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l'Ecran Miroir

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Marc Dixon, détective en vidéo le 4 avril 2018

Marc Dixon, détective en vidéo le 4 avril 2018

Marc Dixon, détective en vidéo le 4 avril 2018

L’opportunité de visionner un Preminger dans de bonnes conditions ne se refuse pas. Ca tombe bien : l’édition que Wild Side propose depuis début avril aux cinéphiles français est de toute première qualité, grâce à un travail remarquable de restauration initiée par la Fox proposant un master 4K stupéfiant de netteté, respectant le grain de la pellicule sans agresser les yeux et sans trop altérer le format d’origine (très légèrement recadré en 1.33 :1). L’image est contrastée mais douce, aux contours parfaitement définis, avec un piqué sans doute moindre que sur le formidable Casablanca, mais un rendu agréable et homogène, dont les détails restent bien lisibles en basse lumière – ce qui est justement adéquat pour une œuvre insuffisamment connue qu’on peut à juste titre considérer comme un parfait modèle de film noir.

Marc Dixon, détective en vidéo le 4 avril 2018

Dana Andrews & Gene Tierney : si ces noms apparaîtront seulement parés de la poussière des décennies, resurgis d’un passé sans doute glorieux aux moins aguerris des spectateurs, les connaisseurs ne s’y tromperont pas, reconnaissant immédiatement le couple (qu’on peut éventuellement qualifier de « mythique » comme le clament les éditeurs sur leurs jaquettes) phare de Laura, film à l’impact colossal du même réalisateur, présenté au public six ans auparavant, et dont de nombreux cinéastes, Scorsese et surtout Lynch en tête, se souviennent avec ferveur. Et si certains éléments du script font penser à une extrapolation du film de 1944, on comprend très vite que l’intérêt est ailleurs, dans l’exploration trouble des deux faces d’une même psyché, dans la justification maladroite d’actes malheureux, dans les déchirements moraux opposant le droit et la justice. Gene Tierney et son visage éblouissant de beauté éthérée (constamment filmé avec ce petit flou vaporeux singulier aux films de cette époque lorsqu’ils mettaient en valeur les traits féminins) interprètent la fille d’un homme pris dans le cours d’une histoire glauque où de plus vils que lui ont décidé de régler leurs comptes. Tous ses cris, ses pleurs et ses protestations sincères ne pourront rien face à la marche implacable d’une enquête pliée d’avance, avec un coupable idéal. C’était sans compter sur ce pouvoir singulier qu’elle exercera malgré elle sur Dixon, l’inspecteur chargé de l’enquête, flic brutal aux méthodes expéditives dès lors qu’il s’agit de mettre hors d’état de nuire des malfrats échappant aux rouages grippés de la police locale, et qui se retrouvera brutalement coincé entre sa vendetta personnelle et le destin de cette jeune femme éplorée plaçant en lui les dernières parcelles de son espoir dévasté.

Marc Dixon, détective en vidéo le 4 avril 2018

Preminger sait à merveille filmer ces hommes entre deux eaux, capables de bonté mais pris dans un engrenage de remords et de regrets, et parvient à transcender le visage impassible de Dana Andrews interprétant Mark Dixon, dont la mâchoire carrée et l’élégance virile s’effritent face au regard implorant de la fille de l’homme qu’il a tué (involontairement). Constamment entre ombre et lumière, le flic déjà rétrogradé pour violence coupable sait qu’il est sur la corde raide – et tout le rythme du film épouse cette tension permanente dans ses hésitations, ses choix malencontreux, ses décisions hâtives qui semblent liés à un destin malsain et une enfance minable. Même lorsqu’il se cherche une excuse, il sait qu’il ne saura jamais y croire lui-même. Ce cheminement infernal rongé de culpabilité et de maigre espoir est entrecoupé de quelques rares mais efficaces scènes d’action avec des pugilats plutôt bien orchestrés.

Marc Dixon, détective en vidéo le 4 avril 2018

Si le titre français prête à sourire, le film quitte rarement les rivages

noirs des polars de l’époque et se déguste savamment – en VO car il n’existe pas d’édition VF pour ce classique incontournable du genre.

 

Un livret magnifiquement illustré revenant sur la genèse surprenante du scénario ainsi que deux documentaires (l’un sur Gene Tierney, l’autre sur Preminger par Bogdanovitch) complètent cette belle édition.

 

Titre original

Where the sidewalk ends  

Date de sortie en salles

22 août 1951 avec 20th Century Fox

Date de sortie en vidéo

4 avril 2018 avec Wild Side

Photographie

Joseph LaShelle

Musique

Cyril J. Mockridge

Support & durée

Blu-ray Wild Side (2018) region B en 1.33 :1 / 95 min