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l'Ecran Miroir

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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.


[critique] Batman begins : retour aux sources

Publié par Vance sur 20 Août 2015, 14:33pm

Catégories : #Sur écran : sorties cinéma, #blu-ray, #Cinéma 2005, #Sagas & franchises, #Super-héros, #Adapté au cinéma

[critique] Batman begins : retour aux sources

Dès le début, ce film a commis ce qui aurait pu être l'irréparable : trop de référents, des rappels, des redites et surtout un verbiage à vocation pédagogique mais inutile, avec ces discours pompeux, idéalistes et fortement descriptifs, comme si l'auditoire avait besoin d'être sur une piste bien balisée avec quelqu'un qui lui dirait de temps en temps où il en est – ceux qui me lisent régulièrement savent combien je peux être réfractaire à ces figures imposées qui en disent long sur la vision qu’ont des spectateurs certains producteurs démagogues. Ce qui me fait irrémédiablement penser à la phrase de Salieri qui expliquait à Mozart, dans l’excellent film de Milos Forman :

You know you didn't even give them a good bang at the end of songs, to let them know when to clap ?

 

Dans une discussion avec TWIN, qui dans sa perversité naturelle nous laissait nous exprimer en parvenant à dissimuler son enthousiasme (il nous avait accompagné à la projection et avait feint l'indifférence), j'ai même évoqué un parallèle avec X-Men, le 1er movie, dans lequel quelques commentaires malheureux de Xavier venaient aussi plomber le rythme et mettre à mal mon enthousiasme pour une franchise qui s'annonçait pourtant sous les meileurs auspices.


Rassurez-vous, c'est loin d'être insupportable - et surtout, à la longue, et dans la perspective de la trilogie du Chevalier noir au cinéma. Car Nolan (le déjà élégant réalisateur du Prestige) filme avec une grande maîtrise et ses double flashbacks sont admirablement bien amenés, sans outrance, sans effet de manche. Passées les premières trente minutes où il faut bien s'habituer à quelques dialogues un peu creux (mais sans doute nécessaires au spectateur moyen) et à un doublage misérable collant très mal au mouvement des lèvres - et, pour une fois chez les Français, avec un choix de voix douteux - on commence à se plonger, s'immerger dans un univers d'une cohérence absolue, moins visuel que les opus précédents, mais à l'ambiance lourde et malsaine née de l'opposition caractérisée entre les deux facettes de la ville de Gotham (présentée à un moment comme la plus grande ville du monde – ce qui revient à dire que le champ d’action spécifique de Batman est supérieur à celui de Superman qui opère à Metropolis) et de personnages plus ambigus qu'ils en avaient l'air a priori.


Je ne reviendrai pas sur l'interprétation, mais je soulignerai avoir apprécié les états d'âme de Christian Bale aux traits plus malléables que prévus (et à la carrure autrement plus imposante que dans le Machiniste où on ne pouvait s’empêcher de craindre pour son état de santé) ainsi que l'élégance naturelle de Morgan Freeman, décidément toujours impeccable - et même trop classe pour être honnête, il illumine chacune de ses apparitions avec cette prestance incomparable. La demoiselle Holmes campe un personnage intéressant mais trop fade : quand elle aura fini de minauder (un défaut valable pour beaucoup de ses camarades de classe), elle saura nous montrer un jeu plus fin encore, proportionnel à la richesse intrinsèque de Rachel). Michael Caine illustre avec un rare bonheur un valet/maître d'hôtel/nounou/confident très humain, doté d'une force de caractère peu commune et fidèle à des principes profondément ancrés, dissimulant des douleurs au moins aussi profondes que celles de Bruce Wayne. Sans doute le caractère le plus subtil du casting, sorte de clef de voûte spirituelle d'un script moins superficiel que prévu, jamais exempt de bons mots ou de clins d'œil.

 
A partir de là, pour peu qu'on se laisse emporter (et croyez-moi, même avec toutes les réticences que j'ai formulées, il est difficile d'y résister), le spectacle est grand, admirablement servi par un montage malin et fluide, pas trop tape-à-l’œil mais au détriment des scènes de combat rapproché, cadrées souvent serré et inintelligibles (c'est d'autant plus frustrant que la bande-son est très riche). Certains effets faciles (le très attendu plan du Batman sur un piton d'immeuble avec la caméra qui tourne autour est tout de même splendide) n'entachent pas le plaisir qu'on prend à ce film d'aventures centré sur quelques personnages-clefs. Le sentiment de déjà-vu demeure présent, mais permet alors de goûter avec délices aux joies de l'anticipation et d'admirer la mise en place des éléments prévisibles. Ca marche. Rétrospectivement, ça fonctionne même plutôt bien en tant que mise en place progressive d'un drame oppressant dont la conclusion dépasse le cadre de la vengeance, la rédemption ou le désir de Justice. Enchaîner Batman begins avec the Dark Knight devient même nécessaire, pour garder intacts certaines impressions naissantes.


Batman est en outre ici, et c'est plus personnel, nettement plus conforme à la vision que j'avais de ce héros, le meilleur dans sa partie (à part Wolverine, bien entendu). Il est élégant, dégage un vrai sentiment de puissance et de respect et j'ai vraiment apprécié le choix des gadgets et des parties de son costume. En outre, il sait se battre comme jamais auparavant au cinéma (je revois le Batman boxeur de Keaton, avec son côté "rentre-dedans" apprécié par certains, mais qui détonnait pour un individu censé être passé maître dans la plupart des arts martiaux. Et la Batmobile est jubilatoire, tant pour les acteurs qui se retrouvent à son volant/ses manettes que pour les spectateurs qui n'auront pas volé les euros qu'ils auront déboursé pour la séance ou le blu-ray.

Plaisant, c'est le mot, avec des recettes éprouvées, jamais révolutionnaires mais toujours à bon escient. Bon, le finale n'est pas grandiose, le grand méchant de service manque un peu de charisme et de cette aura de malignité qu'on pouvait déceler chez son subalterne (TWIN avait – encore ! - raison de souligner l'importance du personnage de l'Epouvantail dont l'avatar humain dispose d'un magnétisme particulier – interprété par un Cillian Murphy énigmatique et ambivalent à souhait, tout le contraire du maffieux beaucoup trop caricatural).

 

Un scénario loin d'être simpliste, mais demeurant facile d'accès. Une bande-son qui ravira les amateurs de basses, surtout vers la fin du film. La musique, en revanche, ne m'a pas emballé, mais elle aura joué son rôle : permettre au spectateur de plonger tête la première dans les bas-fonds de cette ville où règnent vice et corruption, à la suite d'un être sombre, d'un rédempteur masqué, avide de Justice et/ou de vengeance.

Le 30 septembre 2015, une édition limitée de la trilogie avec figurines sera en vente.

 

 batman-begins-affiche.jpg

Titre original

Batman begins

Réalisation 

Christopher Nolan

Date de sortie

15 juin 2005 avec Warner Bros.

Scénario 

David S. Goyer & Christopher Nolan d'après le personnage créé par Bob Kane et le comic-book de Frank Miller

Distribution

Christian Bale, Katie Holmes, Morgan Freeman, Cillian Murphy, Gary Oldman, Ken Watanabe & Michael Caine

Photographie

Wally Pfister

Musique

Hans Zimmer & James Newton Howard

Support & durée

Blu-ray Warner (2006) region all en 2.35:1 / 139 min

 

Synopsis : Comment un homme seul peut-il changer le monde ? Telle est la question qui hante Bruce Wayne depuis cette nuit tragique où ses parents furent abattus sous ses yeux, dans une ruelle de Gotham City. Torturé par un profond sentiment de colère et de culpabilité, le jeune héritier de cette richissime famille fuit Gotham pour un long et discret voyage à travers le monde. Le but de ses pérégrinations : sublimer sa soif de vengeance en trouvant de nouveaux moyens de lutter contre l'injustice.

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Ramiel 13/08/2007 11:39

Oui, la piste proposée par Burton, à ce titre, aurait pu être prolongée. En fait, je ne savais pas que la bande dessinée avait déjà créé cette origine orientale : je croyais que cela venait des concepteurs mêmes du film. Mais au moins, cela aurait pu être transposé dans le monde amérindien : cela m'aurait paru moins artificiel. D'ailleurs, quel rapport, au bout du compte, entre l'Asie des ninjas et les machines prodigieuses de Batman ? Dans une bande dessinée à épisodes, l'incohérence apparaît moins, car chaque épisode peut avoir, justement, sa cohérence, et on a plus ou moins oublié le précédent : dans un, il peut y avoir des ninjas, dans l'autre, des machines. Mais un film doit avoir une unité, car les séquences sont enchaînées sans rupture. Il ne faut donc pas suivre de trop près des épisodes qui ont pu en réalité être librement conçus par des scénaristes totalement différents, ou selon leurs préoccupations du moment. Des secrets dans l'environnement immédiat de Gotham City, dans son territoire, avec des rites d'initiation amérindiens, d'un côté, et des machines qu'on utilise quand même au jour le jour, parce que la caverne sombre n'est qu'à faible distance de la ville, cela eût pu mieux fonctionner, je crois. Batman est lié à Gotham City, qui a été inventée pour qu'il puisse s'y mouvoir, et qui, donc, est, au fond, à son image. Il est difficile de croire que son origine soit ailleurs. Et le film ne pouvait pas redessiner de façon fictive, à partir de Gotham City, toute la carte du monde : ou alors, il ne l'a pas fait. Je trouve que cette version est trop réaliste ; elle vide le thème de sa dimension mythique. Or, quelle origine est intéressante, sans dimension mythique ? Cela ralentit l'action, sans rien apporter.

Vance 13/08/2007 10:25

Oui je comprends ton point de vue : il est clairement établi sur le film en lui-même et cherche à ne pas tenir compte des sources du mythe Batman, ce que nous faisons tous inconsciemment. Pour un lecteur de la série, la formation "orientale" de Bruce Wayne ne pose aucun problème car les personnages et les situations font écho à des scènes qu'il connaît. En revanche, sur un film, il est vrai que cette initiation a de quoi perturber. J'aurais été assez client d'un Batman plus sombre plongeant ses origines dans la tourbe ésotérique sur laquelle reposent les cités de la Nouvelle-Angleterre (après tout, l'asile où se retrouve enfermé le Joker se trouve bien à Arkham). Certains auteurs ont certainement tenté d'explorer cette voie.

Ramiel 13/08/2007 09:58

Oui, c'est assez juste, cela : Burton s'intéressait aux méchants, et laissait Batman dans le msytère, dans l'ombre. C'est ce qui faisait sa force, mais aussi, peut-être, laissait insatisfait. Le mystère de la genèse d'un héros veut pouvoir être dévoilé. C'était l'ambition de Nolan. Mais je ne suis pas persuadé qu'il y soit parvenu, parce que l'origine d'un héros ne se paie peut-être pas d'histoires initiatiques simili-tibétaines, je dirai (en gros). D'abord, c'est à Gotham même, au coeur de l'Amérique, dans la Nouvelle-Angleterre, qu'il faut forcément placer l'origine du mystère : l'Orient est un motif un peu trop facile. Ensuite, précisément, comme le mystère est dans un monde familier au départ, il faut qu'il prenne sa source dans la face cachée de Gotham City et plus généralement de la Nouvelle-Angleterre, dans les fantômes, peut-être, qui s'y trouvent. A la rigueur, si Bruce Wayne avait été initié par des Indiens, comme Blueberry dans le film de Kounen, j'aurais mieux compris. Mais il pouvait y avoir une exploitation de la mythologie de Lovecraft, par exemple. Burton allait plutôt dans ce sens, mais sans l'expliciter. Bruce Wayne aurait rencontré Nyarlathotep au fond d'une caverne, au cours d'un rêve visionnaire, et le dieu volant l'aurait initié à l'âme même des chauves-souris, à ses secrets, et à la faculté de voir par le son. Le ninja n'a avec Batman qu'une ressemblance tout extérieure : aucun lien avec la chauve-souris réelle n'est établi. Cela explique sans expliquer. Donc, l'objectif n'a pas vraiment été atteint, à mon avis : il ne l'a été que formellement, en apparence.Mais dans le film, j'ai aimé la musique, qui traduit une tension, et cetains passages qui délimitaient nettement les couleurs, entre le noir et le jaune (doré) : la photographie était soignée et possédait un sens esthétique assez clair. Ce que j'ai trouvé raté, c'est surtout l'histoire même, la progression, la partie écrite du film.

Vance 13/08/2007 08:55

Malgré ses défauts, c'est un film qui me procure un grand plaisir ne serait-ce que parce qu'enfin j'y trouve un Bruce Wayne qui correspond à mes attentes (c'était personnellement ma pierre d'achoppement dans les deux films de Burton qui sont par ailleurs de très beaux contes gothiques). Et c'est probablement le principal problème avec une licence comme Batman, fondée sur un personnage qui a plus de 50 ans et s'est vu interprété et réinterprété de différentes façons. Nolan a presque réussi à transcender le problème de l'Adaptation en parvenant à faire croire qu'il s'agissait de, sinon la meilleure, du moins la définitive. Or, avec le recul, on s'aperçoit que le film s'appuie sur certains récits cultes (genre Year one) mais que les Burton, pour ne citer qu'eux, n'en sont pas pour autant des traîtres à la cause. Tout au plus pourra-t-on, avec raison, affirmer que ces deux derniers s'intéressent moins au justicier de Gotham qu'à ses ennemis, alors que le film de Nolan recentre l'attention sur Wayne.On est encore loin d'une adaptation de Dark Knight, mais est-elle finalement aussi pertinente que cela ?

Ramiel 13/08/2007 06:44

En gâcheNT (erratum).

Ramiel 13/08/2007 06:41

Ce Batman Begins, il se laisse regarder, mais globalement, j'ai trouvée absurde la prétention du réalisateur et de son équipe au réalisme. Pour moi, Batman est un personnage de conte de fée modernisé. On peut le prendre au sérieux quand même, bien sûr, mais pas trop. Tim Burton a donc fait ce qu'il fallait. Comment croire qu'on va revêtir un costume de chauve-souris, dans la réalité normale ? Il ne sert donc à rien d'essayer de mettre Batman dans la réalité normale.Sans doute, après les films de Burton, on pouvait être frustré par ceci, que quand on lisait les bandes dessinées de Batman et qu'on avait une dizaine d'années, ou moins, on prenait très au sérieux ses aventures : on les croyait possibles, et donc, on pensait que tout pouvait être justifié, expliqué : Nolan a pris le parti de ressusciter ce sentiment. Peut-être que Burton est trop burlesque : sûrement. Mais comme le dit Vance, le film de Nolan est généralement pompeux. Les effets de peur sont ratés : Batman n'inspire aucune terreur sacrée au spectateur, qui ne partage pas les sentiments des bandits à cet égard : il les comprend sans s'identifier. Il y a de bonnes idées, mais la composition générale et la chorégraphie des combats en gâche de nombreuses, parmi elles. Cela donne l'impression d'un film qui avait certains moyens, parce qu'il avait de hautes ambitions, mais qui est quand même plutôt raté. En tout cas, c'est mon avis.

TWIN 12/08/2007 17:17

Comme quoi il est toujours bon d'écouter le TWIN ! :-)C'est drôle comme j'ai pu cacher un enthousiasme inédit après notre séance ciné (j'avais tellement peur d'être déçu), alors qu'aujourd'hui mon avis sur le film est plus amer.Le point vue d'adaptation de Nolan reste très intéressant, et l'oeuvre est dans l'ensemble vraiment réussie. Pourtant, de très nombreux défauts et points de débats, aussi ambitieux que sources de problématiques, parsèment le film, qui se pose comme une des plus intelligentes narrations cinématographiques des versions contemporaines des films tirés de comics sur grand écran.Je continue à supporter les deux films de Tim Burton, l'un très bon, l'autre un chef-d'oeuvre, que je trouve meilleurs à l'opus de Nolan. Et je continuerai à me battre lorsque j'entends ou je lis ici et là que le Nolan est une adaptation plus fidèle, ce qui est totalement faux.

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