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l'Ecran Miroir

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[critique] Jupiter : le Destin de l'Univers

[critique] Jupiter : le Destin de l'Univers

[critique] Jupiter : le Destin de l'Univers

Un extraordinaire film de science-fiction, qui lorgne davantage vers le conte pur et dur que le space opera à la Star Wars. Mélange de genres, oeuvre hybride, encore une fois en total décalage avec le reste de la production de blockbusters à la mode, Jupiter Ascending est clairement un nouveau projet étonnant digne des Wachowski. Ses quelques maladresses ne l'empêchent ainsi pas d'être un très grand film, qui nous prouve que l'on a plus que jamais besoin d'eux dans le paysage cinématographique actuel. Ca fait un bien fou !

D'une très grande ambition, dénué de cynisme, naïf mais jamais niais, la nouvelle oeuvre des Wachowski risque une fois de plus de ne pas faire l'unanimité. Il faut dire aussi que leurs deux précédents films, Speed Racer et Cloud Atlas, ont été très largement boudés par les spectateurs et méprisés par nombre de critiques. Et la Warner, qui semble ne pas savoir comment vendre ce nouveau long-métrage, ne donne plus l'impression d'y croire également. Car s'il est habituel pour les metteurs en scènes de Matrix de garder un certain mystère autour de leurs tournages, difficile de ne pas imaginer une production particulièrement chaotique pour leur dernier film, notamment à cause de l'énorme report ayant fait passer sa date de sortie de juillet 2014 à février 2015 pour, officiellement, peaufiner les effets spéciaux. Vu le résultat, on pense plutôt à des changements in extremis dans le scénario et à un remontage « allégeant » un récit qui aurait pu être jugé trop complexe de prime abord.

Il est vrai que le film donne l'impression d'aller tellement vite qu'il aurait été plus agréable de le rallonger à une durée de 3 heures. On est submergé d'informations et de noms délirants en tous genres autant que d'images grandioses surchargées dans tous les coins du cadre. Pourtant, à partir de l'instant où l'on a compris que le film ne ménagerait aucun répit pour souffler un peu et assimiler certains concepts, on commence à apprécier le « trip » sans se poser de questions. Car, et c'est une constance chez les Wachowski, le film ne se révèle une fois de plus pas être ce à quoi l'on pouvait s'attendre. Même s'il partage de nombreux points communs avec Star Wars, Jupiter Ascending n'est pas vraiment un space opera « traditionnel » avec tout ce que cela comporte comme développement d'univers. Ici, on est davantage dans un conte, où l'évolution des personnages prend clairement l'ascendant sur la description détaillée du monde créé pour l'occasion. D'où son montage parfois déstabilisant, allant droit à l'essentiel, à l'instar de la succession de séquences chez les trois membres de la famille Abrasax qui renvoie à certains schémas narratifs que l'on trouve dans beaucoup de contes (une succession d'étapes, de paliers, dans l'apprentissage du personnage principal). La plus importante référence, revendiquée jusqu'à la tenue vestimentaire que porte le personnage de Jupiter Jones lorsqu'elle quitte la Terre, est ainsi Le Magicien D'Oz (déjà évoqué dans Matrix, voire Avatar avec lequel le film partage le même jusqu'au-boutisme artistique).

Toutefois Jupiter Ascending puise ses sources d'inspirations dans bien d'autres récits initiatiques ou contes, et, il n'est pas interdit de voir des clins d'oeil plus ou moins directs à La Belle Et La Bête (la romance entre les deux héros), Blanche-Neige (la jalousie et la convoitise d'un personnage royal envers un personnage à l'origine modeste), Cendrillon (évidemment !), voire aux Trois Petits Cochons et au Chat Botté (les fameuses bottes du héros qui sont un peu le nouvel Hoverboard en terme d'objet cool que l'on rêve de tester). Des renvois qui ne sont pas si anodins lorsque l'on pense à Alice Au Pays Des Merveilles cité de nombreuses fois dans Matrix, dont Jupiter pourrait presqu'être un remake (dans la thématique et certaines idées, que l'on retrouvait déjà dans Cloud Atlas - les hommes servant de « carburant » par exemple). D'ailleurs, l'on est de toute évidence devant un pur film du duo. L'on y retrouve ce goût pour le mélange des genres, les rencontres entre diverses influences qui forment un tout hybride mais très cohérent (à l'instar des créatures génétiquement modifiées du film qui font penser parfois à du Disney en live ou à certains personnages de Lilo Et Stitch et de La Planète Au Trésor).

Malheureusement, la générosité des Wacho est telle que le film pourrait passer pour indigeste. Mais quel spectacle ! Quel divertissement ! Oui parfois le duo en fait trop, oui c'est toujours à la limite du kitsch, mais c'est fait avec une telle sincérité que l'on ne peut que se réjouir de voir enfin un film original, ni tiré d'une franchise ni adapté d'un comics, et qui ne prenne jamais les spectateurs pour des cons ! Espérons qu'il ait un beau succès, juste pour encourager ce genre d'entreprise. Cependant, quand on voit, par exemple, le score d'un John Carter (avec lequel il partage son compositeur, Michael Giacchino  - Star Trek notamment - toujours aussi en forme, il faut croire qu'il n'y a pas que les films portant le mot « Mars » dans le titre qui soient destinés à bider …), autre très grand film injustement boudé, l'on peut craindre un parcours similaire, sans même penser aux chiffres de Speed Racer et Cloud Atlas. Quoi qu'il en soit, on l'affirme haut et fort : des films comme Jupiter Ascending deviennent rares ! Il faut le soutenir, il faut aller le voir (et en 3D qui plus est) ! Les Wachowski n'ont rien perdu de leur sens de la mise en scène et de leur inventivité (hallucinantes séquences d'action). Effectivement, quelques maladresses ponctuent le long-métrage, et l'on peut également reprocher un léger manque d'empathie pour le personnage principal, mais ce n'est rien face à tout ce qui nous est proposé. Channing Tatum est juste parfait dans un rôle ô combien ridicule en apparence, Mila Kunis assure correctement même si elle ne semble pas spécialement l'actrice idéale, Sean Bean est fidèle à lui-même, un grand acteur sous-employé, et Eddie Redmayne cabotine comme rarement.

Si vous êtes amateurs de science fiction, de grand divertissement populaire intelligent, et si vous voulez presque faire un acte militant pour supporter l'innovation, foncez voir Jupiter Ascending ! Un film brassant de nombreuses influences mais totalement unique à l'heure des blockbusters sans saveur et sans risque.

Pour résumer, du très grand cinéma !

 

 

Titre original

Jupiter Ascending

Mise en scène 

Lana et Andy Wachowski

Date de sortie

04/02/15 avec Warner

Scénario 

Lana & Andy Wachowski

Distribution 

Channing Tatum, Mila Kunis, Eddie Redmayne & Sean Bean

Photographie

John Toll

Musique

Michael Giacchino

Support & durée

3D en 2.35 : 1 / 127 minutes

 

Synopsis : Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n'a d'autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n'est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l'attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d'un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l'équilibre du cosmos…