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l'Ecran Miroir

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[critique] Fighter in the wind

[critique] Fighter in the wind

[critique] Fighter in the wind
Fighter in the wind s'est avéré un film étonnant qui démarre sur un faux rythme lancinant, un peu chiche en combats pour mieux s’intéresser à la situation dans laquelle les personnages vont se débattre : la fin de la Guerre du Pacifique, l’hostilité entre les Nippons et les Coréens, l’arrogance des Américains. On déplore alors, dans la première demi-heure, sinon une action plus soutenue, du moins une détermination claire des champs temporels (on navigue vaguement dans un passé proche) et une caractérisation plus marquée des personnages. Sinon, le style est affirmé : des couleurs fades mais un bon contraste accentuant les noirs et les zones d’ombre, l’omniprésence du gris, notamment dans les rues de la ville, beaucoup de scènes nocturnes ou sous la pluie. Et dans ce marasme ambiant où se débattent de pauvres hères face à une adversité exagérément abjecte, un personnage se détache, un être sans charisme, loin d’être beau ou imposant, mais qui, par trois fois, va s’interposer entre une personne en difficulté et son tortionnaire (que ce soit un compagnon d’infortune molesté par des militaires, puis par des racketteurs en bande organisée, ou une jeune geisha violentée par un GI imbibé – et forcément intouchable puisque même la police locale laisse faire) : Bae-Dal, qui fera usage de sa maigre connaissance du tae-kwon-do (l’art martial coréen) et tombera sur plus fort et plus roublard que lui, comme cet officier japonais condescendant, maître du Septième Dan, ou ce chef maffeux qui prendra plaisir à l’humilier de la plus vile des manières.


Bae-Dal, donc, est notre gentil héros crasseux, dont la couardise grandissante (il ne veut pas mourir et encore moins se faire mutiler inutilement dans un combat perdu d’avance) n’a d’égale que son opiniâtreté. Lorsqu’il en viendra à comprendre qu’il est le seul (avec son ancien sensei) qui puisse se dresser contre ceux qui abusent de son peuple, il optera pour le combat. Mais pas avant d’être prêt. Il s’entraînera alors, à la dure, afin de renforcer son pauvre corps qui a déjà connu le pire qu’on puisse endurer. Dans un premier temps, il se fera justicier des rues, venant au secours des femmes en détresse et renforçant son image auprès de celle qu’il a sauvée une fois. Ensuite, il répondra aux défis, affrontant les envoyés des écoles d’arts martiaux comme les bandits de tout poil. Au point que son aura va grandissant. Et avec la gloire, viennent les rancœurs. Un peuple compte sur lui, mais sa compagne lui demande de cesser les combats qui le tuent à petit feu. Car Bae-Dal n’est pas de ceux qui virevoltent et tournoient sans être touchés : il fait face, encaisse, puis frappe. Souvent, un coup, un seul suffit à mettre son adversaire KO. Une sorte de Rocky aux yeux bridés et à la chevelure impossible. Bien entendu, un jour ou l’autre, il faudra bien qu’il retrouve sur son chemin cet officier quasi-légendaire que personne n’a jamais touché.

Sans vouloir déflorer le finale, on remarquera l’accent mis sur les combats : on est bien loin des chorégraphies aériennes et fluides qui s’éternisent sur des prouesses de légèreté et d’équilibre. Ici, notre héros pratique un karaté des rues (comme se plaisent à dire les représentants des grandes écoles), rentre allègrement dans le lard, se mange des pains, se fait même transpercer : mais lorsqu’il frappe, le duel est vite abrégé. Ses coups peuvent briser un tronc ou une pierre, faire plier l’acier. Son corps est couvert des cicatrices les plus incongrues. Bien souvent, il frôlera la mort, face à des adversaires armés ou plus expérimentés. Et, bien loin de nos héros romantiques, il la craint au point d’en perdre ses moyens. Tout au long du film, ce personnage singulier, peu bavard et expressif, fascinera par cet acharnement à conserver une certaine droiture malgré le milieu impitoyable dans lequel il se débat. Il ira jusqu’à quitter les siens et sa bien-aimée pour laver son honneur (alors que la Justice l’avait relaxé !).

 


Amateurs de Bruce Lee, ne cherchez pas les duels acharnés dont vous avez l’habitude. Ici, même si la réalisation des affrontements est soignée (beaucoup d’effets de ralentissements et d’accélération, et des cadrages intéressants), elle ne les fait pas durer très longtemps. Il s’agit avant tout d’une histoire personnelle, celle d’une rédemption, de l’accession à la gloire d’un être que les Japonais d’aujourd’hui reconnaissent comme étant l’un des 10 plus grands maîtres d’arts martiaux de tous les temps. Lui qui pourtant vient d’ailleurs. Issu de la fange, doutant en permanence, il aura connu les pires turpitudes avant de commencer à arpenter le chemin menant à la reconnaissance.

S’il emprunte un fond assez semblable à Il était une fois en Chine, le film vaut le

coup d’œil pour la hargne de son personnage principal et les sentiments touchants qui le lient à ses proches (sa protégée, le fils de l’homme qu’il a tué). On passera sur les dialogues souvent niais – mais la VF n’arrange pas les choses, au contraire – et sur une BO trop mielleuse, mais on remarquera la photo particulièrement précise.

Une expérience enrichissante. Merci à Jennifer pour le prêt.

Titre original

Baramui Paiteo

Date de sortie en salles

6 août 2004 (en Corée) avec Korean Pictures

Date de sortie en vidéo

9 novembre 2005 avec EuropaCorp

Photographie

Ok-Hyun Shin

Musique

Man-sik Choi

Support & durée

DVD EuropaCorp (2005) zone 2 en 1.85 :1 / 116 min