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l'Ecran Miroir

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[critique] Réalité : aux frontières de la farce et du génie

[critique] Réalité : aux frontières de la farce et du génie

[critique] Réalité : aux frontières de la farce et du génie

Un nouvel OFNI (objet filmique non identifié) signé Dupieux. Mélange de genres, entre comédie et film anxiogène, Réalité sera rejeté ou adulé, mais il ne laissera aucun spectateur indifférent. Une oeuvre très ambitieuse.

Que l'on adhère ou non à la proposition de Quentin Dupieux, il s'agit, justement, d'une proposition. Une proposition de cinéma différent, inclassable, un mélange des genres déstabilisant qui ne pourra - et c'est tant mieux - faire l'unanimité auprès de son public. Certains verront dans la filmographie de ce réalisateur en marge, et dans ce film en particulier (dont les fans admettent souvent qu'il est son plus abouti et donc son meilleur), une sorte de génie, tandis que d'autres se demanderont si l'on ne se fout pas de leur gueule purement et simplement avec ce qui s'apparente à un « énième objet à la mode hipster ». Dans tous les cas, difficile de remettre en cause l'intégrité artistique du metteur en scène aux multiples casquettes - il est aussi scénariste, directeur de la photographie et compositeur - et la constance dont il fait preuve depuis ses premiers long-métrages. Et si l'on pouvait reprocher à ses précédentes réalisations de donner l'impression d'être des courts-métrages étirés inutilement (parfois), l'on ne peut pas nier que ce Réalité fonctionne totalement en l'état et sur toute sa longueur.

Toujours aussi - voire encore plus - absurde, le film entretient avec son public un petit jeu auquel ce dernier devrait se prêter d'abord avec amusement, puis par « nécessité ». Car même s'il est avant tout une comédie - qui plus est réellement drôle et inventive - l'on ne pourra s'empêcher de trouver tout cela un peu dérangeant, voire carrément anxiogène par instants tant Dupieux brouille les pistes avec délectation. Il y a ainsi de multiples niveaux de « réalité », et donc de lectures, dans ce film : le film en lui-même, puis le film dans la réalité du film, puis le rêve dans le film dans la réalité du film... Et c'est alors qu'entre dans l'équation le concept de voyage temporel...

Bref vous l'aurez compris, vous n'allez rien comprendre... Mais cela ne veut pas dire que vous n'allez pas adorer ce délire avant tout ludique et très ambitieux en terme de narration. D'autant que le casting s'avère très intéressant, notamment dans le choix d'avoir Alain Chabat, au top de sa forme, jouant subtilement avec son énorme potentiel sympathie. Jonathan Lambert, quant à lui, nous amuse avec son interprétation de personnage odieux dont lui seul a le secret, et Elodie Bouchez est parfaite en contrepoint « rationnel » au milieu de toute cette ambiance « surréaliste ».

Impossible de raconter les multiples surprises qui vous attendent, mais ce qui est sûr, c'est que Réalité est un film unique, indescriptible, drôle, ambitieux, et évidemment à voir pour se faire une idée sur la démarche du metteur en scène. Si la note que l'on attribue à chaque film à un intérêt pour vous, sachez que nous avons choisi de lui donner un 3 tout simplement pour souligner le caractère divisant de l'oeuvre : c'est du 0 ou du 5, donc on lui met plus que la moyenne, car, franchement, c'est vraiment amusant !

 

 

 

Titre original

Réalité

Mise en scène 

Quentin Dupieux

Date de sortie

18/02/15 avec Diaphana Distribution

Scénario 

Quentin Dupieux

Distribution 

Alain Chabat, Jonathan Lambert & Elodie Bouchez

Photographie

Quentin Dupieux

Musique

Quentin Dupieux

Support & durée

35 mm en 1.66 : 1 / 95 minutes

 

Synopsis : Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d'horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l'histoire du cinéma…