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l'Ecran Miroir

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[critique] Millénium : Ce qui ne me tue pas

[critique] Millénium : Ce qui ne me tue pas

[critique] Millénium : Ce qui ne me tue pas

Un nouveau volet de la saga Millénium, adapté du quatrième roman (celui rédigé par David Lagercrantz, successeur de feu le créateur de la série Stieg Larsson), réalisé par Fede Alvarez (Don’t breathe) et interprété par Claire Foy (the Crown, First Man) : difficile de résister à autant d’arguments, surtout si on a apprécié les premières versions cinématographiques des enquêtes de la super-hackeuse Lisbeth Salander. Sony Pictures propose donc une opération de rattrapage puisque le film, sorti en novembre 2018 en salles, est disponible à la vente sur tous les supports.

[critique] Millénium : Ce qui ne me tue pas

S’agit-il d’un autre reboot, comme avait pu l’être la version de Fincher par rapport à celle de Niels Arden Oplev (la première refusant le terme de remake, préférant affirmer qu’elle s’appuyait sur le roman initial plutôt que sur le premier métrage de la trilogie) ? Oui et non, c’est assez compliqué. Il est clair que ni l’équipe artistique, ni la mise en scène ne reprennent des éléments formels des premiers films. En revanche, le scénario comporte bon nombre de rappels, tant à la première enquête ayant rapproché Lisbeth et Mikael Blomqvist, qu’à l’organisation criminelle dirigée par le père de Lisbeth. C’est un peu comme si cela se passait quelques temps plus tard (trois ans, en fait), histoire de voiler un peu la perception qu’on avait des faits survenus autour de magazine d’investigation Millénium.

[critique] Millénium : Ce qui ne me tue pas

Evidemment, pour ceux ayant lu les livres ou vu les œuvres précitées, le cheminement de pensée est évident. Lisbeth Salander, libérée désormais de son lourd passé, a les coudées franches. Quoique largement à l’abri du besoin (d’autant plus si on retient la conclusion du film de Fincher, qui la voyait récupérer une énorme somme d’argent), elle n’en continue pas moins à opérer dans l’ombre, fidèle à ses méthodes, cultivant sa paranoïa, refusant tout compromis même d’ordre émotionnel. Recluse, elle se permet en revanche d’utiliser ses méthodes éprouvées d’infiltration et de recherche pour traquer et punir les hommes qui commettraient des sévices envers les femmes qui partagent leur vie. Insaisissable, intraçable, elle est une de ces vigilantes que haïssent les forces de l’ordre et qu’adule le peuple, trop heureux d’iconiser quelqu’un qui ose ainsi s’attaquer au système. Ses méthodes et ses opérations punitives font parfois la une des journaux mais elle sait parfaitement effacer ses traces et empêcher qu’on remonte jusqu’à l’une de ses planques. Son seul fidèle ami, un geek avec qui elle partage le matos ad hoc et en qui elle a confiance, est le seul à même de la contacter directement. Quant à Blomqvist, il n’a pas eu de nouvelles depuis le dossier qu’il a monté sur elle et qui a fait sa renommée.

Voilà que Lisbeth est approchée par un programmeur désireux de récupérer un logiciel développé pour la NSA, susceptible d’entrer dans les systèmes d’armement des plus grandes puissances. Conscient d’avoir engendré un véritable antéchrist numérique, l’homme fait appel à elle pour en reprendre le contrôle, dans le but de l’effacer définitivement – ce qui n’est pas du goût de la NSA dont un agent spécial, Ed Needham, se charge de retrouver le coupable de ce piratage qu’il croyait impossible. Son arrivée à Stockholm n’est pas du goût du chef de la police, Gabriella Grane, qui le met sous surveillance. Malheureusement pour Lisbeth, l’opération vire au fiasco quand un groupe d’individus lourdement armé pénètre par effraction dans sa planque et dérobe l’ordinateur contenant le logiciel. Elle n’a que le temps de se mettre à l’abri et d’envisager la suite : ayant découvert que le programme était savamment crypté, elle sait à présent que ces terroristes suréquipés vont s’en prendre au programmeur qui attend avec son fils à l’hôtel. Le temps presse, elle est seule et ces hommes mystérieux ont un coup d’avance : il lui faut trouver des alliés de circonstance…

[critique] Millénium : Ce qui ne me tue pas

Alvarez délivre un travail intéressant, bien servi par ses complices habituels, dont le chef opérateur qui sait installer une remarquable ambiance visuelle, jouant constamment sur les contrastes (le noir de Lisbeth, de sa tenue, de sa moto, des murs de son appartement, de la Lamborghini qu’elle emprunte/le blanc de la neige et des cheveux délavés de cette étrange femme semblant surgie d’un passé renié). Appliqué dans sa mise en scène, le réalisateur espagnol met en avant la Salander, opportunément placée comme pivot de l’histoire, qui va devoir constamment se cacher de la police tout en tâchant de pister ses opposants qui savent bien trop de choses d’elle. L’agent américain, malgré son savoir-faire, ne semble pas faire le poids et brouille les cartes, mais il pourrait constituer un atout capital tant qu’elle parvient à le guider dans la bonne direction – et qu’ils parviennent à s’entendre sur les suites à donner à l’éventuelle réussite de la mission. Sauf que les forces liguées contre elle s’avèrent plus occultes et puissantes qu’elle ne s’en doutait, et l’appui logistique de Blomqvist ne sera pas de trop dans cette course-poursuite où la mainmise sur l’arsenal nucléaire international est en jeu.

[critique] Millénium : Ce qui ne me tue pas

Le rythme intense et crescendo, les fausses pistes et leurres informatiques entretiennent un

suspense bon enfant, manquant toutefois de ce côté cruel, retors des premières histoires. L’ennemi caché se révèle trop vite, trop aisément. Et surtout, même si le sang gicle abondamment, le film demeure en lisière des perversités et abominations dévoilées dans les premiers films : le sadisme, la torture ne sont que suggérés et la nudité mise de côté. Claire Foy donne une intensité remarquable à son personnage mais, en perdant beaucoup de son mystère, Lisbeth y laisse un peu de son aspect fascinant. Les cascades, rares mais impressionnantes, les fusillades convaincantes contribuent à écraser le métrage sous des dehors très action movie, balayant du même coup des seconds rôles très fades face au magnétisme de Miss Foy.

Un film qui érode l’identité singulière de l’œuvre de Larsson mais parvient à se placer aux côtés de bons blockbusters haletants, illustrant les facettes du cinéma et ses différents genres cette année. Le générique, très graphique, le place dans la lignée de the Girl with the Dragon Tattoo, avec l’intention évidente d’en faire un produit plus grand public comme on commençait à le détecter chez Fincher. Dans un style complètement différent, l’animation récente offrira de quoi satisfaire même les plus aigris des spectateurs.

 

Disponible depuis le 14 mars 2019 chez Sony Pictures Home Video, en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 4K Ultra HD, coffrets Millenium (en duo avec la version Fincher) et VOD.

Titre original

The Girl in the Spider’s Web : A New Dragon Tattoo Story

Date de sortie en salles

14 novembre 2018 avec Sony Pictures

Date de sortie en vidéo

14 mars 2019 avec Sony Pictures

 

 

Photographie

Pedro Luque

Musique

Roque Baños

Support & durée

DVD Sony (2019) zone 2 en 2.39:1 / 116 min