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l'Ecran Miroir

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[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

A l’heure où les séries historiques britanniques explosent les audiences, entraînant avec elles une ribambelle d’adaptations de la vie de monarques toutes plus réussies les unes que les autres, Koba Films entreprend de ressortir des tiroirs, et pour la première fois en France, une mini-série de la BBC datant de 2004 retraçant la vie tumultueuse de Charles II.

[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

Tournée avec des moyens restreints dans des studios et des extérieurs à Prague, les quatre épisodes de cette série peinent à rivaliser avec le faste et la densité de productions plus récentes ; cependant, son casting pertinent, sa finesse d’écriture et les thèmes abordés en font une œuvre intéressante, décrivant un destin exceptionnel, celui d’un homme entré dans l’histoire anglaise comme étant le dernier à avoir régné sans l’appui du Parlement (s’arc-boutant parfois contre certaines mesures votées par les députés) tout en ayant permis à un royaume laissé exsangue par Cromwell et sa dictature rigoriste de retrouver un peu de joie et d’allégresse. De fait, le personnage de Charles II a acquis par son règne chaotique une aura bien singulière, à la fois aimé et détesté pour ses extravagances, sa luxure mais aussi pour son sens politique aiguisé et sa ténacité.

 

L’histoire commence par une exécution : un roi monte sur l’échafaud, son fils est dissimulé dessous et il assistera, impuissant, à l’exécution du monarque, victime de la révolution qui amènera Cromwell à diriger le royaume. Le roi mort est Charles Ier, son rejeton est le futur Charles II. Mais il lui faudra attendre avant son avènement, car l’époque ne veut pas (encore) de lui. Charles, bénéficiant du soutien de son cousin Louis XIV, vivra donc en exil sur le continent. Nous le retrouvons des années plus tard : adulte, il vit des rentes qu’on lui attribue de moins en moins largement et entraîne ses proches dans une vie libertine et insouciante. Du moins en apparence car les temps sont en train de changer : en 1658, à la mort de celui qui gérait la république britannique d’une main de fer, le peuple d’outre-Manche est à nouveau prêt à accueillir un roi légitime, et Charles est le mieux placé. Son retour est triomphal et un régime nouveau est en passe de se mettre en place, qui redonnera sa confiance à un peuple oppressé… sauf que Charles a cultivé lors de ses années en France et dans les Provinces-Unies une certaine tolérance religieuse et son frère cadet, Jacques, s’est déjà converti au catholicisme, ce qui ravit le roi de France, qui n’attend plus que la conversion de Charles pour sceller un traité d’alliance que le Parlement britannique voit comme un acte de trahison. Pressé par ses plus proches conseillers de céder face aux résolutions des députés, Charles va alors montrer qu’il n’est pas homme à se laisser faire : son règne sera ainsi marqué par une opposition de plus en plus marquée face au Parlement qu’il va finir par écarter purement et simplement de l’exercice du pouvoir, jusqu’à ce que le peuple, habilement manipulé, se retourne contre lui.

[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

Toutefois, la série, si elle expose régulièrement les tiraillements politico-stratégiques entre Charles et ses ministres et conseillers, s’étend également sur la vie intime du prince – car Charles est un amant fougueux et collectionne les conquêtes féminines. Son statut royal lui octroie ainsi une aura encore plus grande et il ne se prive pas d’en user pour mettre dans sa couche les plus belles courtisanes, tout en respectant d’autant plus la femme qui lui a été donné d’épouser, la toute jeune Catherine de Bragance, princesse du Portugal, catholique pur jus dont les coutumes vont souvent à l’encontre des habitudes anglaises. Etonnamment courtois avec son épouse qu’il respectera jusqu’à sa mort, il souffle le chaud et le froid en collectionnant les maitresses, tout en tentant d’engendrer un héritier légitime (malgré tout l’amour qu’il porte à ses bâtards, il leur martèlera régulièrement qu’il ne leur laissera jamais le droit de lui succéder). Echouant systématiquement dans cette entreprise, il verra la fin de son règne se précipiter avec pour seul successeur putatif son frère, un papiste qu’aucune parlementaire n’acceptera. Conscient des conséquences terribles de son choix, Charles refusera de céder, allant jusqu’à bannir son fils naturel afin de l’écarter une bonne fois pour toutes d’un trône sur lequel d’aucuns souhaiteraient le voir monter.

[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

Une série dense dont les choix de narration entraînent parfois un certain ennui, manquant de rythme entre les crises familiales ou politiques, engoncé dans une réalisation serrée qui se cantonne à suivre ses personnages afin de ne pas s’attarder sur des décors austères (la production s’est faite à Prague). Contrairement par exemple à l’adaptation récente des pièces historiques de Shakespeare, qui ne dédaignaient pas montrer des séquences de bataille [cf. the Hollow Crown], on passe ici de disputes en coucheries, de discours en sérénades avec des personnages hauts en couleurs qui crient, vitupèrent, pleurent et rient. Même si quelques scènes un peu lestes viennent fissurer l’enveloppe de solennité qui gêne la série aux entournures, on a parfois du mal à se passionner pour ce règne exubérant, pourtant ponctué de crises terribles (comme la peste de 1665 et ses milliers de victimes, suivie du terrible incendie qui ravagea Londres et dans lequel la population vit un complot mené par les Catholiques – ce qui réduira presque à néant les efforts de Charles et de son frère pour tenter d’endiguer le fléau).

[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

Le casting est tout de même l’un des points forts de cette série, qui permet de retrouver des

comédiens presque oubliés (comme Diana Rigg, en inquiétante reine-mère) et d’autres qui acquerront plus tard leurs lettres de noblesse (comme Martin Freeman, pas très à l’aise cependant en membre du Parlement). Les geeks reconnaîtront immédiatement l’interprète de sir Hyde (Ian McDiarmid) et auront bien du mal à oublier la figure de l’Empereur et la distribution promet d’autres surprises, comme une troublante Mélanie Thierry, émissaire de la cour de Louis XIV et convaincue d’espionnage. Mais il faut reconnaître que la quasi-intégralité du casting est éclipsée par un Rufus Sewell impérial, brillant dans ses excès, conférant à ce personnage bigger than life une certaine finesse et une totale légitimité. Celui que les cinéphiles connaissaient pour son rôle troublant dans Dark City révèle ici ses talents d’acteur shakespearien et donne une certaine épaisseur équivoque à chacun de ses propos, une certaine élégance dans ses outrances, une certaine gravité dans ses excès.

[série] Charles II : le Pouvoir & la Passion

Pour ceux qui aiment les petites histoires dans la grande, et les séries pleines de panache, Charles II est une bonne option.

Titre original

Charles II : the Power & the Passion

Créateurs

Joe Wright, Adrian Hodges & Kate Harwood

Format

1 saison de 4 épisodes de 58 min

Date de 1e diffusion

16 novembre 2003 sur BBC One (UK)

Date de 1e diffusion française

 

Date de sortie en vidéo

23 octobre 2019 avec Koba films

Distribution

Rufus Sewell, Rupert Graves, Martin Freeman, Diana Rigg & Ian McDiarmid

Réalisation

Joe Wright

Photographie

Ryszard Lenczewski

Musique

Rob Lane

Support

DVD Koba (2019) zone 2 en  1.78:1 /235 min environ