demandaient davantage pour être séduites.

A sa sortie, Ratatouille rencontra ainsi la même froideur, le même scepticisme. Il finit pourtant par convaincre son public et les professionnels.

 

Foncièrement, Ratatouille est encore une fois une réussite, un véritable coup de maître. Côté technique, on n'avait pas vu mieux : l'immersion dans ce Paris un peu idéalisé (mais tellement attachant : une succession de cartes postales vieillottes mais charmantes se marient à une vision onirique d’une capitale aussi insouciante que libertine, un peu à la manière d’un Jean-Pierre Jeunet qui nous campe ses dernières productions dans une France où le temps ne s’écoule plus et où les monuments du passé surplombent les drames du présent) est totale ; cette version intemporelle de la cité est traitée avec une grande finesse (des petites voitures, des DS, mais aussi les ponts de Paris, les monuments historiques, les lumières et le romantisme) et une réelle pertinence visant à faire écho dans la mémoire collective aux images d'Epinal véhiculées par la culture populaire.

Les personnages, dont le fabuleux rat Rémy aux expressions touchantes, sont immédiatement sympathiques et la mise en scène élégante promène une caméra virtuelle virevoltante avec maestria et candeur. Mais le tout est tellement bien pensé qu'on n'est, finalement, jamais vraiment surpris ; on a cette sensation de se retrouver devant une synthèse de ces Disney de la grande époque : tout se déroule suivant un schéma préétabli et coule confortablement, naturellement, faisant en sorte que toutes les résolutions attendues trouvent leur accomplissement avec logique. On sait à chaque fois où l’on va, on se sent bien enfoncé dans un fauteuil en cuir anglais et on attend simplement les points d’orgue. J'y ai ainsi trouvé moins de retournements, moins de péripéties que dans les autres Pixar, on n'a pas cette frénésie géniale du dernier tiers des Toy Story ou Monsters Inc. ni non plus leur intensité dramatique ou émotionnelle : une gentille histoire réalisée au millipoil, très loin au-dessus des standards des autres sociétés de production (le Dreamworks de l'époque n'avait pas encore trouvé la recette capable de générer des films comme Dragons), mais moins captivante que les films que j'ai cités. Sur un forum, un spectateur a dit qu'il y avait pleuré, chose qui m'était arrivée sur Monstres & cie mais pas ici. Tout dépend peut-être de la sensibilité du moment. Il est certain que les visionnages suivants, sur un blu-ray inouï de précision, m'ont procuré paradoxalement plus d'émotions.

D'ailleurs, une séquence vers la fin laisse un souvenir inaltérable, lorsque Ego goûte au plat qui a été préparé spécialement pour le satisfaire : juste un effet de zoom avant et arrière, deux plans juxtaposés et c'est sublime, d'une intensité rare. Pour moi, tout le film tient dedans, c'est un véritable condensé du savoir-faire de ces artistes. C'est l'instant qui m'a illuminé le film, que je trouvais jusque là sympathique sans plus.

 

Une autre déception : pas de bêtisier final ! C’est qu’on y avait pris goût, notamment aux clins d’œil malins aux autres films maison. A noter que la V.O. propose tout de même un doublage exceptionnel avec la voix de Peter O'Toole !

 

L'absence de surprise peut décevoir, mais traduit aussi un savoir-faire poussé à l'extrême : Brad Bird sait faire son boulot, et il est sans doute un des meilleurs pour cela, prouvant ses aptitudes même avec des films en live. D'autant que la BO est encore une fois une réussite et que certaines séquences sont extraordinaires, parfois haletantes, parfois hilarantes.

Bref, le cinéma d'animation par excellence, même si ça n'est ni le plus palpitant ni le plus surprenant des Pixar.

  

 ratatouille-1.jpg

Titre original

Ratatouille

Réalisation 

Brad Bird

Date de sortie

1er août 2007 avec Buena Vista

Scénario 

Brad Bird & Jan Pinkava

Distribution

Les voix en VO de Brian Dennehy, Ian Holm et Peter O'Toole ; en VF de Thierry Ragueneau, Jean-Pierre Marielle & PEF

Photographie

Sharon Calahan & Robert Anderson

Musique

Michael Giacchino

Support & durée

Blu-ray Disney Pixar (2014) region B en 2.35:1 / 110 min

 

Synopsis : Fin gourmet, Rémy ne rêve que d'une chose, sortir de sa condition de rat d'égout pour enfiler la toque et suivre sa vocation de chef cuisinier. Brutalement séparé de sa famille, Rémy se retrouve un beau jour en plein cœur de Paris. C'est l'occasion inespérée d'exercer ses talents dans le restaurant de son maître à penser, Auguste Gusteau.