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l'Ecran Miroir

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[critique] la Danseuse

[critique] la Danseuse

[critique] la Danseuse

Pour un premier film, l’on ne peut pas dire que Stéphanie Di Giusto n’ait su s’entourer des bonnes personnes: un casting remarquable, un directeur photo talentueux … Si seulement le scénario de La Danseuse avait été à la hauteur d’un tel sujet ! Plat, hormis lors des scènes de danse, le film ne parvient pas à totalement convaincre. Raté donc, mais traversé de belles fulgurances artistiques.

Il a fallu arriver au premier tiers du film (approximativement), pour que celui-ci trouve un intérêt, ou du moins qu’il nous fasse changer d’avis sur la pertinence d’adapter à l’écran une telle histoire. Non que le parcours de la véritable Loïe Fuller ne soit a priori captivant, mais jusqu’alors le long-métrage n’était pas parvenu à nous faire comprendre les motivations profondes du personnage. L’évolution psychologique de l’héroïne n’est jamais convaincante, la faute à une introduction elliptique ou d’une extrême platitude. On pourra mettre cette impression de manque de caractérisation sur le compte du personnage en lui-même, puisque Loïe Fuller passe son temps à se chercher, mais ce serait un peu facile et surtout inutile.

Le fait est qu’il y a un problème d’écriture évident, au point que l’on n’éprouve aucune empathie pour les protagonistes dans la première partie du film. L’on se dit alors que pour son premier long-métrage, Stéphanie Di Giusto – ne manquant pas d’ambition - à la fois réalisatrice et scénariste, n’a pas su trouver le recul nécessaire pour mettre en images son récit. Ce n’est pas parce qu’elle est attachée à Loïe Fuller et qu’elle en saisit les aspérités, les contradictions, les nuances, les qualités, que ce sera forcément le cas de son public. La jeune femme, qu’interprète parfaitement Soko, nous apparaît comme une manipulatrice, un simulacre d’artiste auto-proclamée, qui n’est pas animée par la passion pour son art mais par des motifs beaucoup plus vagues, notamment un certain attrait pour la soumission de son entourage à ses moindres caprices. Autant dire qu’il n’est pas évident d’apprécier le personnage.

Arrive enfin la première représentation théâtrale de l’œuvre de la performeuse Loïe Fuller. Une séquence absolument magnifique, aux antipodes de tout ce qui venait de précéder : on ne sait pas ce que fait Loïe Fuller, mais c’est envoûtant. Et c’est alors que le titre du film, La Danseuse, prend tout son sens, en relevant l’ambiguïté du personnage. L’héroïne le dit elle-même au tout début du métrage : elle ne sait pas danser. Ce n’est pas une danseuse. Mais c’est pourtant ainsi que tout le monde la considère. Elle devient même un modèle pour de jeunes « vraies » danseuses. On ne saurait dire si elle fait de l’art de manière innée ou simplement par hasard, si cela relève de la supercherie ou du génie créatif, si elle se prend réellement au sérieux ou si elle se remet souvent en question, toujours est-il que l’on redécouvre le personnage le temps d’une performance.

Il en va de même pour tout le reste : dès que Stéphanie Di Giusto filme des séquences de danse, elles semblent traverser le récit comme de belles fulgurances artistiques, dès que l’on en revient à l’intrigue, l’on a du mal à comprendre où la réalisatrice veut en venir. C’est particulièrement flagrant avec l’incursion en milieu de récit du personnage joué par une formidable Lili-Rose Depp. Alors que cet arc narratif occupe soudainement toute la place dans le film, que cette jeune danseuse énigmatique attire toute l’attention sur elle et que l’on sent poindre nombre de rebondissements, la relation intime qui commençait à s’établir entre Loïe Fuller et sa nouvelle protégée, se trouve stoppée net au profit de celle avec le personnage – peu intéressant - qu’interprète Gaspard Ulliel. Or, celui-ci a été inventé pour apparemment apporter un contrepoids à l’homosexualité de l’héroïne, pour nous prouver presque maladroitement à quel point elle ne se connaissait pas encore elle-même. Afin de souligner le fait qu’elle doute, même si elle n’en a jamais l’air. Et  illustrer encore une fois le paradoxe du titre, une danseuse qui n’en n’est pas une. Sauf que cela n’apporte non seulement rien au film, mais cela accentue au contraire le manque de fil conducteur clair de l’intrigue. Tout en nous interrogeant sur l’intérêt même d’un biopic.

Dommage, donc, d’autant que La Danseuse possède bien d’autres qualités, notamment son remarquable casting et la beauté de la photo de Benoît Debie (Lost River).

Un film qui ne parvient pas totalement à nous convaincre, en dépit du talent de son actrice principale.

 

Titre original

La Danseuse

Mise en scène 

Stéphanie Di Giusto

Date de sortie

28/09/2016 avec

Scénario 

Stéphanie Di Giusto, Sarah Thibau, Giovanni Lista & Thomas Bidegain

Distribution 

Soko, Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel, Lili-Rose Depp & François Damiens

Photographie

Benoît Debie 

Musique

 

Support & durée

2.35 : 1 / 108 minutes

 

Synopsis : Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.