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l'Ecran Miroir

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[critique] Victoria : il fallait oser !

[critique] Victoria : il fallait oser !

[critique] Victoria : il fallait oser !

Un polar relativement quelconque mais dont l'immense intérêt réside dans sa mise en scène ultra inventive. Tourné en un seul plan-séquence, Victoria propose à son public de suivre en temps réel, avec une immersion totale, un petit groupe de potes dont la virée nocturne alcoolisée va déraper. Un long-métrage parfois poussif, mais techniquement épatant.

En voilà un film qui devrait faire parler de lui à sa sortie !

Il faut dire que Victoria, le quatrième long-métrage de Sebastian Schipper, relève de l'exploit technique puisque tourné en un seul plan-séquence sans aucun artifice à partir d'un scénario de 12 pages ayant demandé aux interprètes de jouer dans l'improvisation la plus totale. Autant dire que la moindre erreur ou le moindre problème en cours de tournage pouvait à chaque instant nécessiter de recommencer le film depuis le début, sans pouvoir reprendre à la suite étant donné que l'histoire démarre aux alentours de 5h pour se terminer vers les 7h du matin.

Un projet fou qui se traduit à l'écran par son côté imprévisible et « pris sur le vif », plaçant de manière inconsciente son public dans un état d'incertitude constant et ne donnant pas la sensation d'être contrôlé ou répété. Avec une caméra qui s'efface particulièrement derrière ses personnages, Victoria propose une immersion totale et en temps réel où tous les rebondissements semblent possibles. C'est d'ailleurs clairement ce qui fait le plus grand intérêt du film, puisque si l'on s'en tient à l'histoire en elle-même, l'on ne peut pas dire qu'elle fasse preuve d'une grande originalité. Il s'agit d'un polar relativement quelconque, se déroulant en Allemagne, dans lequel une jeune espagnole en quête de sensations fortes va se retrouver mêlée à un braquage suite à sa rencontre avec un petit groupe de fêtards dissipés.

A priori, rien de bien nouveau ni d'excitant. Sauf que le réalisateur, en s'imposant de telles contraintes techniques, transcende ce matériau de base peu folichon. Il l'avoue volontiers, à l'instar de ce braquage, s'être mis lui aussi dans les mêmes conditions d'improvisation que ses personnages, en établissant une structure narrative à peu près claire tout en favorisant la spontanéité et la souplesse en cas de petit écart au scénario. Du coup, il se permet de faire une proposition un peu plus inventive que d'habitude, conscient que le procédé ne pourra pas nécessairement plaire à tout le monde mais qu'en cas de réussite il devrait inscrire ce qui est au départ un banal pitch de série B au rang d'oeuvre incontournable du genre. Un défi relevé avec talent, l'utilisation du plan-séquence trouvant sa propre justification sans que l'on estime la technique artificielle ou de l'ordre de la démonstration.

En contrepartie, il faut accepter une mise en place lente, la caractérisation des personnages se faisant dans l'action mais surtout dans les nombreux dialogues inopinés, les enjeux n'étant parfaitement définis qu'au bout d'un certain temps. Il faudra alors passer outre les quelques illogismes qui ponctuent l'introduction (comment Victoria peut-elle ne pas se méfier une seule seconde des intentions floues de ses nouveaux amis ?) ainsi que l'agacement que pourront provoquer tour à tour des personnages peu « aimables » de prime abord, leurs échanges étant totalement insignifiants en contexte. Mais c'est paradoxalement un bien pour le film, puisque cela permet au réalisateur de prendre son temps en installant de manière « crédible » la cohésion du groupe pour mieux surprendre le public par la suite, notamment lorsque l'histoire changera de ton en se transformant en un véritable thriller à la tension palpable. La qualité de l'interprétation permet d'insuffler beaucoup de naturel à l'ensemble, et l'on applaudira les acteurs pour avoir su rendre attachants des rôles relativement stéréotypés et manquant de finesse, dans des conditions de tournage éprouvantes ne tolérant pas l'erreur ou l'approximation.

Parfois poussif mais toujours techniquement épatant, Victoria plaira aux amateurs d'exercice de style avant tout, mais devrait également satisfaire un public de moins en moins habitué à être autant surpris au ciné. Ses nombreuses récompenses sont méritées. Bravo !

 

 

 

Titre original

Victoria

Mise en scène 

Sebastian Schipper

Date de sortie

01/07/15 avec

Scénario 

Sebastian Schipper, Olivia Neergaard-Holm & Eike Frederik Schulz

Distribution 

Laia Costa, Frederick Lau & Max Mauff

Photographie

Sturla Brandth Grøvlen

Musique

Nils Frahm

Support & durée

35 mm en 2.35 : 1 / 134 minutes

 

Synopsis : 5h42. Berlin. Sortie de boîte de nuit, Victoria, espagnole fraîchement débarquée, rencontre Sonne et son groupe de potes. Emportée par la fête et l'alcool, elle décide de les suivre dans leur virée nocturne. Elle réalise soudain que la soirée est en train de sérieusement déraper…