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l'Ecran Miroir

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[critique] Hercule : erreur sur la personne

[critique] Hercule : erreur sur la personne

Hercule de Brett Ratner surprend dans la direction qui a été choisie pour aborder l'histoire de ce personnage, celle d'une étonnante déconstruction d'un mythe. Le film, s'il propose une alternative relativement intrigante au récit héroïque que tout le monde connait, s'avère néanmoins paresseux en enchaînant maladroitement les passages obligés de n'importe quel blockbuster lambda. Heureusement qu'il y a Dwayne « The Rock » Johnson, indubitablement très impliqué.

Au premier abord, on pourrait dire qu'il y a eu tromperie : en visionnant la bande-annonce du nouveau film de Brett Ratner, on était en droit de s'attendre à un énorme divertissement de série B dans lequel on aurait pu voir le héros se battre contre tout un tas de monstres mythologiques en images de synthèse cheap. Même la très efficace campagne marketing sur Twitter consistant à se prendre en photo avec un lion pour faire « comme Hercule » allait dans ce sens. On imaginait aisément une sorte de gros plaisir coupable bourré d'effets spéciaux dépassés, débile mais marrant. Ce que n'est pas totalement, en réalité, ce fameux Hercule. Il y a en effet tromperie car toutes les scènes mettant en avant l'hydre de Lerne, le sanglier d'Erymanthe et le lion de Némée sont expédiées dans les 2 premières minutes du long-métrage et ne sont guère plus longues que dans le trailer.

Déception.

Pourtant, on comprend bien vite où le réalisateur de X-Men 3 (effet sentinelle ?) veut en venir : son Hercule ne sera pas l'illustre demi-dieu attendu, mais un simple mortel à la force extraordinaire dont les exploits auront largement été embellis au fil du temps pour faire de lui la célèbre légende. D'entrée Brett Ratner nous le fait bien comprendre, il n'y aura pas d'éléments surnaturels dans son film. A la place, nous nous retrouvons devant une étonnante déconstruction du mythe. Un parti-pris surprenant, qui aurait pu se mettre à dos une partie du public si la campagne promo n'avait pas été aussi évasive sur cet aspect, mais qui s'avère de suite plutôt intrigant : après tout, ce n'est pas un mal d'avoir pour une fois (bien qu'il s'agisse en réalité d'une adaptation de BD) droit à une alternative (sachant que La Légende D'Hercule est sorti au début de l'année) au récit héroïque que tout le monde connait déjà. Le procédé est à la mode et l'on a pu le constater sur bon nombre de films déjà : encore une tentative de rendre un héros plus « réaliste » en lui soustrayant son caractère « légendaire » et « surhumain » mais en l'affublant du fameux « trauma » si cher aux récentes productions du même genre, comme si l'aspect fantastique de ses exploits, montré à un public considéré comme de plus en plus cynique, était devenu « honteux ». Or, devant ce nouvel Hercule, l'on réalise vite que c'est justement sa dimension mythologique qui rend le personnage intéressant. Car en l'état, celui du film n'a plus rien de fondamentalement extraordinaire (hormis sa force supérieure à la moyenne), et il aurait pu s'appeler autrement que cela n'aurait rien changé. Du coup, malgré son approche « originale » se voulant, donc, réaliste (voire « osée » compte-tenu de la popularité du mythe), le récit ne parvient que rarement à captiver.

En effet, si le pitch de départ avait au moins de quoi attiser la curiosité par son ambition revendiquée d'offrir un spectacle inédit et de surprendre le public, l'on déchante bien vite face à la vacuité du scénario. Pour faire simple, le film enchaîne avec une paresse évidente absolument tous les passages obligés typiques de n'importe quel blockbuster lambda, y compris jusque dans des dialogues sans saveur et prévisibles et dans ses touches d'humour mille fois vues ailleurs (notamment dans la dynamique de l'équipe de mercenaires entourant le héros). Hercule se prend à son propre piège : au lieu de se démarquer des autres productions, il ne fait qu'en répéter les mêmes schémas, se contentant - alors qu'il y avait tellement matière à faire bien mieux - de n'être qu'un petit divertissement sans envergure.

On passera sur la direction artistique discutable et la photo sans éclat.

Finalement, ce qui sauve cet Hercule, c'est sans aucun doute son acteur principal. Impossible de ne pas aimer un film dans lequel il y a Dwayne Johnson. Après tout, c'est le second homme le plus cool du monde entier, juste après Bill Murray. Il a même le mérite d'éclipser les autres interprètes, notamment John Hurt qui - il faut l'avouer - a tendance à énormément surjouer dans ce film. Oh bien entendu, ce n'est pas pour son talent d'acteur que l'on appréciera The Rock, mais ce gars a un charisme indéniable en plus d'avoir l'air incroyablement sympathique. Il est parfait dans ce genre de film, d'autant qu'il assure (encore heureux !) dans les scènes de baston. Il faut le voir foutre un coup de poing à son adversaire et l'envoyer à 4 mètres en l'air ! D'ailleurs d'une manière générale, les batailles et autres scènes d'action sont satisfaisantes et suffisamment nombreuses pour réjouir les amateurs de l'acteur.

Hercule, malgré sa volonté affichée de lorgner vers Gladiator, ressemble plus au Roi Scorpion, le côté fun en moins. Dommage que le film soit parasité par un scénario ridicule, et que l'approche choisie enlève toute la dimension extraordinaire du récit. On aurait apprécié un spectacle n'écartant pas l'aspect mythologique, quitte à verser dans le kitsch : au moins on aurait eu l'impression de voir un film avec Hercule. Reste un long-métrage inoffensif et tout de même distrayant. Et surtout : Dwayne The Rock Johnson, la raison d'aller voir le film !

 

Titre original

Hercules

Mise en scène 

Brett Ratner

Date de sortie

27/08/14 avec Paramount

Scénario 

Evan Spiliotopoulos & Ryan Condal d'après Steve Moore

Distribution 

Dwayne Johnson, Ian McShane, John Hurt & Ingrid Bolso Berdal

Photographie

Dante Spinotti

Musique

Fernando Velázquez

Support & durée

2.35 : 1 / 98 minutes

 

Synopsis : Mi-homme mi-légende, Hercule prend la tête d’un groupe de mercenaires pour mettre un terme à la sanglante guerre civile qui sévit au royaume de Thrace et replacer le roi légitime sur le trône. Âme tourmentée depuis la naissance, Hercule a la force d’un dieu mais ressent aussi les peines et les souffrances d’un mortel.
Sa puissance légendaire sera mise à l’épreuve par des forces obscures.

 

 

[critique] Hercule : erreur sur la personne

« Fucking centaurs ! »