Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
l'Ecran Miroir

l'Ecran Miroir

Menu
[critique] Macbeth : puissance et gloire

[critique] Macbeth : puissance et gloire

[critique] Macbeth : puissance et gloire

l'Avis de Nico (sortie en salles)

L’une des œuvres les plus célèbres de Shakespeare adaptée et interprétée avec talent. Marion Cotillard est bluffante, Michael Fassbender absolument prodigieux. Si vous appréciez les magnifiques dialogues de son auteur, nul doute que vous devriez aller voir cette version de Macbeth dès sa sortie dans les salles. A quelques réserves près, une réussite de tous les instants.

A la sortie de la séance, et alors que l’on est très satisfait du film que l’on vient de voir, l’on se demande si cette énième réappropriation de la célèbre pièce de Shakespeare était vraiment nécessaire. Non que le Macbeth de Justin Kurzel ne soit pas bon, bien entendu et encore heureux avec un tel matériau de base, mais il ne trouve de justification véritable que dans la performance absolument bluffante de ses interprètes. Car la mise en scène pourra diviser les spectateurs, lui reprochant de ne pas réellement s’attarder sur ce qui fait l’intérêt de l’œuvre pour composer des images certes très travaillées mais versant souvent dans une recherche graphique superflue. Le résultat lorgne ainsi plus vers un Valhalla Rising, sans son ambiance fantasmagorique, trouble, et son pouvoir évocateur liés au mutisme du protagoniste principal.

 

[critique] Macbeth : puissance et gloire

De fait, le film semble s’écarter quelques fois de ses premières intentions, ne trouvant pas toujours et spécialement le ton le plus adéquat pour illustrer les enjeux d’un récit ne fonctionnant quasiment que sur ses dialogues. Cependant, malgré ces quelques réserves, Macbeth est sans conteste une adaptation très réussie. Tout le monde connait le récit de cet homme et de sa femme, qui, à la suite d’une prophétie, vont accéder au pouvoir, par tous les moyens et jusqu’à en perdre la raison. L’œuvre de Shakespeare parle d’ambition, de libre arbitre, de la transformation qu’engendre l’ivresse du pouvoir. Et si l’on pourra reprocher à Justin Kurzel d’avoir largement condensé l’œuvre, au point que certains passages ou le rôle de certains personnages aient été expédiés, afin d'en faire un spectacle susceptible d’être plus facilement digeste pour les spectateurs actuels, l’on ne peut nier l’impact des dialogues de dramaturge anglais lorsqu’ils sont joués par des acteurs aussi talentueux. Tout au plus est-on en droit de ressentir une légère frustration quant aux rôles de Paddy Considine (Hot Fuzz, Le Dernier Pub, Pride…) et de Sean Harris (Mission : Impossible Rogue Nation…), pas assez développés dans le film. En revanche, l’on ne peut qu’approuver le travail de Michael Fassbender et Marion Cotillard, sans accents, dans des rôles semblant taillés pour eux, et qui devraient leur valoir - si ce n’est quelques récompenses (on attend les British Awards) - d’être au moins salués par les critiques.

Du Shakespeare au cinéma, on ne va pas dire non quand c’est interprété avec autant

de talent ! Au final, quand bien même les puristes de Shakespeare risquent de hurler au

scandale devant les quelques raccourcis pris par les scénaristes, ils devraient néanmoins apprécier la qualité de l’interprétation. Si vous ne connaissez pas bien l’œuvre, vous devriez largement être convaincus par le film de Justin Kurzel, alliant un grand spectacle à une adaptation satisfaisante.

Titre original

Macbeth

Date de sortie en salles

18 novembre 2015 avec StudioCanal

Date de sortie en vidéo

29 mars 2016 avec StudioCanal

Photographie

Adam Arkapaw

Musique

Jed Kurzel

Support & durée

Blu-Ray StudioCanal (2016) region B en 2.35 :1 / 113 min

l'Avis de Vance (en blu-ray)

Adapter Shakespeare n’est pas une sinécure, adapter Macbeth encore moins. Il faut évidemment garder en tête la vision d’Orson Welles sans parler de celle de Roman Polanski ou du Château de l’Araignée de Kurosawa. Pour celle-ci, Kurzel et son équipe ont choisi de demeurer le plus fidèles possible à la pièce en respectant les personnages et les lieux, tout en contractant considérablement le récit et en insérant quelques éléments sous-entendus, comme la fameuse bataille qui devait décider du sort de l’Ecosse.

C’est d’ailleurs par elle que commence le film qui, très vite, affirme son identité visuelle avec de nombreux recours aux ralentis (davantage comme chez Guy Ritchie dans ses Sherlock Holmes que chez Zack Snyder) et une photo saturée magnifiant les paysages naturels écossais (une partie du film a ainsi été tournée sur la magnifique île de Skye). Et c’est un peu ainsi que se poursuit le film avec des plages presque muettes alternant les plans d’ensemble à la composition léchée et les regards équivoques, et les inévitables dialogues shakespeariens dans lesquels on remarque bien vite que c’est l’emploi du vieil anglais qui a été privilégié. A ce jeu, Fassbender s’avère évidemment plus que convaincant, interprétant un Macbeth complètement habité, sans doute légèrement traumatisé par le conflit dont il est ressorti difficilement vainqueur et cette diction particulière, empruntée, presque scolaire. Face à lui, David Thewlis en Duncan semble plus naturel dans son phrasé et Paddy Considine campe un Banquo fier et sobre. Le plus surprenant est Marion Cotillard. Quoique très appliquée, je n’irai pas jusqu’à dire comme Nico (voir ci-dessus) qu’elle s’exprime « sans accent », cependant son anglais très précieux convient parfaitement à ce personnage singulier, cette femme qui se décale des autres. Après tout, comme l’exprimaient les producteurs, il y a eu de nombreuses Françaises dans les familles régnantes écossaises !

[critique] Macbeth : puissance et gloire

Le sentiment général qui se dégage de l’œuvre est un peu à son image, déroutant, parfois stupéfiant. Kurzel soigne son cadrage et sublime ses acteurs, laissant le remarquable travail du chef opérateur (Adam Arkapaw, qui s’est également joint aux deux acteurs vedettes et à son réalisateur pour le beaucoup moins réussi Assassin’s Creed) faire le reste. C’est Jed Kurzel qui signe la partition avec des morceaux puissants et des sonorités particulières qui rappellent le travail de Pemberton sur le Roi Arthur : la Légende d’Excalibur. Le spectateur peut se retrouver happé par l’intensité de la tragédie qui se joue ou du jeu des comédiens, sidéré par les images qui défilent, mais un peu interloqué par le déroulement du scénario et certains partis-pris. L’ajout d’une sorcière (la petite fille) n’est pas dérangeant en soi, ni le fait qu’elles n’aient pas d’existence propre en dehors de l’histoire (elles ne sont considérées que comme des adjuvants au filigrane de l’intrigue principale alors que le texte de Shakespeare les laissait dialoguer entre elles) ; la teneur des propos de Lady Macbeth à son mari est généralement respectée, même si on peut considérer que dans le film elle ait conscience de la faiblesse du général devenu roi un peu plus tard, ce qui la conduira à la folie et à la mort. La nature des visions diverge un peu et c’est surtout le finale qui diffère, introduisant une interprétation et une vision plus équivoques.

On peut ainsi considérer que le pari de Kurzel et de ses producteurs est

réussi : s’ils n’ont pas choisi la rigueur et la flamboyance d’un Branagh (pour son Hamlet), ils n’ont pas non plus opté pour la verve de Zefirelli (Roméo & Juliette, Hamlet de 1990), mais plutôt pour un spectacle moderne, sanglant et brutal bien qu’également profondément graphique. Une expérience parfois hallucinée, baroque et excessive.

[critique] Macbeth : puissance et gloire