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l'Ecran Miroir

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[critique] la Folle Journée de Ferris Bueller

[critique] la Folle Journée de Ferris Bueller

[critique] la Folle Journée de Ferris Bueller

la Folle Journée de Ferris Bueller

Le Ciné-Club Sensation d'avril 2016 a proposé aux participants un film générationnel, une des comédies adolescentes imaginées par John Hughes dans les années 80, dans la droite lignée de Breakfast Club - dont il reprend certains cadres, voire quelques scènes - qui ont été visionnées un million de fois par certains mais que d'autres - dont moi - ne connaissaient que de réputation. Réputation entretenue par une litanie de citations dans les oeuvres ultérieures, au point que de nombreuses séquences m'étyaient déjà connues au travers de certaines compilations qui fleurissent sur les murs de Facebook. Ainsi, du décollage de la Ferrari GT250 sur le thème de Star Wars à la dernière réplique (post-générique) de Matthew Broderick, en passant par la visite du musée et la parade du Von Steuben Day où tout le monde danse sur Twist & Shout, on avait l'impression d'être en terrain connu, de vivre une expérience confortable dans un environnement familier quand bien même on n'avait jamais pu avoir l'occasion de visionner l'intégralité du métrage.

Difficile aujourd'hui de dire du mal de ce qui a constitué le film de chevet de nombre d'amis. L'expérience aurait pu être douloureuse, gênante et profondément décevante (beaucoup de films adorés dans notre jeunesse s'avèrent être profondément niais ou insupportablement stupides une fois atteint l'âge de raison). A ma grande surprise, il n'en fut rien. Bien que la photo (remarquablement mise en valeur par le blu-ray anglais utilisé pour cette séance) soit impeccable - les connaisseurs apprendront peut-être que le chef op' n'est rien moins que Tak Fujimoto, connu pour son travail sur Gladiator ou le Silence des agneaux - on ne peut pas en dire autant de la réalisation, avec quelques soucis de raccords et plusieurs répliques post-synchronisées. Mais l'ensemble se tient plutôt bien, offrant un spectacle sur un rythme soutenu en trois axes : la virée des trois potes (Ferris, glandeur magnifique, son copain hypocondriaque Cameron et sa petite amie Sloane), l'enquête du proviseur persuadé que Ferris est bien en train de faire bleu et qu'il a réussi à duper sa famille et celle de Jeanie, la soeur de Ferris, qui ne supporte pas que ses parents soient tombés dans le panneau.

Régulièrement ponctué de gags visuels ou de répliques acerbes, le métrage doit avant tout sa réussite (et sa pérennité) à trois éléments : 

  1. un casting approprié, avec un Matthew Broderick immédiatement sympathique, capable de faire avaler n'importe quelle couleuvre à n'importe quel adulte, mélange improbable de candeur et de malice, désarmant de naturel ; Mia Sara encore ado au moment du tournage, aussi piquante que séduisante avec son regard chaleureux et son sourire espiègle, est sa parfaite complice. L'apparition dans une séquence mémorable de Charlie Sheen en camé défoncé est une excellente trouvaille. On n'en dira pas autant de Jennifer Grey, qui manque cruellement de spontanéité et de la fraîcheur de Dirty Dancing.
  2. l'impertinence du ton trouvé par le personnage de Ferris, qui en profite régulièrement pour briser le quatrième mur en s'adressant au spectateur (jusqu'à la toute dernière seconde, donc) afin d'appuyer une réflexion, souligner l'absurdité ou le comique d'une situation ou juste prendre les spectateurs à témoin - technique reprise et développée ultérieurement dans des séries directement inspirées de l'univers du film, comme Sauvés par le gong ou Parker Lewis.
  3. une forme de désinvolture dans l'écriture avec une certaine liberté laissée aux comédiens (comme d'ailleurs aux figurants) dont certaines improvisations ont été conservées en l'état et qui permet de délivrer certains messages transgressifs (pour l'époque) tout en mettant en lumière la condition de l'adolescent américain des années 80, à la croisée des chemins avant l'entrée dans la vie active et les responsabilités qui incomberont.

​Ce qui est également surprenant, c'est l'impact comique de certaines plaisanteries, pourtant vieilles comme le monde, et cette fraîcheur qui baigne chacune des séquences du film, dont les plans sont constellés de myriades de références à la culture pop de ces années-là, créant en permanence un pont vers Breakfast Club, tout en insérant des liens vers des films comme WarGames (le moment où Ferris pirate l'ordinateur du campus pour faire baisser son nombre d'absences).

On sourit beaucoup et on s'amuse à imaginer ce qui leur passe par la tête lorsqu'ils contemplent les Picasso et Seurat du musée, singeant les critiques d'art tout en charchant un sens à leur propre vie balbutiante. Et on n'a qu'une envie : celle de souscrire à l'opération "Save Ferris" afin qu'il puisse recevoir le rein dont il n'a pas besoin.

 

It's over. Go home.

 

 

Titre original

Ferris Bueller's Day off

Mise en scène 

John Hughes

Date de sortie France 

17 décembre 1986 avec Paramount

Scénario 

John Hughes

Distribution 

Matthew Broderick, Mia Sara, Jeffrey Jones, Jennifer Grey & Charlie Sheen

Musique

Ira Newborn & Arthur Baker

Photographie

Tak Fujimoto

Support & durée

Blu-ray Paramount (2013) Region B anglais en 2.35:1 / 102 min

 

Résumé : Un cancre invétéré, Ferris Bueller, convainc sa petite amie et son meilleur ami hypocondriaque (dont le père a une Ferrari) de sécher les cours pour aller passer la journée à Chicago. Pendant qu'ils font les 400 coups dans la grande ville, le proviseur et la soeur de Ferris tentent, chacun de leur côté, de prouver aux parents que leur fils est un cancre et qu'il a séché.