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l'Ecran Miroir

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Quand je regarde l'écran, l'écran me regarde.


[critique] A girl walks home alone at night : Vamp-Iran

Publié par Vance sur 8 Juillet 2015, 06:34am

Catégories : #Sur écran : sortie vidéo, #DVD, #Vampires, #Cinéma SF & Fantastique, #Noir & Blanc

[critique] A girl walks home alone at night : Vamp-Iran

Depuis le 3 juin, les spectateurs assidus savent qu'ils peuvent retrouver en vidéo (DVD chez M6 Vidéo et VOD) cet étonnant premier long-métrage d'Ana Lily Amirpour qui, malgré son extraordinaire cote de popularité dans la douzaine de festivals qui l'ont sélectionné et les quelques prix glanés (dont le Prix de la Révélation Cartier pour la réalisatrice au Festival de Deauville), est passé presque inaperçu lors de sa sortie au cinéma en début d'année. Il mérite pourtant largement le coup d'oeil, et pas seulement si on est amateur de films de vampires. Il fait incontestablement partie des bons films fantastiques de 2015. Grâce à Cinetrafic, j'ai pu me faire une idée.

De fait, A girl walks... a le don de prendre le spectateur à rebrousse-poil. Ca peut irriter, et les notes disparates des rares privilégiés du Palmarès qui l'ont visionné montrent qu'il ne plaira pas à tout le monde. Financé par des firmes américaines (SpectreVision et Logan Pictures), produit par (mais oui !) Elijah Wood, le film donne l'impression de sortir d'Iran après être passé malicieusement sous les fourches caudines d'une censure d'Etat. C'est que la distribution est essentiellement américano-iranienne et la scénariste-réalisatrice, bien que d'origine iranienne, est née en Angleterre avant de s'installer en Floride. Or, le film est tourné en persan ! Et en noir & blanc qui plus est ! Difficile à cerner donc, jusque dans ses origines - ce qui peut décontenancer le spectateur de base.

D'autant que le contenu possède les mêmes caractéristiques, mélangeant allègrement les genres tout en affichant un respect total pour les codes des films et cinéastes de référence. Oui, il y a un peu de Tarantino dans cet amalgame improbable de film de vampires et de western moderne, mais un Tarantino languissant, plus nostalgique que provocateur, préférant souligner l'ambiance plutôt que d'aligner des séquences violentes. Avec ce choix d'un noir & blanc époustouflant (le chef opérateur a largement été cité dans la liste des lauréats des festivals), la réalisatrice opte pour un expressionnisme éthéré qui délite l'action et brouille la narration. Le cadre est à l'aune de la photo qui propose des plans parfois fuligineux, parfois géométriques, jamais anodins, jouant sur les sens et les symboles. A dire vrai, c'est dans l'immobilisme de ses séquences muettes que le film prend toute sa valeur (on sent l'origine du court-métrage), dans ce déroulement sépulcral d'une narration affectée, où les personnages et les décors deviennent plus important que l'histoire elle-même. Pourtant, les dialogues ne sont pas délaissés et il n'est pas rare de voir ces individus hantant la ville plus qu'ils ne l'habitent philosopher sur une existence qui leur échappe. Bad City donne parfois cette impression d'étrangeté qu'on éprouve lors de certaines scènes spécifiques de Eraserhead : des structures connues mais présentées hors contexte, dans un cadrage et sous un éclairage hors norme. Il y a une poésie immanente et romantique dans les errances de ces êtres dépeints par petites touches et conservant une grosse part de mystère, dans leurs réflexions désabusées qui confère à chaque scène une texture "fin du monde". 

Pour finir, la réalisatrice continue de cultiver ses paradoxes et ses ruptures de ton en insérant l'air de rien quelques réflexions bien senties sur la société patriarcale rigide liée à la révolution islamique (qui, si elle continue de peser sur chacun de ses membres, n'est respectée que pour la forme par les nantis : cette jeune aristo accepte des hommes dans sa chambre sans sourciller - sacrilège ! - sort sans voile, danse, boit et se drogue sans vergogne). L'étrange personnage central, une vampire presque muette, tient dans cette ville sans substance un rôle intéressant, qui le rend encore plus fascinant : à la fois prédatrice et gardienne, chasseuse et bergère. Face à la sexualité un peu flétrie de la prostituée et à la sensualité provocatrice de la jeune bourgeoise, elle affiche une silhouette morbide, celée sous un voile presque intégral - comme si elle gardait en laisse son pouvoir de séduction. Discrète, spectrale, elle se fond dans le décor, la brume et la nuit et frappe ceux qui le méritent, laissant alors, et seulement, libre cours à sa soif sanguinaire. Pourtant, ce jeune homme aux allures de James Dean oriental a le don de la détourner de la voie qu'elle s'est tracée - et leur relation sera traitée avec infiniment de délicatesse.

Découverte très riche, à la photo et au rythme hypnotique.

Très belle surprise.

 

 

 

Titre original

A girl walks home alone at night

Réalisation 

Ana Lily Amirpour

Date de sortie

14 janvier 2015 avec Pretty Pictures

Scénario 

Ana Lily Amirpour

Distribution

Sheila Vand, Arash Marandi, Mozhan Marno & Dominic Rains

Photographie

Lyle Vincent

Musique

 

Support & durée

DVD M6 Vidéo (2015) zone 2 en 2.39:1 / 97 min

 

 

Synopsis : Dans la ville étrange de Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, les habitants n’imaginent pas qu’un vampire les surveille. Mais quand l’amour entre en jeu, la passion rouge sang éclate…

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