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l'Ecran Miroir

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[info] Rencontre avec Guillaume Gallienne

[info] Rencontre avec Guillaume Gallienne

Nous avions déjà eu l'occasion de rencontrer l'acteur il y a quelques semaines pour découvrir avec lui les premières images de Paddington, nous voici une fois de plus face à lui pour parler de son travail sur ce long-métrage.

C'est dans l'Hôtel du Park Hyatt Vendôme que s'est tenue une table ronde avec le réalisateur du succès Les Garçons & Guillaume, A Table ! à laquelle nous avons été conviés. L'occasion de lui poser quelques questions sur le film, puisqu'il assure la voix de Paddington lui-même en VF, mais également sur ses autres projets. Un entretien passionnant avec un artiste d'une grande sincérité. Le temps pour lui de se munir d'une tasse de thé et c'est parti pour nos questions !

Vous avez doublé en début d'année M. Peabody, quelles sont les différences avec ce doublage ?

C'est pas le même film évidemment, l'un est cartoon et l'autre ne l'est pas. Après moi je n'ai pas maquillé ma voix que ce soit dans l'un ou dans l'autre. J'ai déjà fait des choses où je maquillais plus ma voix comme Sammy ou Lazare le lézard dans U. Sauf que ce sont des personnages différents donc ça change le jeu, parce que M. Peabody est un papa, son souci c'est vraiment la responsabilité - il est même un peu trop coincé au début là-dessus -, alors que Paddington est un enfant qui pourrait avoir 8 ou 12, 13 ans, on ne sait pas trop. Le moteur de Paddington c'est vraiment la naïveté, mais la naïveté qui n'est pas infantilisée. Ce n'est pas un crétin, il est intrépide, il est insolent - enfin pas tellement - mais c'est une vraie naïveté, il est en découverte de tout, même d'émotions graves voire tristes, il les découvre à chaque fois. Ca surprend, souvent avec pudeur, mais toujours avec beaucoup de courage ; à chaque fois, il rebondit, il y va, il constate les choses, il encaisse... mais il y va. Moi, il me touche beaucoup. Ce que je trouve très bien fait dans le film, c'est que si les enfants devaient s'identifier à lui, je trouve ça juste parce qu'il a les moments de gravité comme les enfants peuvent avoir. Ca, je trouve ça, très, très bien fait. Et les moments drôles ne sont pas forcément dans des mises en scène hyper efficaces. Il se trouve que c'est drôle mais c'est pas schématique. Je trouve ça souvent beaucoup plus poétique d'ailleurs. Le film est très poétique. L'autre chose, c'est que je connaissais les livres parce que j'avais une nanny anglaise qui me les a fait lire - ou qui me les a lus d'ailleurs - mais ce que je trouve très bien rendu dans le film, c'est que les deux raisons pour lesquelles Michael Pond a écrit cette histoire au début en 1956, c'était pour : un, le fait qu'il ait été traumatisé par les enfants orphelins pendant la guerre et l'après-guerre qui étaient là avec une étiquette autour du cou… il a été traumatisé par cette image, et par le racisme qu'il y avait à Londres pendant les années 1950, où il a vu des Noirs qui n'avaient pas le droit de rentrer dans des restaurants ou des choses comme ça. Et je trouve que ces deux choses-là sont extrêmement bien rendues dans le film avec beaucoup de subtilité. C'est un film aussi sur le racisme et sur l'acceptation de l'étranger, malgré ou finalement grâce à ses différences, et l'on voit qu'il y a quelque chose de Sans Famille, de Dickens, comme avec la première image dans la gare où il est à un endroit où il y a marqué "Lost And Found" dans les objets trouvés. Il y a quelque chose de touchant, moi j'ai versé ma larme plusieurs fois en le faisant. Là ce n'est pas cartoon, les personnages en face c'est Hugh Bonneville, Nicole Kidman, Julie Walters. D'ailleurs l'acteur anglais qui fait la voix de Paddington ne maquille pas du tout sa voix non plus.

Trouvez-vous que les coutumes anglaises sont bien représentées ? Qu'aimez-vous particulièrement en Angleterre ?

Je trouve qu'elles sont très bien représentées mais justement la qualité du film par rapport au livre c'est qu'il se dégage de cette limitation au "folklore britannique". Ca y est mais ce n'est pas un code permanent et obligatoire. Ca y est en référence parfois d'une manière assez drôle mais ce n'est pas aussi présent que dans les livres. Je trouve que le film se dégage vers une poésie un peu plus universelle. Que ce soit le décor de cette maison avec cet arbre dans l'escalier qui fleurit à la fin, enfin des images assez merveilleuses et pas seulement « would you like to have a nice cup of tea ? ». Ca y est, mais point trop n'en faut. Ms Bird d'ailleurs est une originale démente, Julie Walters en fait un truc absolument génial et moins uptight que peut l'être Ms Bird dans la collection de livres. Ce que j'aime chez les Anglais ? Je ris tous les jours en Angleterre, c'est ce que les Anglais appellent « sense of humour and wit ». Il y a un esprit, un humour anglais qui me fait rire. C'est ce qui me manque le plus quand j'en suis loin, c'est ça. Et puis, la Langue anglaise. Bon, je parle en anglais à mon fils, quotidiennement, mais d'entendre l'anglais ça me manque parce que la tonicité de la langue… parce que c'est une langue qui est quand même synthétique, qui est rapide et tonique. Et puis c'est une langue où tout mot peut être un verbe. Donc c'est une langue qui peut être très active. On peut transformer tout mot en verbe. C'est ce qui me vient à l'idée. Après le côté cozy, le "nice cup of tea", justement, le plaid, les scones, tout ça j'adore. Mais voilà, je suis ravi en même temps d'habiter Paris, de ne pas avoir une pression d'eau de douche aussi nulle, de ne pas me brûler les mains dès que je veux avoir un peu d'eau chaude dans un robinet parce qu'en fait l'eau chaude et l'eau froide sont forcément séparées en Angleterre… Il y a plein d'autres avantages à être en France et de ne pas être en Angleterre - mais c'était pas la question !

Du coup, un film en anglais pourquoi pas ? Vous pouvez nous parler de vos projets ?

Alors, on m'en a proposé un que je vais lire, mais je ne me vois pas accepter un film de commande avant d'avoir réalisé mon second film (que j'ai en tête depuis 12 ans et que j'écris en ce moment mais que je ne tournerai pas avant l'automne 2016) pour deux raisons. La première, c'est que cette année j'avais des engagements de longue date, que ce soit Lucrèce ou la reprise d'Oblomov en tournée au Vieux-Colombier en janvier, la reprise de Lucrèce finalement en avril et du Fil à La Patte en juin… J'ai accepté deux long-métrages en tant qu'acteur cette année, enfin en 2015, donc février, mars et septembre ; octobre, je suis en tournage, mais après à partir de novembre 2015 jusqu'en juillet 2016, je voulais être disponible pour la première saison programmée par Eric Ruf qui est notre nouvel Administrateur Général, je voulais être disponible pour sa première proposition artistique. Donc ça ne sera pas avant 2016 le tournage, donc il sortira pas avant 2017. Mais c'est une histoire que je porte en moi depuis 12 ans, et je l'écris et…

Ca parlera de vous ?

Non pas du tout. C'est … enfin en même temps Truffaut disait « on fait toujours le même film » mais c'est tiré d'une histoire vraie qu'une amie m'a racontée il y a 12 ans, sa vie. Et cette histoire ne m'a pas quittée depuis, je la porte en moi, j'ai l'impression d'en connaître chaque silence, chaque respiration. C'est l'histoire d'une jeune femme qui a grandi dans une famille qui ne parlait pas, qui ne recevait personne, qui vivait les volets clos et qui à 20 ans, ou en tout cas vers cet âge-là, a pris son baluchon et est montée à Paris pour être comédienne, sauf qu'elle n'avait pas les mots pour se défendre. Et voilà ça m'a toujours touché, les gens qui n'avaient pas les mots pour se défendre, pour un grand bavard comme moi. Et puis c'est un sujet, c'est une personne modeste, humble, très humble, et modeste aussi socialement, donc ça me demande beaucoup de travail parce que je ne le suis pas du tout et qu'il faut que je rentre là-dedans et je cherche aussi comment filmer la simplicité, la pauvreté aussi, enfin la simplicité en tout cas, sans que ce soit glauque. Et pour l'instant l'auteur que je suis est partagé entre l'homme d'images et l'homme de lettres et donc j'écris des transitions, des liens beaucoup trop littéraires que je raie, parce que ce que j'aime au cinéma, c'est l'ellipse. Et donc il faut que je trouve l'ellipse qui n'est pas littéraire, qui n'est pas explicative et qui se fait soit à l'image, soit contre l'image, et donc je cherche ça dès l'écriture… pour ne pas dépenser de l'argent inutilement, parce que j'aimerais que parce que le sujet est humble, que le budget le soit aussi. Je trouve ça important. En tant que coproducteur je m'y attelle dès l'écriture pour ne pas avoir à me dire à moi-même : « Il faut couper. » …

Pour revenir au film, dans le cas d'une suite, aimeriez-vous avoir cette fois un rôle live ?

Ah ben non parce que je fais la voix de Paddington, je vais continuer à faire la voix de Paddington s'il y a une suite. Maintenant jouer en anglais ? Oui volontiers, je l'ai déjà fait et j'adore le faire. Mais Paddington, non. Maintenant quel est mon personnage préféré dans Paddington ? Ca, je peux vous répondre, je pense que c'est quand même Mr Brown… D'abord j'adore cet acteur, je n'ai aucune envie de le remplacer, il est génial. J'aime beaucoup ce personnage parce qu'il évolue beaucoup puisqu'au départ il est quand même assez hostile et qu'il arrive à demeurer quand même sympathique alors qu'il tient des propos au départ qui sont carrément limite. Ouais, il est dur, enfin il est pas du tout du tout généreux au début quand même. Il évolue bien.

Avec tous les doublages que vous avez faits, avez-vous acquis une aisance ou une méthode ?

C'est pas une méthode mais disons que je n'ai jamais été impressionné par la bande rythmo, j'ai chopé le truc d'entrée. Je fais ça aussi avec le serpent dans la série Le Petit Prince, je fais ça aussi toutes les semaines à France Inter, j'ai pas de bande rythmo mais le rapport en tout cas à dire le texte, à être face à un micro, et à juste dire sans public présent, je le fais toutes les semaines à France Inter dans Ca Peut Pas Faire De Mal et ça fait 5 ans et demi que l'émission existe. J'aime ça, j'aime plonger sans me décider auparavant, d'ailleurs pour France Inter je ne lis jamais les textes avant, c'est souvent des textes que j'ai lus il y a longtemps, je me souviens et encore… Je ne travaille jamais le texte avant, de même en synchro : j'écoute une fois la scène en anglais parce qu'elle existe en anglais, je l'écoute une fois mais je n'essaie pas d'imiter ce que fait l'acteur anglais, je retiens l'information dramaturgique qui est donnée, après je plonge parce que c'est ce qui m'amuse, c'est ce qui rend la chose créative sinon ce serait ennuyeux. Et puis surtout, que ce soit à la radio ou en studio de doublage, on n'a pas peur de se planter parce que si on se plante on refait, c'est pas grave, mais je fais pas tellement de prises en fait. C'est une histoire d'énergie, en plus je retiens très vite le texte, je le retiens presque malgré moi donc je suis presqu'autant sur l'image que sur la bande rythmo, je suis pas du tout collé à la bande. Mais c'est un rôle physique, on est derrière une petite barre avec un micro dans une cabine mais sur place, faut bouger beaucoup. Pour Paddington il y avait beaucoup de moments où quand même il court, il se casse la gueule, donc il fallait que ce soit vécu pour que ça passe, pour que ça colle à l'image.

Quel regard portez-vous sur le film en tant que réalisateur et comédien ?

Je trouve le film extrêmement bien réalisé, extrêmement délicat et poétique, et jamais schématique comme je disais tout à l'heure, même la scène de travestissement par exemple avec Hugh Bonneville, c'est étonnant comment c'est traité, c'est très intelligent. C'est rare, le travestissement traité comme ça d'ailleurs. Nicole Kidman m'a bluffé, parce que je trouve qu'elle a chopé un truc, elle est d'une sincérité dans son rôle et en même temps le décalage par rapport à l'univers, à Paddington, ça s'adresse aussi à des gamins de 5 ans, je trouve qu'elle le tient, je ne sais pas comment elle fait et j'adore ça. Ne pas voir les ficelles et se dire : « elle fait comment ? », parce qu'elle est tout le temps sincère, elle est même presque touchante, on sent une femme meurtrie, enfin une petite fille meurtrie qui a été humiliée enfant, elle ne grossit pas tellement les choses avec le voisin épouvantable et tout ça, c'est sur un fil et le fait qu'elle ait accepté de terminer en se prenant une remorque entière de fumier sur la gueule, alors ça mais chapeau, non mais la classe quand même ! Elle est étonnante et puis le rythme qu'elle a, la lenteur qu'elle a, dans ce chemin-là, elle trace une route… qui termine sous le fumier mais quand même… qui s'adapte, je trouve. Et le passage dans lequel elle imite Mission : Impossible, je la trouve vraiment forte. Bon et puis j'adore Julie Walters. Je crois que Julie Walters, elle pourrait lire le bottin que je la trouverais bien. Je suis fan de cette actrice. C'est génial la scène de beuverie avec l'agent de sécurité. Et ça, c'est la puissance de jeu de ces acteurs qui jouent très sérieusement les scènes, qui ne perdent jamais la crédibilité, jamais, même en poussant le curseur, ça ne se réduit jamais à de la grimace. It's never an attitude. C'est toujours un état et avec toujours un brin de fantaisie.

Justement pour rebondir sur cette question, est-ce que vous pouvez nous donner votre point de vue sur ce qui nous paraît comme complètement disproportionné, à savoir la polémique vis-à-vis de la censure britannique qui voit des insinuations sexuelles et des comportements dangereux dans le film ?

Vous voulez vraiment mon avis là-dessus ? Mon avis, ça serait que j'aimerais bien que les personnes qui ont pris cette décision consultent. Je crois qu'on pourrait commencer déjà par deux séances par semaine, ce ne serait pas irraisonnable. Après, plus largement, le politiquement correct me gave mais il est la conséquence de choses qui parfois sont aussi positives. Notre société évolue, et parfois il y a des abus de certaines choses, mais ma foi, lorsqu'une femme se fait violer aujourd'hui, ça n'est pas de sa faute même si elle portait une mini-jupe, on casse pas du pédé, l'antisémitisme et le racisme sont condamnés par la loi, on protège les minorités. Parfois, il y a des excès inverses qui sont le politiquement correct et après je pense qu'à force de vouloir protéger nos enfants, on risque de les bêtifier. Je suis très surpris par exemple qu'aujourd'hui on continue à considérer quelqu'un de 28 ans comme un gamin. Je le vois de plus en plus et d'ailleurs je vois de plus en plus des jeunes de 28 ans qui se comportent comme des ados. Cela ne veut pas dire qu'il faut être en costume cravate et parler avec une voix grave mais voilà, parce qu'on meurt de plus en plus vieux, j'imagine qu'il y a un décalage, que de rentrer dans la société et dans la vie active est de plus en plus compliqué, donc on reste chez les parents. Après, je peux développer sur plein de choses comme ça qui sont des conséquences de... Et ça fait réfléchir, c'est vrai. Maintenant, la référence sexuelle de la scène de Hugh Bonneville… non mais c'est drôle de ne pas faire la différence, c'est drôle de différencier le déguisement à partir du moment où il s'agit d'un travestissement. Parce qu'il s'agit, je crois, de ça. Alors que, quand même, s'il y a un âge où l'on se déguise, c'est bien dans l'enfance. Après on le fait moins, à tort d'ailleurs, c'est drôle les soirées à thème… mais ça peut mal tourner. Je vois pas pourquoi vous riez. Mais bon… ouais, je comprends pas, c'est un excès de zèle qui est vraiment mal tombé. Après, que l'on n'emmène pas un enfant de moins de 5 ans, moi je comprends. Je trouve que le film… il y a des choses un peu dures, si j'avais un enfant de moins de 5 ans, je ne l'emmènerais pas, mais à partir de 5 ans, ça va. Donc la parental guide c'est compliqué mais bon, il y a eu tellement d'abus, c'est ça aussi le problème, mais c'est presqu'un message politique pour dire « attention !» mais à ce moment-là qu'ils disent attention sur certains sites internet ou je sais pas, mais bon. En même temps, quand on autorise les kiosques à journaux à afficher en extérieur à hauteur d'enfant des couvertures de magasines porno, est-ce qu'on peut juste être un tout petit peu cohérent ? Cela dit, je sais pas si cette info est juste pour l'Angleterre. Je ne sais pas s'ils ont la même chose, je ne suis pas sûr, il faudra vérifier.

Vous avez parlé de votre fils, est-ce qu'il a vu le film ?

Je l'emmène dimanche ! Mais ça y est on est déjà dans les bouquins, il est déjà à fond, lui est Paddington, moi je suis Mr Brown, en plus on vient d'acheter un chien donc l'idée de l'animal à poils durs, on connaît.

Vous lui avez dit que ce sera votre voix dans un corps d'ours ?

Ca je lui ai déjà dit parce qu'en fait il avait vu Mr Peabody, et Peabody dans le dernier tiers du film, on pense qu'il est mort, et mon fils a retenu, retenu, retenu, et au moment où la salle s'est rallumée, il a explosé en sanglots pendant 15 minutes, donc là je l'ai prévenu, je lui ai dit : attention, il y a un moment où l'on a peur, il y a des moments où c'est émouvant, je l'ai prévenu. Je ne m'attendais pas du tout à cette réaction, ça l'a vraiment overwhelmed. Mais il est content !

Papa à l'écran ?

Ah ça je n'y pense pas, je ne le projette pas du tout sur lui, mais c'est plus le ludisme de la chose, du sujet, du film, ce qu'il peut raconter de moins drôle mais d'intéressant, et puis après moi je lui raconte le doublage, je lui fais faire un peu de doublage en rigolant en lui disant « tu peux me le jouer heu … il a peur là ! Ouais … maintenant la même phrase mais en fait il est super content ! Pas mal ... ». Voilà c'est juste de l'amusement.

Lors de la présentation avec Hugh Bonneville, vous nous aviez dit que le doublage se ferait en deux jours, pouvez-vous nous raconter comment cela s'est passé ?

Je suis arrivé en studio, j'ai rencontré Valérie qui m'a dirigé pendant ces 2 jours, ainsi qu'un monsieur de Studio Canal qui supervisait tout ça, les techniciens. Ils m'ont dit que les Anglais avaient dit qu'il ne fallait pas perdre la naïveté. J'avais vu quelques images déjà, et puis on a commencé dans l'ordre. Bon ben ça commence au Pérou, ok, donc là c'est avec son grand oncle et sa grande tante, très bien, let's go, et je l'ai fait, on me montrait la scène en anglais, je la faisais tout de suite, ensuite on se parlait, on réécoutait, on se disait : « là c'est peut-être plus punchy, ou là au contraire, attention, par rapport à la scène d'avant, est-ce que là il faudrait pas plus… on réécoute en anglais ? Qu'est-ce qu'il fait ? Ouais mais là en français c'est plus … attention à ça, vous êtes sûrs de ce mot-là ? Si je proposais ça ? Vous verrez bien au montage ! ». Voilà, on s'est très bien entendus sur les propositions.

Les autres acteurs avaient déjà fait le doublage avant ?

Non, non je l'ai fait seul, mais ça j'avais pas besoin, étant donné que je suis bilingue j'avais pas besoin de… j'écoutais en anglais et je sentais bien l'énergie ou pas. Mais d'ailleurs l'énergie que je mets dans le Paddington en français n'est pas la même du tout que celle de l'acteur anglais, je trouve, lui il est vachement sur la réserve, il est je trouve assez grave, plus posé que ce qui m'est venu moi, mais parce qu'il y a une tonicité qui est écrite dans la langue anglaise et qu'il faut interpréter et décider en langue française, on est la seule langue où l'accent tonique est libre de choix donc ça varie beaucoup, ça change beaucoup, il y a des moments où c'est à l'acteur de décider où il va tonifier le verbe ou la phrase, alors qu'en anglais c'est d'office.

Merci beaucoup !

Merci à Guillaume Gallienne pour sa gentillesse, à l'équipe de StudioCanal et bien entendu à WayToBlue et Youmaly pour nous avoir permis de participer à cet entretien.

 

C'est une langue où tout mot peut être un verbe (l'anglais).

Guillaume Gallienne

On fait toujours le même film.

François Truffaut

A force de vouloir protéger nos enfants, on risque de les bêtifier.

Guillaume Gallienne

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