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l'Ecran Miroir

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[critique] Black Panther

[critique] Black Panther

[critique] Black Panther

Réalisé par le talentueux Ryan Coogler, bien aidé par son incroyable casting, Black Panther est probablement à ce jour le meilleur film Marvel. Malgré les limites inhérentes au genre et à une production ultra calibrée, le metteur en scène nous offre un divertissement intelligent sur fond de trame shakespearienne dont les interrogations portent sur les conséquences d’un cloisonnement culturel. Ambitieux, osé, nécessaire et véritablement fun, le pari est réussi.

Enfin un Marvel qui a quelque chose à raconter ! Enfin un Marvel qui ne passe pas son temps à teaser les films suivants ! Enfin un Marvel qui propose un récit un peu plus consistant que d’habitude et qui ne mise pas uniquement sur sa coolitude !

[critique] Black Panther

C’est qu’après un épisode de Thor rigolo mais complètement dispensable et dont la promotion était essentiellement focalisée sur le caractère soit disant délirant de son réalisateur « tellement cool que regardez il met des chemises hawaïennes avec des ananas dessus », cela fait un bien fou de voir un vrai bon film qui ne cherche pas à combler ses lacunes par un cynisme ahurissant et des clins d’œil geeks faciles. L’on est surtout heureux de constater qu’après nous avoir offert l’un des meilleurs films de 2016 avec Creed, le talentueux Ryan Coogler revienne encore une fois en forme et ne se soit pas fait « bouffer » par un studio habitué à brider la créativité de ses réalisateurs.

Car ce que l’on retient d’emblée de Black Panther, c’est à quel point le long-métrage est unique dans le MCU, comme si Ryan Coogler –malgré les limites inhérentes au genre et à une production ultra calibrée - avait eu une grande liberté pour faire l’œuvre qu’il voulait, sans concessions. Bien entendu, l’on sent encore cette nécessité de lier parfois artificiellement les films entre eux pour introduire le prochain Avengers, mais contrairement à un AntMan, dont certaines scènes paraissaient superflues, Black Panther ne dépend finalement pas tant que ça des autres franchises super-héroïques. Le film suit bien entendu Captain America Civil War mais il s’en éloigne assez rapidement afin de raconter une histoire à taille humaine d’inspiration shakespearienne beaucoup plus efficace et captivante que toutes les intrigues à propos d’invasion extra-terrestre et de grand méchant voulant régner sur la galaxie.

[critique] Black Panther

Ryan Coogler profite de cet énorme blockbuster pour transmettre un discours ô combien important sur les conséquences d’un cloisonnement culturel et sur la nécessité de s’affranchir des limites que l’on s’impose parfois nous-mêmes. Tout le film parle d’ouverture aux autres et au monde, de partage de valeurs et de savoir, et ce à différents niveaux : le Wakanda vit reclus sur lui-même et refuse d’exposer ses richesses au reste du monde, au sein même de ce pays l’une des tribus fondatrices vit en autarcie, bien à l’écart des autres peuples réunifiés, tandis que l’une des héroïnes principales, une espionne, n’arrive pas à choisir entre vivre parmi les siens en étant elle-même ou continuer de littéralement « changer d’identité » afin de s’intégrer au mieux au monde extérieur. Tout est question de tiraillement et d’individus en quête d’un équilibre : T’Challa ne sait pas s’il doit suivre la politique isolationniste de son père ou s’il doit au contraire ouvrir les frontières de son royaume, Killmonger est partagé entre son pays d’origine et son pays d’accueil.

Killmonger est d’ailleurs l’antagoniste le plus réussi du Marvel Cinematic Universe. Non seulement il est bien écrit, mais il est interprété par un impressionnant et formidable Michael B Jordan, qui a visiblement bien compris les contradictions qui animent le personnage. Il n’est pas courant dans un Marvel de voir un antagoniste pouvant à la fois susciter la crainte et la compassion. Le reste du casting est parfait, Chadwick Boseman, Letitia Wright (une révélation) et Lupita Nyong’O (que l’on a vu  interpréter un personnage en PerfCap dans Star Wars The Force Awakens et prêter sa voix pour Le Livre De La Jungle) faisant un travail impeccable, mais Michael B Jordan est hallucinant, d’une classe telle que dès qu’il apparait à l’écran, il éclipse ses partenaires.

[critique] Black Panther

Black Panther est un régal de tous les instants, à la mise en scène inventive (avec notamment un formidable plan séquence suivi d’une course poursuite très originale en Corée) et à la direction artistique absolument géniale. C’est beau, coloré, esthétique (un superbe boulot sur les costumes), avec des images sublimées par une bande originale à la hauteur (encore une fois, ce n’est pas si étonnant connaissant Creed).

Le film n’est pourtant pas dénué de défauts, comme parfois des effets

spéciaux ratés (les scènes de la cascade) ou des scènes d’action frustrantes aux idées mal exploitées (on pense à l’affrontement autour du train magnétique), mais les enjeux sont tellement puissants que l’on ne se focalise jamais réellement sur ce qui pourrait être perfectible.

Ambitieux, osé, nécessaire (la scène post générique ne se contente pas de faire de la publicité pour le prochain film, elle s’adresse directement à son public avec un message d’espoir et dénonce habilement un certain président US), intelligent et surtout très fun, Black Panther est vraiment une très belle surprise !

Titre original

Black Panther

Date de sortie en salles

14 février 2018 avec Disney

Date de sortie en vidéo

 

Photographie

Rachel Morrison

Musique

Ludwig Göransson

Support & durée

35 mm en 2.39 :1 / 134 min