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l'Ecran Miroir

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[critique] Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde

[critique] Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde

[critique] Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde

Un Disney de Noël qui renoue, après un somptueux Frozen, avec la magie des films du second âge d’or, à savoir ceux de la fin des années 80 et du début des années 90. C’est d’ailleurs au duo John Musker et Ron Clements, qui ont réalisé parmi les meilleures œuvres du studio avec Basil, La Petite Sirène, La Planète Au Trésor et Aladdin, que l’on doit la réussite de ce Vaiana, splendide voyage en Océanie racontant avec humour et inventivité le parcours initiatique d’une jeune fille en quête de savoir et d’émancipation. Immanquable !

Cette année, Disney a fait très fort avec ses films d’animation. Zootopia est un formidable – quoique frustrant en termes d’idées sous exploitées - film au propos d’une pertinence remarquable, Le Monde De Dory est l’une des meilleures suites à être sortie chez Pixar, et ce Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde, nous offre ce que l’on est en droit d’attendre d’un classique Disney de fin d’année, renouant avec la magie des œuvres produites lors du second âge d’or du studio, de La Petite Sirène au Roi Lion. Après Raiponce et le somptueux Frozen, Vaiana prouve décidément que le Disney que l’on aime tant est de retour.

[critique] Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde

C’est au duo John Musker et Ron Clements que l’on doit cette réussite. Ce n’est pas un hasard, puisqu’ils ont scénarisé et réalisé parmi les plus beaux films du studio, et ont contribué à renforcer son image dans les années 90. C’est à eux que l’on doit Basil, Détective Privé, un classique sous-estimé, ou bien encore La Petite Sirène, qui a relancé le genre musical en animation, le génial Aladdin, l’inégal Hercule, l’audacieux La Planète Au Trésor, et plus récemment le mitigé La Princesse Et La Grenouille. Les voir revenir sur un projet d’envergure, ambitieux, avait de quoi nous réjouir … Et aussi nous intriguer : il s’agit de leur premier film en images de synthèses (quand bien même ils avaient été précurseurs dans le domaine en intégrant un personnage entièrement animé par ordinateur dans Aladdin, et en poursuivant leurs expérimentations dans La Planète Au Trésor). Les deux compères n’ont rien perdu de leur talent, et après quelques semi déceptions fortement influencées par la situation dans laquelle se trouvait la firme entre la fin des années 90 et le début des années 2010, ils nous proposent ce qui est leur plus beau film depuis Aladdin.

[critique] Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde

Si thématiquement Frozen lui reste supérieur, Vaiana n’en demeure pas moins particulièrement satisfaisant, car étant d’une cohérence totale avec ce que tente d’entreprendre le studio depuis plusieurs années, c’est-à-dire retrouver des personnages forts et agissants sur le récit plutôt que le subissant, tout en s’émancipant de certains carcans narratifs qui renforçaient cette image de films ringards et désuets auprès du grand public (surtout face à une concurrence de plus en plus cynique et se réclamant d’une certaine – mais contrôlée - irrévérence).

Ainsi, comme l’ont été Raiponce, Elsa et Anna, le personnage principal de Vaiana est féminin. Sauf, qu’il ne s’agit pas d’une princesse, et qu’il n’y a aucun love interest dans l’intrigue. Et cela change énormément le récit, cela modifie complètement les interactions entre l’héroïne et ses interlocuteurs. Un peu comme si Vaiana était un mélange parfait entre Ariel et Aladdin, entre fragilité apparente et caractère débrouillard, se suffisant à elle-même pour faire avancer le scénario.

C’est d’autant plus bluffant que ses deux compagnons d’aventure, Maui et Heihei, ne servent pas à la guider ou lui prodiguer de bons conseils, mais qu’ils agissent plutôt comme des révélateurs de sa nature profonde. Vaiana devra ainsi sans cesse les remettre sur le droit chemin, celui, métaphorique, de l’honnêteté pour Maui le demi-dieu, et celui, plus littéral puisque physique, de la bonne direction à garder pour Heihei le coq (elle passe son temps à le tourner dans tous les sens, sur son radeau, pour qu’il ne se jette pas à la flotte). Après tout, si elle prouve – malgré ses doutes initiaux et son manque flagrant de confiance en elle - qu’elle est capable de tenir tête à un demi-dieu bougon tout en surveillant un fragile volatile comme le lait sur le feu en plein milieu de l’océan, il est évident qu’elle sera tout aussi capable de mener à bien la mission qui lui a été confiée au début du récit, veiller sur son peuple. Bref, Vaiana nous montre une héroïne active et subtilement « moderne » et cela fait un bien fou.

La structure narrative est très classique, empruntant beaucoup aux codes du buddy movie. Vaiana et Maui font équipe contre leur gré pour mener leur quête à bon terme, parcourant les vastes étendues d’un océan ponctué de nombreuses épreuves initiatiques. Océan que les auteurs ont eu le bon goût d’en faire un personnage à part entière, sorte d’entité muette mais non dénuée de caractère, à l’instar du tapis dans Aladdin, qui donne bien souvent sa tonalité à la scène. En effet, John Musker et Ron Clements se servent – un peu comme dans Le Roi Lion - des éléments naturels pour traduire les émotions de Vaiana. La mise en scène nous fera ainsi apparaître la ligne d’horizon tantôt haute dans le cadre, tantôt plus basse, plus ou moins plane ou complètement de biais selon que la situation se révèle stable ou au contraire inconfortable. C’est un procédé certes évident, mais il prend tout son sens dans un film se déroulant en grande partie sur l’eau, dans un décor a priori monotone. La moindre vague ou le plus basique effet climatique sert en quelque sorte à briser le possible ennui engendré par la vision d’un même environnement pendant la quasi-totalité du film. Or, et c’est la grande force de la réalisation de Vaiana, il n’y a pas deux scènes qui se ressemblent esthétiquement.

[critique] Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde

Ajoutons à ceci que pour un premier long-métrage en images de synthèses, les deux réalisateurs se sont particulièrement bien débrouillés. Vaiana est esthétiquement et techniquement le plus beau film que Disney ait produit. Frozen n’avait pas bénéficié d’une telle attention, le film donnant l’impression d’avoir été rushé. Ici, qu’il s’agisse de sa direction artistique sublimant la culture polynésienne ou tout simplement du rendu incroyable des textures, le soin accordé au film est absolument réjouissant. Et puis il y a la sensibilité artistique de John Musker et Ron Clements. Leur utilisation si caractéristique de la palette de couleur. Ces associations magiques de rose et de bleu que l’on retrouve dans Aladdin et La Planète Au Trésor. Rien que pour ces superbes nuances, pour cette luminosité si chère aux réalisateurs, il faut voir Vaiana.

Autre marque de fabrique des créateurs de La Petite Sirène, cet humour bon enfant qui permet d’aérer l’intrigue principale. De nombreuses références aux classiques Disney parcourent le long-métrage, avec un clin d’œil à La Reine Des Neiges qui fera la joie des enfants, tout comme des inspirations plus subtiles aux précédents films du duo, dont un tatouage vivant n’étant pas sans évoquer Hercule (la façon de raconter un conte par le dessin, sorte de film dans le film) ou un Maui rappelant instantanément le caractère farfelu du génie dans Aladdin (The Rock remplaçant avec talent et bonhomie Robin Williams … tiens tiens, tous deux jouant dans ce qui est désormais la franchise Jumanji). On notera également la présence de Jemaine Clement (vu dans Le Bon Gros Géant) dans le rôle de Tamatoa, le pote de Taika Waititi (tous deux ayant travaillé sur Vampires En Toute Intimité) crédité ici comme co-scénariste (il réalise actuellement Thor). Enfin, une séquence d’action hallucinante vous fera très certainement penser à l’immense Mad Max Fury Road !

[critique] Vaiana, La Légende Du Bout Du Monde

Un léger bémol en ce qui concerne les chansons. Si en VO elles sont plutôt entraînantes, leur traduction française est à la ramasse. Entre la nécessité de respecter la synchro labiale et celle de rester fidèle au texte original, les traducteurs et les comédiens jouent un numéro d’équilibriste qui fait certes le job, mais il sera très difficile de fredonner les paroles en sortant du cinéma. Les musiques sont magnifiques, mais il est quasi impossible pour un enfant de retenir ce que chantent les personnages en français. Les parents seront peut-être contents de ne plus avoir à « subir » les vocalises de leurs bambins sur des airs entêtants à la « Libérée, Délivrée », mais il faut avouer qu’au moins les chansons de La Reine Des Neiges donnait sa personnalité et son charme au long-métrage. Vaiana offre de superbes passages chantés en VO, mais la VF ne convainc pas.

Pas de quoi bouder le film au cinéma cependant, et surtout si vous avez aimé La Reine Des Neiges et que vous adorez Aladdin et La Petite Sirène, Vaiana est immanquable !

Titre original

Moana

Mise en scène 

John Musker & Ron Clements

Date de sortie

30/11/2016 avec Walt Disney

Scénario 

John Musker, Ron Clements, Pamela Ribon, Taika Waititi & Jared Bush

Distribution 

Les voix en VO d’Auli’I Cravalho, Dwayne « The Rock » Johnson, Nicole Scherzinger, Alan Tudyk & Jemaine Clement ; en VF d’Anthony Kavanagh & Mareva Galanter

Photographie

 

Musique

Mark Mancina & Lin-Manuel Miranda

Support & durée

2.35 : 1 / 103 minutes

 

Synopsis : Il y a 3 000 ans, les plus grands marins du monde voyagèrent dans le vaste océan Pacifique, à la découverte des innombrables îles de l'Océanie. Mais pendant le millénaire qui suivit, ils cessèrent de voyager. Et personne ne sait pourquoi...
Vaiana, la légende du bout du monde raconte l'aventure d'une jeune fille téméraire qui se lance dans un voyage audacieux pour accomplir la quête inachevée de ses ancêtres et sauver son peuple. Au cours de sa traversée du vaste océan, Vaiana va rencontrer Maui, un demi-dieu. Ensemble, ils vont accomplir un voyage épique riche d'action, de rencontres et d'épreuves... En accomplissant la quête inaboutie de ses ancêtres, Vaiana va découvrir la seule chose qu'elle a toujours cherchée : elle-même.